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L'Empire
Joseph Pérez   L'Espagne de Philippe II
Hachette - Pluriel 2013 /  10 € - 65.5 ffr. / 448 pages
ISBN :  978-2-8185-0360-7
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en février 1999 (Fayard)
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Une Espagne éternelle, grande, fière, impériale, championne de la foi catholique, figée dans l'aride majesté de l'Escorial, terre de héros et de saints sortis des toiles du Greco : voilà le règne de Philippe II (1556-1598) dans la mythologie nationale espagnole, qui fit du Siècle d'Or en même temps qu'une apogée politique le moment symbolique de l'essence même de l'hispanité. Cette vision romanesque habite jusqu'à l'idéologie franquiste - à l'inverse, dès le XVIe siècle, naquit une légende noire - l'expression est née pour désigner le cas hispanique - d'après laquelle l'Espagne demeurerait toujours la patrie du fanatisme et de l'arriération, le pays de l'Inquisition et des autodafés. C'est l'Espagne de Voltaire et des auteurs protestants anglo-saxons.

Entre légende noire et légende dorée, M. Joseph Pérez brosse un tableau plus nuancé de l'homme et de son temps. Plutôt qu'une biographie de Philippe II, il livre une histoire de l'Espagne au temps du roi catholique. Source de redites, le plan retenu, mi chronologique, mi thématique, permet cependant à l'auteur de ménager des mises au point très complètes sur les questions classiques : le rôle de l'Inquisition, la ''limpieza de sangre'', la persécution contre les morisques, l'Invicible Armada, le déclin économique de l'Espagne à la fin du siècle.

Empire "où le soleil ne se couche jamais", suivant une formule célèbre, la monarchie de Philippe II englobait les royaumes de la péninsule ibérique : Castille, Aragon, Portugal (à partir de 1580), mais aussi les Pays-Bas, la Franche-Comté, le Milanais, le royaume de Naples et les "Indes", cet immense domaine colonial né sous Charles Quint et qui se constitua définitivement sous son successeur. Ce conglomérat n'avait d'autre unité que dynastique : si le mariage de Philippe II avec Marie Tudor avait été fécond, leur progéniture aurait régné sur les États d'Europe du Nord, Angleterre et Pays-Bas, les domaines méditerranéens demeurant au fils aîné du roi. Cependant, l'Espagne et surtout la Castille tendaient à devenir le centre de gravité de cet ensemble composite ; en 1561, Philippe II choisit Madrid pour capitale.

Quand les auteurs espagnols parlaient de l'Empire "où le soleil ne se couche pas", ils ne pensaient pas à l'immensité des Indes, mais entendaient par là que l'Espagne serait le dernier des grands empires de l'histoire. La force de l'ouvrage de M. Pérez est de montrer cette évolution insensible vers une monarchie nationale, lors même que cette idée était étrangère à ceux qui la gouvernaient.

Philippe II ne sort pas grandi d'une analyse approfondie de son action politique. Caractère essentiellement faible, timide et indécis, ce roi bureaucrate et archiviste chercha un refuge dans la retraite et le silence, dressant contre ses sujets la muraille de lourdes procédures écrites, destinées à garantir le repos du maître et l'idée qu'il se faisait du decoro royal. Pour autant, le monarque nourrissait les ambitions les plus hautes. Loin de se sacrifier à la cause de la Contre-Réforme, il travaillait avant tout à la gloire de sa maison. Aspirant à la monarchie universelle, regrettant toujours que la dignité impériale fût passé à la branche cadette de la dynastie, il épuisa les ressources de ses États pour tenter de mettre à résipiscence les Pays-Bas révoltés et le grand royaume rival, la France, qui malgré ses déchirements internes, résista victorieusement à ses entreprises. L'Empire de Philippe II fut donc plus habsbourgeois qu'hispanique et sa politique une politique familiale et patrimoniale, d'où toute idée nationale était absente. Cœur de la monarchie, la Castille fut en définitive sacrifiée à cette politique. L'échec des grands desseins du roi précipita sa décadence.

L'auteur fait justice d'un certain nombre de lieux communs historiographiques et littéraires : Philippe II n'a pas vécu reclus dans l'Escorial ; l'Inquisition ne fut pas toute-puissante ; les statuts de pureté de sang n'ont pas été observés uniformément ; ils n'ont pas joué de rôle décisif dans les difficultés économiques de l'Espagne ; le caractère espagnol n'a pas toujours été rétif au travail et à la modernisation. Au contraire, M. Pérez met en évidence les causes profondes du déclin ultérieur de l'Espagne : il tient à la politique de l'État, qui, en faisant du crédit public la source de revenu la plus sûre, détourna la population du commerce et de l'industrie.

Le Siècle d'Or n'en est pas moins celui du plus grand rayonnement intellectuel et artistique de l'Espagne : le Grand Siècle français s'est forgé à l'école de la péninsule ibérique, Montaigne, Corneille et Pascal s'inspirent des auteurs espagnols, sacrés ou profanes. Surtout, le règne de Philippe II voit s'étendre et s'affermir un Nouveau Monde de langue et de culture castillanes. Dans ce sens, la maison d'Autriche a bien donné à l'Espagne un Empire destiné à subsister toujours, un Empire "où le soleil ne se couche jamais".


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 24/09/2013 )
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