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L'Adieu à la grâce
Michel Houellebecq   Plateforme
J'ai lu 2002 /  6.50 € - 42.58 ffr. / 350 pages
ISBN : 2-290-32123-0
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"Ils étaient au nombre de douze, leur vie était très limitée" (Présence humaine). Où est donc passé ce Michel Houellebecq qui, d'une formule laconique savait désigner toute l'ambiguïté de la condition humaine, son indigence et son mystère ? Qui avait une manière inimitable d'être terne avec virtuosité ? Ce dernier roman, fort attendu, semble résonner comme un adieu à la clairvoyance. Ne plus penser, ne plus chercher à comprendre, ne plus explorer l'envers des événements. Provoquer, simplement, en alignant quelques idées insupportables, afin d'être sûr d'obtenir un effet, quel qu'il soit... mais de préférence : un coup médiatique.

Le héros de Plateforme est un médiocre. Un beauf avec du fric, ce qui lui permet de s'offrir bien des plaisirs interdits au commun des mortels, de somptueux voyages sous les tropiques, par exemple. On aimerait qu'il ne soit qu'une caricature tragique, à la Bret Easton Ellis. Ou une démonstration par l'absurde, à la Irvine Welsh. D'ailleurs, il est évident que certains s'extasieront sur l'art du second degré, voire du quatrième ou du cinquième... Mais il y a un os : on sent l'écrivain trop proche, trop impliqué, lorsque sa créature - qui porte également le prénom de Michel - prend la parole. Pour commencer, il est toujours fourré devant des émissions de télé ineptes : c'est son affaire et cela aurait pu augurer d'un bon livre. Là-dessus, on passe à l'éloge de la traite et de la prostitution des jeunes filles Thaïs... On affirme que toute façon, elles sont très satisfaites de leur sort. Que ce commerce finit régulièrement par "une belle histoire d'amour" avec les clients européens... Pourquoi pas ? Mais où sont-elles toutes ces beautés orientales prétendument épousées par nos compatriotes ?

Pour Houellebecq, il n'y a ni Mafia ni violence, dans les coulisses : tout va pour le mieux dans le plus déplaisant des mondes. Seul son désespoir personnel mérite d'être étudié : il ne peut être pris au sérieux chez les autres, qui de toute façon - dans leur immense majorité - sont méprisables. Les gamins de nos banlieues ? Des machines à tuer bêtement obsédées par les marques... Notre héros se gardera bien d'imaginer ce que nous avons fait pour en arriver là, quelle est notre responsabilité. Lui n'en a pas, quoi qu'il advienne, puisqu'il souffre. Ses jugements sont pesants et compacts, comme un cercueil qu'on met en terre. Tout dans le même sac : "méchanceté naturelle des Japonais", stupidité et cruauté constitutionnelle de l'Islam... Longues digressions historiques ou publicitaires, pour faire bon poids, et collons notre mouchoir là-dessus. Quant à l'histoire d'amour et à l'inévitable drame final, ils ne semblent être requis que pour servir de décor à cette éprouvante diatribe.

"La seule chose intéressante chez Céline, c'est son antisémitisme" déclarait autrefois Michel Houellebecq. Nous avions trouvé la formule plaisante, quoique légèrement gauchie, puisque l'unique raison permettant à certaines personnes intelligentes de supporter Céline, c'est précisément son style ahurissant... et surtout pas ses convictions. Par ailleurs, sur le travail de la langue, le même Houellebecq aimait à citer Schopenhauer : "La seule condition du style, c'est d'avoir quelque chose à dire"... Et il le prouvait, dans Extension du domaine de la lutte, sa plus belle œuvre (Nadeau, 1994), ou dans Rester vivant (Flammarion, 1997), recueil de textes pétris d'une effrayante lucidité. Faut-il conclure qu'aujourd'hui, Houellebecq n'a plus rien à dire, tant manquent à Plateforme ces aphorismes saturés d'un génie original et morose, que l'écrivain était le seul à savoir confectionner ? Ici, l'expression n'a plus ni chair ni nerf : elle demeure sans invention, sans relief, de la première à la dernière ligne... N'aurait-il finalement convoité de Céline que la position de "l'homme que vous aimez haïr" ? Possible. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'il a lui aussi oublié la compassion - placée autrefois parmi ses valeurs cardinales.


Isabelle Nouvel
( Mis en ligne le 26/10/2002 )
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