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L'Art de (dé)plaire
Léon Bloy   Bloy journaliste - Chroniques et Pamphlets
Flammarion - GF 2019 /  12,50 € - 81.88 ffr. / 404 pages
ISBN : 978-2-08-133022-1
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Pierre Glaudes (Compilateur)
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Après Balzac, Gautier, Barbey, Baudelaire, Hugo et Zola, Garnier Flammarion, en la personne de Pierre Glaudes qui a sélectionné les textes, présente un choix d'articles de l'écrivain Léon Bloy (1846-1917), certainement moins célèbre que les noms cités précédemment mais tout aussi important dans l'histoire littéraire française. Cette collection a le grand intérêt de présenter des auteurs classiques dans un genre qu'on leur connaît moins (mais qui leur permettait de gagner leur vie) et de découvrir ainsi leur talent de chroniqueurs.

Bloy est un écrivain catholique radical, bizarrement ignoré par l'université, mais dont les œuvres parcourent avec force la seconde moitié du XIXe siècle : Le Désespéré (1887) et La Femme pauvre (1897) sont ses deux seuls romans. Exégèse des lieux communs (1902), Le Sang du pauvre (1909), et un gigantesque Journal (1898-1911) composent, parmi bien d'autres écrits, son œuvre d'essayiste et de polémiste. Dans ces articles édités dans des publications comme Au Chat noir, Le Pal, La jeune Belgique, Gil Blas, La Plume, L'Art moderne, Mercure de France, L'Assiette, La Flamme, Les Tablettes de la Schola, Les On-dit, tous regrettés journaux du XIXe siècle, Bloy l'anti-journaliste, condamne, vitupère, critique, bref, s'offusque de manière véhémente contre la société de son temps (où le journalisme mondain, la technique et le progrès prennent une ampleur inquiétante) et dresse des portraits au vitriol de ses adversaires littéraires (Zola, les Goncourt, Renan, Huysmans).

Au carrefour de la modernité, Bloy, le paysan pauvre et catholique, vomissait dans une langue riche et imagée, la société de son temps. Les articles de cette anthologie ne montrent que cela : un homme atterré par la bêtise de ses contemporains, qu'ils soient écrivains, éditeurs, journalistes, politiques ou inventeurs. Dans un style gothique aux références christiques et mythiques permanentes (ce qui ne nous vaut pas moins que la présence de 600 notes de bas de pages !), Bloy décrit les prémisses du monde que nous vivons actuellement.

A la lecture de ces petits pamphlets qui n'épargnent pas grand-monde, nous pensons à Bloy vivant au XXIe siècle... Qu'aurait-il fait, écrit, produit devant l'écrasante médiocrité qui s'est développée depuis deux siècles et qu'il voyait se préparer à grands pas ?... A l'époque pourtant, Bloy, grand essayiste, s'en prenait avec une violence rare (qui occasionna nombre de conflits avec ses directeurs de journaux) à Emile Zola, grand écrivain quoi qu'il en dise. Aujourd'hui, le niveau est... souterrain : Eric Naulleau, esprit médiocre, égratigne l'œuvre de Christine Angot, mauvais écrivain ! Certes, Bloy le catholique flamboyant ne supportait pas le naturalisme grossier qui traitait le fumier comme lui parlait de Dieu, mais tout de même ; deux siècles plus tard, les querelles de nos écrivains classiques font doucement rire. Comment ne pas s'étonner en effet d'une telle violence envers les œuvres de Zola, Goncourt ou Huysmans, lorsqu'on assiste aujourd'hui à l'indigence généralisée de la littérature française ?

Bloy n'est cependant pas qu'un pamphlétaire impitoyable, il est aussi un chroniqueur sensible et touchant le vrai dans des rubriques où il écrit de petites historiettes (malheureusement pas assez présentes dans le recueil). C'est souvent le cas chez nos génies incompris. La douleur face à la décadence laisse exploser une colère sincère précisément parce que l'artiste rêve d'un monde vrai, authentique et juste. C'est également le cas lorsqu'il dresse deux portraits élogieux de Lautréamont et Beethoven. D'admirables analyses d'un homme brillant... et toute sa vie pauvre, acculé par un système qui ne voulait évidemment pas de lui. L'article sur Les Chants de Maldoror est d'autant plus important que les anticléricaux Soupault et Breton s'étaient appropriés la découverte, dissimulant parfaitement les écrits de Bloy sur cette question quelques années plus tôt !

Il faut lire les textes de Bloy dans cette anthologie pédagogique et bien présentée. On regrette uniquement les attaques de Bloy sur le physique de ses adversaires, celles concernant Renan sont curieusement inappropriées. Pour le reste, la lecture de ce sombre catholique nous replonge dans le XIXe siècle occulte, mystique et gothique des Barbey, Villiers et Huysmans que Bloy a admirés (avant, pour certains, de se rétracter).


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 03/06/2019 )
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