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Printemps 1919
Anne Wiazemsky   Aux quatre coins du monde
Gallimard - Folio 2002 /  5.10 € - 33.41 ffr. / 368 pages
ISBN : 2070425460
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Les périodes troubles de l’histoire sont pain bénit pour les romanciers ; il ne saurait y avoir meilleur écrin à l’exaltation des passions humaines que ces bouleversements historiques où les valeurs morales, affectives, sont revisitées sous les coups de boutoir du chaos et où les individus sont broyés par les mouvements collectifs. A cet égard le contexte du roman d’Anne Wiazemski – les premières années de la révolution bolchévique en Russie – est idéal. Pourtant le récit en lui-même s’avère profondément décevant.

Il s’ouvre au printemps 1919 sur les quais du port de Yalta, où se pressent ceux préférant l’exil à l’autorité nouvelle, et se referme sur le pont du navire qui vient de quitter ces mêmes quais avec à son bord une poignée d’aristocrates déchus : trois belles-soeurs, Olga, Xénia, Nathalie, la jeune sœur de cette dernière, Tatiana, et le reste de leur famille.
Lové en boucle entre le 10 avril 1919 du début et le 11 avril 1919 du dénouement, le récit retrace les deux années qui ont précédé ce départ à travers une sorte de patchwork littéraire alternant les passages narratifs, les lettres, les extraits de journaux intimes et des bribes de décrets officiels.

Cet assemblage pour le moins hétéroclite confère à l’ensemble un aspect documentaire – mais il ne concerne que les protagonistes dont l’auteur nous donne à entendre les voix. Leurs préoccupations, leurs états d’âme ne dépassent guère le cadre de leur famille et le document ne se départit jamais de sa dimension intimiste ; les échos des événements sanglants qui déchirent le pays n’y résonnent qu’assourdis. Cernés par des tragédies incessantes, ces aristocrates vont de Petrograd à Moscou puis se retirent finalement en Crimée dans le palais familial de Baïtovo, se calfeutrant derrière leurs deuils et les ultimes lambeaux de leurs privilèges, de leurs richesses. Ils semblent ne pas participer pleinement du monde qui les entoure, tout accrochés qu’ils sont à leur splendeur passée. De même qu’Olga, Xénia, Nathalie et les leurs vivent comme à côté de l’histoire, l’on parcourt ce roman sans jamais y entrer réellement.

Si l’auteur a montré une intéressante recherche formelle dans la construction de son récit, elle ne réussit guère à nous émouvoir. Est-ce imputable à son écriture qui, à force d’être appliquée dans ses descriptions, en devient maladroite et ressemble aux lignes laborieuses d’un écolier s’efforçant de maîtriser la formes des lettres ? Ou bien est-il tout bonnement impossible de compatir aux souffrances de ces gens qui se retranchent dans leur palais aux murs tendus de soie et n’ont d’autres soucis que de voir perdurer leur tranquillité – ou, à défaut, de sauver leur peau et leurs biens – alors qu’autour d’eux le monde se désagrège dans des remugles de misère et de mort ? Sans doute en va-t-il un peu de l’une et de l’autre raison mais, quand bien même le style eût été plus alerte et plus brillant, il y a fort à parier que le sort de ces aristocrates s’en tirant somme toute à très bon compte ne nous aurait pas touchés davantage.


Isabelle Roche
( Mis en ligne le 16/01/2003 )
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