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Le crépuscule des dieux
Isabel Colegate   La Partie de chasse
10/18 - Domaine étranger 2017 /  7.50 € - 49.13 ffr. / 312 pages
ISBN : 978-2-264-06895-8
FORMAT : 10,9 cm × 17,8 cm

Première publication française en mars 2015 (Belfond - Vintage)

Julian Fellowes (Préfacier)

Elisabeth Janvier (Traducteur)

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Julian Fellows, scénariste récompensé de  Gosford Park et créateur de la série télévisée plébiscitée Downton Abbey, avoue avoir pris comme modèle le roman d'Isabel Colegate paru en 1980 : La Partie de chasse. Les nombreux fans du feuilleton retrouveront la même société, «masters and servants» vivant ensemble, dépendant les uns des autres et se connaissant bien. Ces riches aristocrates vivent leurs dernières années de faste et de gloire, avant la Première Guerre mondiale, puis les bouleversements sociaux, politiques et économiques qui les laisseront de côté. L'ordre classique bascule, laissant la place aux suffragettes anglaises particulièrement virulentes et modernes dès 1910, aux syndicalistes dans les usines qui se développent, aux nouveaux riches et au suffrage universel en 1918. Toutes les belles traditions si anciennes et rigides vont voler en éclats, ainsi que la soumission des domestiques.

Le roman se déroule pendant le dernier week-end de grande chasse d'octobre 1913, dans la propriété de Lord Randolph Netleby, gentilhomme de tendance conservatrice. La chasse aux oiseaux, avec tout le personnel qualifié pour ces massacres organisés, et les festins se succèdent, permettant de changer de toilette quatre ou cinq fois par jour pour se montrer et être admiré. Lord Randolph est outragé par l'idée que le pays se transforme en une société urbaine faisant fi de tous les avantages de sa caste et de son paternalisme envers sa domesticité. «Le monde est en train de changer (...) Tout est contre nous aujourd'hui. Si la classe des propriétaires terriens disparaît, tout disparaît avec elle. C'est la fin d'une époque, peut-être même d'une civilisation. C'est la même chose dans toute l'Europe».

Il est un des derniers représentants d'un art de vivre admirable, «so British». Isabel Colegate équilibre les types sociaux avec Reuben Hergesheimer, brillant homme d'affaire juif, très prisé dans la haute société par son esprit et son intelligence. L'histoire en elle-même n'est pas très importante, ce sont surtout les portraits qui sont savoureux et les relations entre les personnages, avec les raisons qui ont provoqué l'effondrement de ce mode de vie ordonné et stable aux aspects souvent positifs, repaire pour la société rurale. La récente disparition d'Edouard VII (1910) sonne les glas d'une vie de cour flamboyante pour tous ces aristocrates. La contestation vient d'Ida, la belle-fille, rebelle et trop intellectuelle pour une femme, écologiste avant l'heure, défendant le droit des animaux avec sa pancarte pour perturber la partie de chasse.

Elle est du sérail et connaît bien tous les rouages et les convenances du monde qu'elle décrit. Lord et Lady Hartlip sont les représentants typiques de l'idée que nous nous faisons de ce milieu : Gilbert est un noble, excellent tireur, pour qui la chasse est l'activité la plus digne. Aline au contraire est désespérément frivole, aime les grands dîners, la haute couture et les rendez-vous galants de cinq à sept.

En regard des paillettes du beau monde, le roman s'intéresse tout autant aux domestiques, aux gardiens, aux cuisinières et femmes de chambre, valets de chambre et valets de pied dont l'existence est la condition de cette structure sociale. Glass, la maître d'équipage, est attaché aux traditions lui aussi, il comprend en profondeur le fonctionnement et la hiérarchie de la vie rurale anglaise, mais il est effrayé par le choix de modernité de son fils Dan qui veut aller à l'université.

La sincérité est la valeur que l'auteur place au-dessus de tout. Elle met en avant des personnages conscients de la réalité de leur réciproque attachement: «Il y eut un silence. Puis Cicely (la petite-fille de Lord Randolph) poussa un long soupir qui tremblait un peu et elle dit doucement : oui, ce n'était qu'un paysan. Mais nous le connaissions tous, vous comprenez ?». Tous ces aristocrates ne parviendront pas à se libérer pour s'adapter à la vie moderne et deviendront des marginaux quand ils ne disparaîtront pas.

Isabel Colegate possède une écriture très raffinée et fluide, très imagée ; nous nous retrouvons tout à fait au coeur de cette Belle époque anglaise.


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 15/12/2017 )
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