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Les Dépossédés
Szilàrd Borbély   La Miséricorde des cœurs
Gallimard - Folio 2016 /  7,70 € - 50.44 ffr. / 360 pages
ISBN : 978-2-07-046725-9
FORMAT : 11,0 cm × 17,7 cm

Première publication française en mars 2015 (Christian Bourgois)

Agnès Jarfas (Traducteur)

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Szilárd Borbély (né en 1963) s’est suicidé le 19 février 2014, un an après la publication de son livre qui avait remporté un immense succès en Hongrie. La Miséricorde des cœurs est le seul roman de ce poète, dramaturge, universitaire, élu à l’Académie de Hongrie en 1998.

Le titre hongrois, plus juste sans doute, est Les Dépossédés, mais ce titre existant déjà aux éditions Bourgois, le choix s’est porté sur La Miséricorde des cœurs, un beau titre chargé de douceur, pour dire une réalité terrible, celle que vit le narrateur et sa famille dans la Hongrie communiste, douze ans après l’échec de l’insurrection de 1956. Szilárd Borbély a mis beaucoup de lui-même dans ce récit raconté par un jeune garçon dont on ignore le prénom, qui, tout en étant le personnage principal, semble à côté de son récit par le détachement qu’il exprime. Un de ses refuges : les nombres.

La famille - la mère, le père, les trois enfants, une fille et deux garçons, le narrateur et le Petit - vit dans un village du nord-est de la Hongrie, à la frontière de l’Ukraine et de la Roumanie. Une vie misérable, dans une pénurie constante, sans cesse sur le fil de la faim et d’une survie précaire ; ils sont marginalisés au milieu de paysans qui voient en eux le souvenir de l’ordre ancien (la mère est fille de paysans riches, des koulaks) et méprisent le demi-juif qu’est le père. L’enfant ressent mais n’analyse pas la complexité des modes de rejet de la communauté villageoise, qui ne lui parvient que par les phrases entendues des parents, du grand-père, de l’entourage. Il sait qu’ils sont à part comme les nombres entiers qu’il aime. Dès la première phrase : «Nous marchons et nous nous taisons. Vingt-trois ans nous séparent. Vingt-trois est un chiffre indivisible. Vingt-trois ne se divise que par lui-même. Et par l’unité. Voilà la solitude qui nous sépare».

Dans la pauvreté implacable qui est la leur, deux lits pour quatre, un sol en terre battue, la nourriture toujours insuffisante, lorsqu’elle est présente, la vie quotidienne est faite de menues tâches accumulées. La mère (superbe personnage !) tente de maintenir un semblant d’ordre et de propreté, tandis que le père se réfugie au café, terme pompeux pour dire la salle que partagent les hommes du village pour s’enivrer, seule issue…

Par les yeux de l’enfant, on saisit les liens familiaux, les relations tendues, le drame du père, enfant naturel de Mozsi, seul juif du village à avoir survécu pendant la guerre, et qui, à son retour du service de travail obligatoire, trouva sa maison vide, les villageois ayant tout volé. D’où la phrase titre : «Personne au village n’a pu lui dire. Et Mozsi ne l’a pas demandé. Il n’a pas demandé non plus où avaient disparu les articles de son magasin. Les meubles de la maison. Les livres de l’étagère. Le crochet du mur. Le linge de l’armoire. La miséricorde des cœurs». Le père, quant à lui, est renié par ses demi-frères et sœurs, et vit dans la douleur cette humiliation supplémentaire «Quelque chose a été rompu». Au village, les paysans sont de sombres brutes, tous les chiens s’appellent Tziganes, la mort rôde et la folie aussi.

Un livre noir, au plus noir des comportements humains, un livre tendre aussi, de la tendresse des démunis, isolés dans un monde hostile, et qui ne peuvent s’offrir le luxe de la générosité. C’est aussi la description implacable d’un monde disparu, celui de la misère rurale, réalité quotidienne des campagnes françaises du XIXe siècle, encore vivante dans la Hongrie des années 1960.

Un très beau livre, très bien traduit par Agnès Járfás, un livre qui ne laisse pas indifférent et chemine longtemps après la dernière page.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 12/10/2016 )
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