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Les trois Baroque ou le triomphe de l'Italie
Frédéric Dassas   L'illusion baroque. L'architecture de 1600 à 1750
Gallimard - Découvertes 1999 /  12.98 € - 85.02 ffr. / 160 pages
ISBN : 2-07-053494-4
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"Baroque : synonyme de classique, mot nouveau inventé pour rendre la chose moins ennuyeuse". Ainsi, pourrait-on définir, à la manière du Dictionnaire des idées reçues, l'adjectif à la mode : musique baroque, peinture, art baroque, piété baroque, âge baroque. A quand une science baroque, une éducation baroque, une cuisine baroque ? S'ils se savaient qualifiés de la sorte, nos pères en seraient fort contristés : quand le duc de Saint-Simon écrivait qu'il "était bien baroque de faire succéder l'abbé Bignon à M. de Tonnerre, pour le mettre en troisième avec M. de Reims et M. de Meaux", notre grand mémorialiste donnait à entendre que le jeune abbé n'avait ni la sainteté de Bossuet, ni l'expérience de l'archevêque de Reims, ni la haute naissance de Mgr de Clermont-Tonnerre, et que sa nomination comme conseiller d'État d'église était un nouvel exemple de la fantaisie despotique de Louis XIV.

Dans les arts, c'est bien au règne de la fantaisie que s'attache l'adjectif "baroque". Est-il propre à qualifier cette époque de l'histoire de l'architecture, qui va de 1600 à 1750 ? Cette question a été souvent disséquée dans les dernières années, avec plus ou moins de bonheur. Ce n'est donc pas sans une malveillante gourmandise que la critique ouvre un nouveau livre sur le baroque dans l'art, habitée qu'elle est de la secrète espérance d'y lire quelques-uns de ces délires dont les devanciers de l'auteur sont prodigues.

Dès l'abord, avec beaucoup d'habileté, M. Frédéric Dassas prend le contre-pied du plan attendu. Au lieu d'un chapitre préliminaire consacré aux différentes définitions du baroque, il entraîne aussitôt le lecteur dans l'héritage de la Renaissance et esquisse la typologie des bâtiments de l'époque. Dans un second chapitre, l'auteur présente l'emploi fait par les architectes de l'ordre gréco-romain et l'évolution du plan et de la distribution des édifices. Le troisième chapitre est consacré à la primauté de l'effet, à travers la lumière, l'espace, les décors peints et sculptés. Le quatrième étudie les styles des différentes époques et des différentes nations.

Ce n'est qu'en conclusion que l'auteur pose la grande question : "qu'est-ce que le baroque" ? Pour y répondre, il distingue trois acceptions de ce mot. La première fait du baroque un principe universel et intemporel, expression du tourment et du mouvement. La seconde qualifie de la sorte la civilisation du XVIIe siècle, prise dans son ensemble ; la troisième en restreint l'emploi à l'architecture italienne au temps de Bernin, Borromini, Pierre de Cortone, Guarini et leurs écoles. L'auteur pèse ensuite la valeur de ces différentes systèmes... et c'est pour conclure que le baroque n'existe pas. Ainsi le titre, fort ingénieux de l'ouvrage : l'"illusion baroque", trouve-t-il sa justification et c'est par un effet de surprise... bien baroque, que s'achève le discours.

Comme il est d'usage dans l'excellente collection "Découvertes", le texte et l'illustration se complètent avec pertinence. Avec un grand bon sens qui fait trop souvent défaut à ses émules, M. Dassas se garde de tout jargon intellectualisant. Son propos est toujours clair, riche et précis. On a vu l'équilibre du plan, on appréciera celui des jugements : l'auteur tient droite la balance entre les siècles et les nations, sans nous faire subir la tyrannie de ses propres préférences. Choisie avec goût, l'iconographie réunit photographies, tableaux, dessins, plans, élévations et maquettes anciennes. Comme les volumes les plus heureux de cette collection, celui-ci mériterait d'ailleurs une édition en grand format, qui nous permettrait de mieux analyser certains plans et de mieux apprécier les élévations anciennes.

Un rapide parcours du dossier iconographique réuni par M. Dassas nous aide à comprendre l'engouement actuel pour le style baroque. Fatigué d'un dépouillement voisin de la pauvreté, d'une simplicité des formes qui est absence d'invention, le public occidental redécouvre avec délice les plaisirs du décor et de la profusion et ressent les attraits d'un art destiné à embellir la vie : il a pour lui la saveur du fruit défendu.

Cependant, si nous oublions un instant cet engouement de l'heure, si nous tâchons de nous faire un oeil neuf pour considérer avec plus de distance les bâtiments et les intérieurs que M. Dassas met sous nos yeux, force nous est de reconnaître la justesse du sentiment esthétique des anciens critiques. Les pâtisseries ont leur charme ; l'Espagne, l'Empire, l'Angleterre, l'Amérique, la Russie ne sont pas sans mérite. Pourtant, du concours de tant de chefs-d'oeuvre, notre France et sa soeur aînée, la vieille Italie, sortent aisément victorieuses. Voilà la grande leçon, peut-être involontaire, de cet ouvrage : c'est en France, c'est en Italie, que triomphe le grand goût, c'est là seulement que la beauté se défait de tous les adjectifs pour trôner seule, dans l'éternel empyrée.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 02/05/2000 )
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