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Le B.E.E. ne fait pas le moine ! ...
Bret Easton Ellis   Lunar Park
10/18 - Domaine étranger 2010 /  7,90 € - 51.75 ffr. / 472 pages
ISBN : 978-2-264-05113-4
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication française en octobre 2005 (Robert Laffont).
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Qu'arrive-t-il à B.E.E.? Comment l'un des écrivains les plus mondialement connus, les plus adorés et conspués à la fois, à la vie de patachon sous acide – sexe, sexe, drogue, drogue et sexe, sexe, encore et encore ! -, peut-il être tombé dans le quotidien d'un père de famille en banlieue pavillonnaire de luxe ??? Certes, le bonheur bourgeois et familial n'a pas ici les rondeurs confortables qu'on lirait chez Balzac ou Bourget. L'épouse, Jayne, est une actrice hystérique, les enfants sont plus ou moins désirés – un fils, Robby, par inadvertance, et une fille, Sarah, par alliance. Le chien, pure race, déteste ostensiblement son maître. Et quelques bouteilles de vodka et autres tubes de Vicodin et trainées de poudres blanches accompagnent le quotidien de notre écrivain en pantoufles, lardé d'ennui – lui très bourgeois - et d'un stress existentiel. Le B.E.E. ne fait pas le moine...

Preuve que la greffe, néanmoins, ne prend pas ? Le belle villa hollywoodienne devient au fil des pages un manoir de l'horreur ! Les murs rougissent, les appliques lumineuses clignotent, la moquette se tache d'auréoles sombres et un être étrange rode, qui griffe murs et portes, fait peur aux enfants et terrorise notre écrivain imbibé. Sans parler des disparitions mystérieuses de jeunes garçons du Comté, de ces mails étranges reçus dans la boite électronique et d'une affaire de meurtres en série reprenant chapitre après chapitre les scènes gores d'American Psycho. Delirium alcoolisé ? Rêve ou réalité ? Le B.E.E. ne fait pas le moine... Mais on a là un authentique conte fantastique, à la Poe, à la Maupassant, que-sais-je. Sauf que le Horla, ici, est un produit hideux de la culture de masse : l'horrible peluche de la fillette, un Terby, doudou mangeur d'hommes !...

Les souvenirs du passé glorieux ouvrent ce roman de Bret Easton Ellis, mémoires rapides, coups d'œil jetés sur une jeunesse révolue et en tous points excessive, et une habile entrée en matière, surtout, pour donner au lecteur cette impression de réalité qui le tiendra jusqu'à la dernière ligne. «Il y avait aussi un problème d'argent – je n'en avais pas. J'avais tout claqué. Comment ? Les drogues. Les fêtes qui coûtaient 50 000 dollars. Les drogues. Les filles qui voulaient qu'on les emmène en Italie, à Paris, à Londres, à Saint Barth. Les drogues. Une garde robe Prada. Une nouvelle Porche. Les drogues». Car Bret est le narrateur et l'anti-héros de cette géniale auto-fiction, qui n'est évidemment pas une autobiographie mais un conte où l'auteur dit volontiers «je». «Vous n'êtes pas un personnage de fiction, n'est-ce pas, Mr. Ellis ?», demande l'inspecteur Kimball, traquant le serial killer. Le B.E.E. ne fait pas le moine...

«Mais c'est toujours ce que fait un écrivain : sa vie est un maelström de mensonges. L'embellissement est son point focal. C'est ce que nous faisons pour plaire aux autres. C'est ce que nous faisons pour nous fuir nous-mêmes. La vie physique d'un écrivain est au fond condamnée à l'immobilisme et, pour combattre cette contrainte, un monde tout autre et un moi tout autre doivent être construits chaque jour», observe l'auteur. Roman très riche, à la fois confessions et jeu de piste, thriller et peinture à l'acide (!) de la société américaine, fidèle à l'écriture Ellissienne, tout en s'en démarquant, moins excessive, plus reposée, réflexion double sur la paternité (comment un fils doit-il gérer son rapport à un père mort et détesté ? Comment un père peut-il gagner l'affection de son fils ?), ce Lunar Park est l'un des romans incontournables du moment. Preuve, si besoin était, que la littérature, décidément, est le plus puissant des hallucinogènes. A consommer avec modération ?!...


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 23/09/2010 )
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