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Petite musique de l'intérieur
Philippe Claudel   Le Bruit des trousseaux
Le Livre de Poche 2003 /  4 € - 26.2 ffr. / 118 pages
ISBN : 2-253-07297-4
FORMAT : 11 x 18 cm

Paru chez Stock en janvier 2002.
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Philippe Claudel, prix Renaudot 2003 (mérité) pour Les Ames grises, livre dans ce court récit son expérience personnelle de la prison. Pas celle d'un prisonnier, non. Celle d'un observateur engagé, quoique objectif ; celle d'un visiteur régulier et actif, professeur de lettres pour les détenus. Combien de temps cette expérience a-t-elle duré, le livre ne le dit pas. Pas plus qu'il n'explique les raisons qui ont pu pousser l'auteur à s'engager dans cette forme si particulière d'action citoyenne, la participation à la réinsertion de délinquants moyens et de criminels franchement abjects.

Et ce n'est d'ailleurs pas le propos du récit qui, s'il s'appuie sur une expérience personnelle et concrète de l'univers carcéral, n'est pas l'autobiographie d'un écrivain courageux. Le Bruit des trousseaux consiste en fait en une série de notations et d'anecdotes : pensées, images prises sur le vif et retranscrites sous la plume, forment un tableau impressionniste dans la manière (les petites touches multiples), et réaliste dans le fond. Chaque échantillon de la vie en prison que la mémoire a capté et que l'écriture retranscrit est livré presque brut, sans effet. Philippe Claudel ne prend pas parti. Même lorsque l'horreur avérée ou supposée du crime commis indigne. Même lorsque la bêtise d'une parole, ou l'injustice d'une situation, devraient faire grincer des dents. On pourrait dire que l'écrivain rend compte de cet univers clos avec un souci d'objectivité, même si le choix qu'il fait – ou que sa mémoire fait – des scènes et des anecdotes rapportées est nécessairement subjectif.

En multipliant les paragraphes courts, comme autant de petits morceaux de vies, en nommant les personnages par leur prénom et l'initiale de leur nom (peu importe d'ailleurs qu'ils correspondent à la réalité), Claudel donne une image finalement humaine de la prison. «Alain D. et Romuald W. avaient vécu dans la même cellule pendant un peu moins de deux ans», «Jean-Pierre M. vendait du pastis en cachette», «Georges R. avait tué sa mère.» Il relate, calmement. Il met en perspective. Il déroute ou étonne parfois, mais sans véhémence, dans un style simple, quelquefois à la limite de l'ellipse. Cet autre monde dans lequel l'écrivain pénètre chaque semaine pour dispenser son enseignement – devrait-on dire pour distraire les détenus de la monotonie de leur condition ? – finit par se rapprocher de nous. Il ne fait pas envie, certes. Loin de là. Mais en y entrant par la porte confortable du récit, sans danger, sans implication directe, on se prend à éprouver un étrange sentiment de proximité.

Faut-il prendre le livre de Philippe Claudel pour un manifeste écrit au nom de ceux qui ne peuvent pas s'exprimer, d'une catégorie d'exclus ? Sans doute pas et en tout cas, certainement pas au sens militant du terme. «[…] il me manque quelque chose d'essentiel pour parler de la prison, dit l'auteur lui-même, c'est d'y avoir passé une nuit. Je ne sais pas au fond si l'on peut parler de la prison quand on n'y a jamais dormi.» Œuvre avant tout littéraire, Le Bruit des trousseaux s'impose aussi comme un témoignage, qui aurait sa place, pour ce qu'il est, dans un rapport sur l'état du système carcéral français. A côté des rapports officiels, des statistiques et des études sanitaires, il en serait la part la moins analytique, une sorte de contribution sereine et artistique à la réflexion. Comme un reportage sonore pour la réalisation duquel on aurait laissé les micros vagabonder au hasard des couloirs, pendant quelques jours, à la recherche d'impressions à capter.

Un point de vue humaniste, suffisamment crédible et suffisamment dépassionné pour retenir l'attention, et donner sa valeur au récit. Avec en prime, une jolie réflexion à méditer : «Mon temps terminé, je sortais de la prison. Je ne sortais pas de prison. Jamais je n'ai senti aussi intensément dans la langue l'immense perspective ouverte ou fermée selon la présence ou l'absence d'un simple article indéfini.»


François Gandon
( Mis en ligne le 23/01/2004 )
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