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Un premier Freud féministe
Monique Schneider   Le Paradigme féminin
Flammarion - Champs 2006 /  9.50 € - 62.23 ffr. / 340 pages
ISBN : 2-08-080157-0
FORMAT : 11x18 cm

Première publication en janvier 2004 (Aubier).

L’auteur du compte rendu : professeur agrégée de lettres modernes, Sylvie Lesné consacre ses travaux aux questions du féminisme, de la mixité, et de leurs représentations.

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La pensée freudienne a souvent enfermé les femmes dans la logique oppressive du manque, de l'hystérie, ou de l'envie du pénis. On sait moins que, dans ses premiers textes, le fondateur de la psychanalyse fut un «cryptoféministe» qui élabora, à partir de l'observation de ses patientes, une réflexion attentive et inventive, de nature à rendre compte de la spécificité de la problématique féminine : ce que Monique Schneider nomme «le paradigme féminin».

Au fil de commentaires approfondis de la prose de Freud, cette étude érudite saisit l'élaboration progressive d'une psyché féminine que la notion de «complexe de castration», forgée ultérieurement au contact des «oppositions spéculatives de son temps», ne permettra plus ensuite au maître de penser indépendamment du dogme de la toute-puissance masculine. L'on découvre ainsi avec surprise la modernité des premières conclusions du psychanalyste qui appréhende le sujet féminin sous l'angle d'une «rébellion sacrilège» déclenchée aussi bien par la pression pathogène d'une éducation aliénante que par l'institution oppressive du mariage. Mieux, la femme n'est pas perçue comme un creux, un vide, mais comme une plénitude ouverte sur la liberté et la connaissance.

Insensiblement, tout au long des treize chapitres que compte l'ouvrage, Monique Schneider débusque le glissement ostensible de cette approche spécifique du féminin vers des représentations en prise avec la domination du masculin : l'expérience féminine sera ainsi rapportée à la configuration du couple dans laquelle la femme, confrontée à «l'agent pénétratif», ne sera plus inscrite qu'à l'intérieur des bornes de l'acceptation ou du refus de celui-ci. Freud est ainsi conduit «à érotiser l'ensemble des opérations intellectuelles concernées par l'accueil du refoulé».
Aussi, l'idée de plénitude ouverte sera-t-elle remplacée par le concept mutilant de la perte ou de l'effraction : en se concentrant sur le corps-phallus, Freud abandonnera le principe dynamique d'«aufnahme» au profit d'une logique de l'oblitération et de la nostalgie du sexe masculin. Dès lors, les femmes elles-mêmes continuent à ignorer la nature spécifique de leur être féminin, perçu comme une altérité radicale, quand le masculin s'impose toujours comme étant le même.

Monique Schneider s'applique parallèlement à dégager la vitalité de cette lecture freudienne des origines en convoquant d'innombrables textes et auteurs, de Shakespeare à Marguerite Duras, d'Apulée à Michel Tournier, sans oublier Lacan, Dolto, ou encore Cournut-Janin. Il faut avouer que cette profusion d'auteurs est parfois étourdissante, d'autant que nulle bibliographie, nul index thématique ou patronymique, ne viennent soulager l'effort du lecteur pour l'orienter dans ce catalogue débordant des applications de la pensée freudienne. L'évolution théorique de Freud, faite de revirements, de paradoxes, voire même de reniements, affecte aussi la lisibilité de cet essai qui suppose, de toute façon, une connaissance avérée de la théorie psychanalytique et surtout une réelle maîtrise de son vocabulaire. Quelques bilans proposés à des étapes stratégiques de l'étude auraient également éclairé de façon utile la cohérence de l'ensemble.

Au final, Le paradigme féminin est un essai foisonnant et complexe, souvent stimulant, mais parfois rebutant par sa phraséologie jargonnante et hermétique. Ce livre dense est toutefois incontournable pour tous ceux, toutes celles qui souhaitent redécouvrir Freud «non pas pétrifié dans quelques formules canoniques... [mais] ressaisi dans la mobilité de sa démarche, dans son insistance à connaître la soif de savoir qui anime les femmes» travaillées par la nécessité impérieuse d'accepter leurs pulsions et l'affirmation libératoire de leur intellectualité. L’apport iconoclaste et méconnu de la première approche freudienne du féminin s’avère ainsi essentiel pour repenser les conditions actuelles de l’émancipation psychique des femmes, et aussi des hommes.


Sylvie Lesné
( Mis en ligne le 10/03/2006 )
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