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Les lambeaux d'une histoire
Russell Banks   American Darling
J'ai lu - Par ailleurs 2008 /  8 € - 52.4 ffr. / 508 pages
ISBN : 978-2-290-35505-3
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication française en octobre 2005 (Actes Sud).
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Scout est le prénom que s'est choisi une petite fille d'une dizaine d'années et qui entend bien l'imposer à ses parents à la place de celui qu’ils lui ont donné. Hannah est une femme qui tient une exploitation agricole "écologique", Shadowbrook. Installée dans les années 1990 dans le Nord de l'État de New York, elle est aidée dans son exploitation par quatre autres femmes. Dawn Carrington est la fausse identité empruntée par une ancienne militante du Weather Underground, condamnée à la clandestinité après quelques manifestations explosives de la radicalité de ce groupe marxisant des années 1970. Madame Sundiata est l'épouse de Woodrow Sundiata, ministre délégué à la Santé publique du Libéria. Cette blanche américaine s'est mariée à la fin des années 1970 avec cet homme qui ne semble pas avoir beaucoup de scrupules dans l'exercice de son pouvoir comme dans l'emploi de certains fonds publics.

Alors que Dawn Carrington combattait la domination blanche sur les Noirs aux États-Unis, Mme Sundiata découvre au Libéria la domination afro-américaine sur les Africains. Hannah décapite tous les quinze jours plusieurs centaines de poulets pour les vendre. Mme Sundiata se bat pour organiser et faire vivre un sanctuaire pour chimpanzés. Dawn a vécu avec une autre femme, Carol, dans une Amérique prospère, et Mme Sundiata est la mère de trois garçons dans un pays atrocement déchiré par la guerre civile qui oppose Samuel Doe, Charles Taylor et Prince Johnson.

Tous ces portraits pourraient être des destins croisés et le support d'une rencontre improbable à la faveur d'une certaine dérive des continents. Mais ici, ils constituent une seule et même histoire : celle de Hannah Musgrave. Fille d'un pédiatre célèbre, membre de la bourgeoisie aisée et intellectuelle, Hannah s'engage et milite auprès de plusieurs groupuscules plus ou moins radicaux des années 1970. Cela la conduit à connaître une certaine clandestinité après son implication (très indirecte) dans un attentat.

Dans ce très beau roman, politique et sensible, Russel Banks s'attache à dresser le portrait d'une femme à la fois atypique et représentative de moments de l'histoire des États-Unis. Sans condamnation ni célébration nostalgique, il dessine, à la première personne, le parcours d'une femme par des plans successifs, des décors contrastés, où l'Histoire menace toujours de rattraper les individus. A travers ses identités successives, les décalages entre ses affirmations politiques et la réalité, ses ruptures et ses réconciliations, ses révoltes et ses renoncements, la vie de Hannah Musgrave pourrait apparaître comme l'illustration de la faillite d'une génération qui n'a pas su ou pu faire de sa propre vie l'affirmation d'un engagement radical, encore moins transformer la société.

Mais le récit d'Hannah Musgrave, sans plainte ni revendication, signale autre chose : le parcours d'une femme qui refuse les appartenances et les identités assignées et qui tente de construire sa vie en dehors d'un ordre historique imposé, malgré lui et contre lui. Et c'est bien ce jeu difficile entre identité et histoire qui est au cœur de ce roman, non par un effet de représentativité mais par l'évocation de lignes de fuite. La ruse des hommes s'ingénie à vouloir défaire et contourner ce que l'histoire fait pour eux : les placer là où ils sont.

Toutes les volontés et tous les désirs ne sont hélas pas éternels. Et les personnages apprennent peu à peu que maîtriser sa vie se résume le plus souvent à composer avec l'Histoire. Or l'Histoire que traverse Hannah Musgrave, même lorsqu'elle tente d'y échapper, est marquée par une sorte de rétrécissement des aspirations et des possibles. Elle se consacre de plus en plus aux chimpanzés de son refuge, à ses "rêveurs" comme elle les appelle. Ce refuge devient alors le seul point fixe de sa vie.

De même, Russel Banks semble s'empresser d'écrire cette histoire avant qu'elle ne devienne totalement impossible, totalement impensable. Le roman se termine en effet le 10 septembre 2001 : "[…] alors qu'une période sombre prenait fin, une ère encore plus sombre allait commencer, ère dans laquelle mon histoire n'aurait jamais pu avoir lieu et dans laquelle ma vie, peut-être, n'aurait peut-être pas pu être vécue." L'écriture et le roman prennent alors, eux aussi, la dimension d'un refuge.


Guy Dreux
( Mis en ligne le 01/10/2008 )
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