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Petites histoires pour ne pas rire
Fredric Brown   Une étoile m’a dit
Gallimard - Folio SF 2000 /  4.5 € - 29.48 ffr. / 300 pages
ISBN : 2-07-041669-0
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Voyages intersidéraux, colonisation d’autres planètes, manipulations infligées à l’esprit humain, invasions extraterrestres... Autant de thèmes chers aux auteurs du genre, et que l’on retrouve tout naturellement dans ces huit nouvelles écrites par Fredric Brown. Mais traités de telle manière que l’on ne cesse de sourire tout au long de sa lecture.

L’on rit aussi, parfois. Notamment de l’étrange aventure d’Elmo Scott, cet auteur de SF en proie au douloureux syndrome de la page blanche et qui réalise soudain que son doberman lui parle, bientôt rejoint par une vache de passage, un écureuil, une poule... Ce doberman, d’ailleurs, a une façon de rire qui ne manque pas de chien : il laisse pendre sa langue entre ses crocs…

Les interminables soliloques du professeur Oberburger, énoncés avec un puissant accent germanique, eux aussi prêtent à rire. Surtout lorsque la petite souris grise qu’il a baptisée Mitkey et qu’il envoie sur la Lune au moyen d’un engin de son invention se mettra à parler avec les mêmes intonations, les mêmes défauts de prononciation…

Quand on ne rit pas, on est touché par une sorte d’impalpable poésie qui vient briser le tragique de la situation, comme dans "Quelque chose de vert...". Mac Garry est un Terrestre naufragé sur Kruger III, et il apprend qu’il ne reverra jamais la Terre parce que celle-ci a cessé d’exister. Il achève de sombrer dans la folie. Mais le ton, le rythme de la narration évoquent plutôt une comptine qu’une tragédie : Mac Garry évolue dans un univers bariolé et ne semble regretter de la Terre qu’une couleur, le vert. Une petite créature à cinq pattes, perchée sur son épaule, lui donne "l’étrange impression d’une main appuyée sur son épaule". Cette comparaison récurrente du petit animal avec une main de femme se pose comme un refrain et, comme une litanie, ces couleurs vives (le rouge, le brun...) et l’absence de vert... Mais le tragique est là, sous-jacent, et c’est lorsque la créature à cinq pattes se mue en une femme de chair douée de parole qu’il éclate pleinement.

"Anarchie dans le ciel", où les étoiles se livrent à un ballet défiant toutes les lois de l’astrophysique, mettant au désespoir les astronomes de la planète, est aussi un récit poétique. Mais d’une poésie fortement teintée d’ironie –"Il dormait profondément. Dans une cellule, mais profondément tout de même". – d’autant qu’il s’agit, à travers ces aberrations cosmiques, de dénoncer les extrémités auxquelles peut pousser le mercantilisme exacerbé.

Et même lorsque se trouve évoquée l’élimination de toute vie animale sur Terre par une civilisation extraterrestre -situation tragique s’il en est-, l’humour est présent dès la première phrase : "Je connais une jolie petite histoire d’épouvante qui tient en deux phrases[...] et trois points de suspension", puis se développe tout au long d’un récit qui s’achève sur une note de tendresse... et sur un clin d’oeil appuyé au lecteur.

Comment ne pas sourire, à la lecture de "Tu n’as point tué", de la généreuse naïveté de cet éminent criminologue qui, grâce à l’hypnose, ambitionne de convaincre tous les criminels, les uns après les autres, qu’ils sont d’innocentes créatures ? Comment ne pas rire de l’aspect grotesque et rutilant de la Roue de Vargas qui, dans "Cauchemar", s’avère pourtant être un redoutable instrument de manipulation des esprits ? Et pourtant, on touche là à ce que l’homme a de plus précieux, de plus fragile aussi : son cerveau, où siège sa faculté de raisonner et –peut-être…– ce que d’aucuns appellent l’âme…

Le recueil se clôt sur une nouvelle plus sombre que les autres, "Tu seras fou", dans laquelle George Vine, le héros, baigne dans un univers où, par-delà sa vie normale la frontière entre fantaisie de l’esprit et amnésie, vrais et faux souvenirs, maladie mentale feinte et avérée s’est effacée. Ce texte se lit comme une interrogation ultime sur la nature même de la folie : aberration effective de l’esprit ou bien séquelle de la rencontre divine ?

Certes, dans Une étoile m’a dit…, on meurt et on devient fou. Mais, par la grâce d’une indéniable poésie et d’une incomparable délicatesse dans l’art de juxtaposer l’extraordinaire et le banal –"Au premier abord, le ciel paraissait normal : on n’y voyait pas voler des anges, on n’entendait même pas le ronflement d’un moteur d’avion"–, l’on échappe à l’angoisse, à l’oppression que génère l’imminence de la tragédie.

Et pourtant, une fois le livre refermé, on garde au fond de soi quelque chose de la perplexité de Rod Caquer, du tourment d’Elmo Scott qui ne parvient plus à écrire, ou de la paranoïa de George Vine, qui finit par rencontrer Dieu…


Isabelle Roche
( Mis en ligne le 29/01/2001 )
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