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Dévôt
Reinhard Kleist   Castro
Casterman - Ecritures 2012 /  18 € - 117.9 ffr. / 292 pages
ISBN : 978-2-203-04074 -8
FORMAT : 17x24 cm
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l’heure où Fidel Castro, Lider Maximo de la révolution cubaine, publie ses mémoires (Les chemins de la victoire, 2012), le castrisme semble une idéologie bien oubliée. Certes, la fascination, entretenue par Hollywood, pour la geste du guérillero demeure (même si du reste, c’est plutôt Che Guevara qui incarne l’idéal type), mais du marxisme tropical, l’héritage paraît bien compromis. Aussi l’album, écrit et dessiné par Reinhard Kleist et consacré à « Castro » tranche-t-il sur le discours habituellement critique en livrant du président-révolutionnaire un portrait tout d’admiration, et même de dévotion. Un portrait qui restitue, aisément, le charme romantique de la guérilla mais aussi les difficultés et les mécomptes du pouvoir. Car au travers de Castro, c’est aussi Cuba qui est le héros de ce récit très réussi.

Une première partie évoque l’histoire de la révolution, rappelant ce que fut Cuba sous la dictature Battista – un immense casino géré par la mafia, ainsi qu’une vaste exploitation gérée par les firmes agro-alimentaires américaines… bref, une dépendance – et comment, au sein de la jeunesse estudiantine, naquit un mouvement contestataire. De Fidel Castro avocat et guérillero débutant – celui de l’assaut de la Moncada, le 26 juillet 1953 – à Fidel Castro, exilé puis chef naturel de la guérilla, le lecteur parcourt quelques années et beaucoup de jungle pour assister à la naissance d’un mouvement militaire un peu improvisé, mais rapidement aguerri. L’installation dans la Sierra Maestra, les combats et la théorisation de la guerre de guérilla, les ralliements nombreux et la technique d’encerclement qui aboutit à la chute de la dictature… tout cela est bien raconté, d’une manière sobre, sans effets excessifs (excepté quelques mises en scène, très propagandistes, de Castro en guerrier libérateur). Dans une certaine mesure, cette première partie rappelle, dans sa sobriété, l’excellent film de Steven Soderbergh (Che). En suivant l’épopée castriste avec les yeux d’un jeune photographe allemand séduit par la guérilla, Reinhard Kleist joue – efficacement – avec un homme qui suit la guerre sans voir la guerre, dont il ne retient que le côté libérateur, romantique. Une séduction mise à mal dans la seconde partie, qui évoque la prise de pouvoir et ses excès : les discours émancipateurs sur la liberté, les réformes au pas de charge, mais aussi la violence résiduelle, l’économie qui se déglingue et les allures de guérillero au pouvoir, qui finissent par établir définitivement Castro à la tête du pays (1976) après avoir épuisé deux présidents « bourgeois » (sic). Chaque grand épisode est repris : une entrevue avec Nixon, l’affaire de la baie des cochons et la crise des fusées, le départ de Che Guevara en Bolivie. Mais l’essentiel est dans les marges, dans le naufrage progressif de l’île (un naufrage grandement aidé par le blocus américain) à l’image du couple formé par le narrateur et Lara, la belle guérillera.

Graphiquement, l’auteur a opté pour un réalisme froid, en noir et blanc : le choix de ne pas se laisser guider par des images fantasmées de paradis tropical, afin d’aller directement au cœur du sujet, l’histoire d’un révolutionnaire, d’une révolution lyrique et de sa dilution dans le principe de réalité. L’ombre de Castro, telle l’ombre du commandeur, domine un récit en demi-teinte, nostalgique des espoirs déçus. Ponctué par un beau cahier de croquis, l’ouvrage s’avère non seulement plaisant, comme un vrai témoignage, mais également fort instructif, en ce qu’il essaie de restituer l’élan des années soixante, le « mythe » Castro dans toutes ses ambiguïtés. Une référence.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 07/04/2012 )
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