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Le théâtre est un songe
Pierre Corneille   L’Illusion comique
Gallimard - Folio classique 2000 /  2.6 € - 17.03 ffr. / 240 pages
ISBN : 2-07-041309-8
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L'Illusion comique s'organise autour d'une mise en abyme du théâtre dans le théâtre à travers laquelle Corneille explore les ressources offertes par la mimésis (ou représentation). Le rideau s'ouvre sur les remords de Primadant, dont l'intransigeance a eu pour effet la fuite de son fils Clindor disparu depuis maintenant dix ans. C'est sur les conseils d'un ami qu'il s'avise en désespoir de cause de rendre visite au magicien Alcandre dans la grotte où il officie. Celui-ci, après avoir acquis sa confiance par le récit des pérégrinations de son regretté fils, lui propose de voir l'évolution de celui-ci à travers la vision de scènes jouées "par des spectres pareils à des corps animés", auxquels "il ne manquera ni geste, ni parole".

Fort de cette illusion, le père va assister en spectateur crédule à une tragi-comédie sur fond d'intrigue amoureuse. Clindor y apparaît au service de Matamore, sorte de Don Juan grotesque, amoureux d'Isabelle. Or, le fils de Primadant partage un amour réciproque avec cette même jeune fille, se trouvant ainsi opposé à son maître ainsi qu'à un troisième soupirant. S'ensuivent de multiples péripéties au cours desquelles trahisons, jalousies et vengeances s'enchaînent à un rythme soutenu pour finalement s'évanouir d'un coup de baguette magique.

Il convient tout d'abord de souligner l'inscription de cette pièce dans la tradition littéraire de son époque. Corneille se contente dans un premier temps d'en reprendre certains lieux communs, tels que la figure du fanfaron et celle du magicien que l'on retrouve couramment dans la comédie italienne contemporaine. Quant au thème de l'illusion ainsi que ce qui en découle, à savoir le dédoublement et la mise en question de la réalité, ils sont de mise dans une grande partie de la production européenne, en particulier en Espagne avec La vie est un songe de Caldéron.

Cependant, Corneille a su lier tous ces éléments en une intrigue originale au sein de laquelle il ménage de multiples surprises, des effets violents et de surprenants contrastes qui lui permettent de transgresser les rôles traditionnels du spectateur, de l'acteur mais aussi du metteur en scène. Il opère une mise en question de l'acte théâtral lui-même, en faisant jouer successivement ces trois rôles à chacun de ses personnages. Ainsi, insère-t-il habilement la tragi-comédie dans la comédie et la comédie dans la réalité, s'appuyant pour cela sur une hypothèse de départ que Roland Barthes nommera trois siècles plus tard l'idée de "convention littéraire". Coleridge à sa suite parlera de "suspension volontaire de l'incrédulité" pour définir le pacte théâtral et plus largement littéraire.

On serait tenté de dire que cet "étrange monstre", pour reprendre une expression de Corneille lui-même, transgresse les règles classiques, mais celles-ci ne sont pas encore définitivement fixées, ce qui lui donne une certaine liberté. L'auteur se joue ainsi de la notion de genre qu’il enfreint allègrement ainsi que de la règle des trois unités, cela lui étant rendu possible par la structure même de sa pièce qui est multiple. Le caractère mobile et hétéroclite de cette comédie associé au thème de l'illusion a donné lieu une relecture postérieure de l'oeuvre sous un éclairage baroque.

A l'époque de Corneille, fut surtout soulignée la dimension auto-réflexive de la pièce, participant à une revalorisation de l'homme de théâtre, alors déconsidéré. C’est principalement cet aspect de l'oeuvre que souligne Jean Serroy dans la préface de cette nouvelle édition. Celui-ci met également l'accent sur le caractère transitoire de cette comédie en rappelant que "les tragédies se créent sur fond de comédies". L'Illusion comique mérite donc d'être lue non seulement pour sa valeur propre mais aussi comme une clef de l'oeuvre cornélienne.


Emilie Wemaëre
( Mis en ligne le 12/01/2001 )
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