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Inquiétante étrangeté
Marie Ndiaye   Mon coeur à l'étroit
Gallimard - Folio 2008 /  6.80 € - 44.54 ffr. / 377 pages
ISBN : 978-2-07-035745-1
FORMAT : 11x18 cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Née à Pithiviers en 1967, Marie Ndiaye a publié une pièce de théâtre, Hilda et Papa doit manger entre autres, des romans, La Sorcière ou encore Un temps de saison, et des nouvelles, Tous mes amis. En 2001, le prix Femina lui a été attribué pour Rosie Carpe.

Son dernier roman, Mon cœur à l’étroit, renoue avec une sorte d'inquiétante étrangeté et ce dès le chapitre premier. «Quand cela a-t-il commencé ?» : "J'ai parfois l'impression, au début, qu'on me regarde de travers. Est-ce vraiment après moi qu'ils en ont ? Lorsque j'ose évoquer ce changement devant Ange, à la table du dîner, il me répond, après une légère hésitation de pudeur ou d'embarras, qu'il a remarqué la même chose le concernant. Il me demande en me regardant fixement, si, à mon avis, c'est à lui que ses élèves ont quelque chose à reprocher ou si, à travers lui, ils me désignent, sachant bien que je suis sa femme." Que se passe-t-il réellement ? Nous aurons du mal à le savoir…

Nadia, la narratrice, est institutrice à Bordeaux, dans la même école que son mari, Ange. Ils vivent leur profession lorsqu'au jour où le couple est l'objet d'une vindicte diffuse et générale. Nadia tente de comprendre la nature du complot tandis qu'un brouillard épais ensevelit Bordeaux. Quelle faute a-t-elle commise, qui justifierait ses malheurs ? Pourquoi son fils s'est-il éloigné ? Ange est-il son allié dans l'épreuve ? Pourquoi est-il si étrangement blessé ? Et qui est ce voisin, M. Noget, qui s'impose peu à peu comme leur protecteur au point de leur préparer des petits plats ?

«Nous nous sentons innocents mais nous avons honte», écrit Marie Ndiaye, proche en cela de Franz Kafka ; nous sommes dans un monde clair et obscur à la fois, où réel et imaginaire se confondent. Les personnages cherchent leur culpabilité alors qu'ils sont en apparence innocents (Le Procès). Tout paraît réaliste et s'enchaîne pourtant d'une manière absurde. Nadia et Ange sont des individus au-dessus de tout soupçon, couple stable et travaillant honnêtement pour l'éducation nationale. Mais voilà, il se trouve que, désormais, les regards des écoliers sont fuyants, que les membres du corps enseignant deviennent méfiants à leur égard, que les mères de famille pressent contre leur ventre leur enfant rougissant quand Nadia arrive devant l’école. Nadia, elle, ne comprend pas ce qui lui arrive. Est-ce sa culpabilité qui rejaillit au point que le monde réel s'efface à ses yeux ? Quelle est la faute commise quand on n'a précisément rien commis de répréhensible ?…

Au fur et à mesure de la lecture, le malaise ne fait qu'augmenter. Un jour, au retour de l’école, Ange est victime d’une mystérieuse agression. Il est bientôt couché à l’agonie, le corps pourrissant, le ventre purulent et le couple est livré au voisin nommé M. Noguet, homme connu. On évoque bien d'appeler un médecin mais personne ne l'appelle véritablement. Marie NDiaye joue habilement à dépeindre des personnages réalistes mais qui accomplissent des actions peu crédibles, ou qui ne cadrent pas avec ce qu'on en attend habituellement. Autre exemple : Nadia et Ange ne vont plus travailler à l'école mais la principale ne s'en inquiète pas une seule seconde. Le roman semble évoluer dans l’univers du rêve, caractéristique de cette indistinction entre rêve et réalité.

Certes, nous n'avons que le point de vue de Nadia, personnage dont les failles apparaissent à plusieurs reprises au fil de la narration (elle avoue par exemple qu'elle a quelque peu escroqué son ex-mari, financièrement parlant). Sur ce point, nous ne saurons pas si Nadia est dérangée ou véritablement victime d'un complot. Marie Ndiaye écrit simplement et son style est fluide même si elle ne parvient pas à mener sa narration jusqu'au bout. Au final, ce genre de récit, fort difficile à accomplir alors que l'ambiance est aisée à installer, devient vite un peu flottant. Nous ne savons que penser de tout ce qui se passe. Rien ne semble s'accomplir réellement et rien n'a vraiment de sens ou de direction précise ; seules s'entassent des scènes de plus en plus étranges et insolites.

Cette indistinction entre réel et imaginaire est toujours passionnante mais que veut-elle signifier, symboliquement ? Que cherche à dire l’auteur par delà ces ambiances ? Chez Kafka, cela donne un monde où les individus perdent non seulement leur personnalité mais aussi où la bureaucratie a une main mise invisible sur tout, où le secret n'existe plus, où l'intimité est dévoilée...

Fort bien mené en général, parfois réellement inquiétant, le roman de Marie Ndiaye en reste à une trame générale sans parvenir à nous passionner dans les détails, jusqu'au dénouement final.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 01/08/2008 )
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