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L'irréprochable politesse des morts
Julia Leigh   Ailleurs
Seuil - Points 2009 /  5 € - 32.75 ffr. / 104 pages
ISBN : 978-2-7578-1388-1
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2008 (Christian Bourgois)

Traduction de Jean Guiloineau.

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Accents macabres et éclairs de folie, l'écriture de Julia Leigh est décidément bien étrange, insaisissable derrière le rideau ironique d'une froideur digne. Avec Ailleurs, elle signe un conte familial particulièrement grinçant : dans le grand château, les individus prennent des allures de poupées mécaniques, et la fixité des regards, après avoir semblé grotesque, devient presque terrifiante. Chez Grand-Mère on se tait, même lorsqu'il émane de certains secrets des senteurs de cadavre en putréfaction, aux sens propre et figuré. Tout juste arrivés d'Australie, Andrew, neuf ans, et Lucyloo, six ans, découvrent avec un mélange d'excitation et d'indifférence ce que leur mère retrouve : un univers où l'excellence de l'éducation ne souffre pas d'exception, un monde où l'élégance prime sur toute considération d'ordre logique.

La plus extrême, la plus rigide décence bourgeoise cohabite avec les excentricités les plus délirantes et les plus morbides – mais, toujours, en silence. La vie est soumise absolument à ces principes quasi-militaires qui régissaient l'existence de la famille britannique dans laquelle le petit Firmin est envoyé dans Au-dessous du volcan (M. Lowry) : on se souvient des fils qui se sentaient d'autant plus tenus de marcher martialement qu'ils étaient fins saouls, de la façon dont l'ivresse ne s'avérait vulgaire que lorsqu'elle devenait perceptible, c'est-à-dire jamais. Dans Ailleurs, la scène du buffet (ou plutôt du non-buffet), qui voit Olivia et Marcus deviser gravement et sentimentalement en vidant méthodiquement les bouteilles de Montrachet, rappelle de manière frappante cette atmosphère surréaliste.

Le style sobre et, paradoxalement, simple et presque inexpressif parvient à magnifier le caractère inhabituel et si peu naturel des scènes soigneusement composées : descriptions détachées et narration épurée se conjuguent pour donner une touche surnaturelle au récit. Le lecteur n'est plus en mesure d'affirmer qu'une chose est raisonnable ou ne l'est pas, situation qui rend l'ambiance pour le moins instable, et même dangereuse. L'amour maternel se teinte de reflets morbides, une froideur mortelle imprègne les relations humaines, les obscénités sortent posément de la bouche d'une petite fille sage sans que le sang-froid des adultes n'en soit atteint, ces gens s'aiment et meurent à contre-temps... On est contraint de suivre pas à pas Julia Leigh, de s'accrocher à elle pour ne pas demeurer seul dans une pénombre mystérieuse, peuplée d'ombres inquiétantes.

Au milieu d'elles, le personnage indéniablement le plus vivant, le moins mentalement dérangé de ce foyer passablement bizarre, c'est Andrew, petit garçon très remuant ; pourtant, ce sont probablement ses projets d'évasion qui, dans un autre roman, auraient constitué le noeud de l'intrigue, la faille dans la raison capable de tenir en haleine un lecteur tout au long d'une centaine de pages. Ici, il est l'indice du désordre parce qu'il est encore humain, à un point inouï, et qu'il a même la capacité de réveiller un peu de l'humanité de ceux qui l'entourent. Ceux-ci déambulent avec le sourire figé des héros de vieux romans policiers anglais, dans des décors en rapport, et l'on en vient à guetter la mort derrière chaque attitude, chaque geste : il y a une telle nervosité ambiante que le moindre mot de J. Leigh semble receler bien plus que son propre sens.

La tension qui soutient Ailleurs de bout en bout est réellement exceptionnelle et l'esthétisme à la fois original et tellement classique de l'ouvrage lui donne une saveur délicieuse. Comme il n'est guère plausible d'invoquer le manque de temps pour un livre si court, il serait vraiment dommage de passer à côté de ce bijou très anglo-saxon.


Aurore Lesage
( Mis en ligne le 22/09/2009 )
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