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La Renaissance en V.O., noir et blanc, sous-titré
André Chastel   Renaissance italienne 1460-1500
Gallimard - Quarto 1999 /  24.43 € - 160.02 ffr. / 924 pages
ISBN : 2070753336
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Gallimard vient de publier dans sa collection Quarto la réédition de deux volumes de la célèbre collection dirigée par André Malraux "L'Univers des formes" : Renaissance méridionale et Le Grand atelier d'Italie, d'André Chastel.

Depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'à sa disparition en 1990 l'auteur a occupé une place majeure dans l'histoire de l'art en France. Ayant découvert l'histoire de l'art dans les années trente, il en avait conclu que son enseignement était "de la littérature". Durant toute sa carrière il s'attacha à "faire de l'histoire de l'art" non romancée. Sa participation à l'Inventaire général des monuments historiques et des richesses artistiques de la France rend bien compte de ce travail de méthode fondé sur l'objet et sur le dépouillement des sources. Cette science et cette rigueur, il sut la transmettre d'abord à ses étudiants à la Sorbonne et au Collège de France, et aussi auprès du grand public ; fondateur de La Revue de l'art, il fut également critique au Monde.

André Chastel a participé à une révolution éditoriale, celle de "L'Univers des Formes". Cette collection a été le résultat d'un pari réussi : allier rigueur scientifique, clarté du propos et surtout grand luxe dans la présentation, l'iconographie et l'impression. Ces ouvrages ont eu un énorme retentissement et un grand succès. Trente cinq ans après cet événement, la réédition de ces deux tomes en un seul volume pour la modique somme de 160 francs, soit environ le dixième du prix d'origine est une initiative qui n'est ni sans intérêt ni sans mérite.

Malheureusement, dans sa nouvelle version cet ouvrage est quasiment illisible : le papier est tellement fin que l'on a l'impression de lire par transparence trois pages à la fois. Reproduites sur le même papier, les illustrations, toutes en noir et blanc, sont aussi fades qu'ennuyeuses. Elles sont cependant sauvées par de volumineuses notices réalisées pour cette édition. Ces textes additifs confèrent à l'ouvrage un caractère de nouveauté appréciable : on peut penser qu'ils pallient une grande lacune de l'entreprise. De fait, alors que les "Univers de formes" sont disponibles dans n'importe quelle bibliothèque, le lecteur aurait pu prétendre à une édition critique, ce qui n'est pas le cas présentement et c'est certainement faire offense à André Chastel que de laisser penser qu'en plus d'une génération, la connaissance de l'histoire de l'art n'a pas suffisamment progressé pour justifier d'une édition nouvelle.

La réutilisation des illustrations d'origine pose un très sérieux problème, celui de la photographie d'architecture. En effet, il est donné à voir des images évidement connotées "années soixante", un petit effort pour obtenir des images actuelles de ces architectures qui ont souvent beaucoup évolué depuis (restaurations réussies ou réaménagements urbains sauvages) aurait rendu de la pertinence à ces choix, l'édition critique aurait dû aussi passer par là. Enfin, à ces photographies d'architecture, il manque la plupart des plans et élévations de l'édition originale. Que dire enfin de la reproduction des peintures en noir et blanc ?

Il faut cependant reconnaître un grand mérite à ce choix éditorial, c'est son format de poche. La mutation d'un ouvrage de luxe, peu maniable en une "bible du routard" pour historien d'art va permettre de remplacer bien des guides aux textes approximatifs et il sera désormais difficile de visiter les anciennes cités-États d'Italie sans cet ouvrage. En outre, malgré la notoriété des "Univers des formes", on peut supposer que ces livres ont été peu lus jusqu'à présent. Somptueux ouvrages d'art dans l'édition originale, ils ont dû être souvent feuilletés, ou le plus souvent exposés en bonne place dans les rayonnages des bibliothèques bourgeoises. Plus d'un étudiant n'a pu que les survoler, lisant simplement les légendes des illustrations. Ne nous leurrons pas : en dépit de l'apparente simplicité du texte, et pour ne citer qu'un exemple, la compréhension du squarcionisme est bien plus aisée à Padoue, le livre à la main, devant la façade de la basilique du Santo, que dans la douillette quiétude d'un salon.

A la relecture de ce texte si dense, transposé sur un support rude, rejaillit à nouveau cette évidence: de 1460 à 1500, dans une embardée géniale, sur un bien petit territoire, une formidable épopée a vu le jour. Depuis, la vox populi nous a fait savoir que l'histoire s'accélère. Il n'est pourtant pas impossible qu'il y ait un ralentissement de la création. L'extension du territoire à la "toile planétaire", au moment où un nouveau médium, celui-là même que vous consultez, prend le relais de l'édition classique n'a peut-être pas encore permis pour l'instant l'émergence de nouveaux génies.

Le paradoxe n'est pas résolu : quelques créateurs, travaillant pour des communautés de quelques dizaines, voire de quelques centaines de milliers de personnes ont réussi à atteindre l'universel. La réponse est encore et toujours à trouver dans la contemplation de leurs oeuvres.


Jean Marie Linsolas
( Mis en ligne le 10/02/2000 )
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