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Conduite à travers le désert du réel
Don DeLillo   Cosmopolis
J'ai lu - Par ailleurs 2006 /  4.50 € - 29.48 ffr. / 190 pages
ISBN : 2-290-34967-4
FORMAT : 11 x 18 cm

Première publication en septembre 2003 (Actes Sud).

Traduit de l'anglais par Marianne Véron.

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Avant de monter à bord de Cosmopolis, il faut savoir qu'il y a quelques sens interdits à ne pas emprunter. Oui, DeLillo est auteur de bon nombre de romans où le terrorisme pointe son nez : The Names, portrait de l'agent américain en exil, pour n'en citer qu'un. Oui, le décor se trouve être New York. Mais n'allez pas pour cela chercher un quelconque récit s'inspirant du 11 septembre là-dedans. Vous feriez fausse route. D'une part, parce que ce roman a été rédigé avant l'attaque du WTC. D'autre part, parce que l'écrivain l'a lui-même suggéré.

Regardez dans le rétroviseur de l'histoire, et voyez-y plutôt, quarante ans après l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le récit d'un trauma plus ancien qui ne cesse de hanter nos contemporains. L'homme traqué, qui ne le sait pas encore, et dont la mort fait naître l'idée d'une menace, d'un complot peut-être, d'une psychose mondiale certainement. La lecture que l'on peut faire d'un tel ouvrage se calque sur cette image d'une limousine au ralenti, image vue et revue, à laquelle on attribue tant de suppositions sur la mort du président. Ici, la limousine traverse l'île de Manhattan à un rythme nonchalant, s'étirant d'est en ouest sur toute la longueur de la 54ème rue. A son bord, Eric Packer, multi-milliardaire, et sa garde rapprochée. A l'arrivée, un face-à-face avec sa propre mort. Et entre-temps, le monde entier réuni en une vague de protestations.

Un seul bémol à ce rapprochement : le temps du récit n'est plus celui du 22 novembre 1963 et de la guerre froide qui représentait la trame d'Outremonde (1997), roman monumental aux panoramas grandioses, où l'individu se perdait sous le poids de l'ordre mondial. Dans Cosmopolis, changement de décor : on troque le vaste désert américain pour le tumulte constant de Manhattan. Le désert naturel laisse place à un autre désert : celui du réel dans un monde virtuel éradiquant toute notion de limites et de temps. Packer voudrait construire un espace en omettant ses limites. Pour cela, il repousse toutes frontières, à l'image de son appartement, qui ne compte pas moins de quarante-huit pièces. Son rêve : «vivre en dehors des limites données, dans une puce, sur une disquette, en tant que donnée, en tourbillon, tournoiement radieux, conscience sauvée du néant» (p. 219). Une logique de pensée qui détermine sa réaction lorsqu’on l’informe d’une menace : elle ne saurait être que mondiale, politique, dépassant le seul individu – et le roman ne manque pas de nous présenter différentes conjectures portées par divers scénarios du monde contemporain et dont Packer pourrait être la cible : la paralysie d'une ville due à la visite d'un président, la concentration de centaines d'individus suivant l'enterrement d'un chanteur de rap, un affrontement corsé entre antimondialistes et forces de police, la chute de son capital boursier. Et bien non, c'est un tireur fou dans un immeuble qui lui assène le coup fatidique. Et c'est alors l'image du réel qui refait surface, peu à peu, porté par la conscience de son corps s’extirpant de l’asphalte.

Paradoxalement, c'est son être physique qui renaît lorsqu'il se voit mourir. Trop tard. L'homme postmoderne, high-tech, qui voudrait ne plus avoir besoin du réel, comprend que sa quête n'est qu'une soif inextinguible de réel, mais qu'il n'a plus accès à ce réel. A ce constat fait écho la théorie de Slavoj Zizek, dans Welcome to the desert of the real (publié aux Etats-Unis en 2002). Selon lui, le 11 septembre n'a pas entraîné le retour au réel mais, bien au contraire, la prise de conscience d'une désertification du réel. Et ce n'est qu'à ce titre que l'on peut s'aventurer à rapprocher Cosmopolis du 11 septembre : DeLillo est un visionnaire, sa matière n'est pas l'événementiel. Si l'on trouve dans ce récit des liens avec le monde de l'après-11 septembre, c'est qu'il a su percevoir dans le passé les routes qui ont mené aux conjectures mondiales actuelles. Et Cosmopolis de nous offrir le voyage en première classe.


Anne-Cécile Bourget
( Mis en ligne le 29/03/2006 )
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