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La lutte pour la survie
Keiji Nakazawa   Gen d'Hiroshima (tome 4)
Vertige Graphic 2004 /  18.00 € - 117.9 ffr. / 260 pages
ISBN : 2908981890
FORMAT : 17x24 cm
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10 août 1945. Le Japon vient de connaître une seconde attaque atomique américaine et capitule sans condition. La nation, exsangue après plus d’une décennie de combats, va désormais subir un après-guerre particulièrement difficile où la famine et la maladie déciment un peuple déjà meurtri et humilié. La population est terrifiée par l’occupant américain, diabolisé par des années de propagande militaire très efficace. Gen et sa famille vivotent tant bien que mal dans ce contexte difficile : son frère Kôji est rentré sain et sauf, mais semble traumatisé et dépressif, et le clan Nakaoka se fait une fois de plus chasser de son modeste logement. De nouveau sur la route, deux fléaux les attendent : la faim et les conséquence des radiations nucléaires.

Rupture de rythme radicale dans ce quatrième tome qui se déroule pendant les années 1946 et 1947, où Nakazawa pose une fois de plus un regard cru et sans fausse pudeur sur la situation du Japon au sortir de la guerre. C’est ainsi qu’il décrit avec beaucoup d’humour noir et d’ironie le sentiment anti-américain très fort qui s’empare des Japonais alors, ridiculisant la haine envers ce(ux) qu’on ne connaît pas, fille de l’ignorance et de la peur. Horreur, désespoir et insouciance se mêlent ici de façon indissociable, le choix narratif (la vision d’un garçon de 9 ans) offrant à l’auteur la possibilité d’alterner sans transition des images de misère profonde, d’humiliations quotidiennes, et des moments de grand bonheur. Cette légèreté confère à l’oeuvre un ton tragicomique qui renvoie à l’essence même de l’existence, faite d’aléas parfois terriblement cyniques : Gen, par son insouciance et son optimisme, se démarque du monde des adultes, présentés comme des êtres sombres, abattus et surtout d’une mesquinerie sans bornes.

Plein de ressources, accumulant bêtise sur bêtise, le jeune garçon tente ainsi de survivre dans un pays de non-droit où règne l’anarchie la plus totale. Nakazawa n’y va d’ailleurs pas par quatre chemins pour dénoncer le chaos de cette douloureuse période : l’émergence de la mafia, la corruption, les viols, les vols, la violence quotidienne, tout nous ramène à la méchanceté inhérente à l’Homme. Loin du manichéisme des premiers tomes, rien ni personne n’est épargné par ce décapant pamphlet. En effet, quels que soient leur âge, leur sexe ou leur condition, ce sont des êtres sans moralité que nous dépeint l’auteur, asservis à la loi du talion, qui se font bourreaux pour ne pas êtres victimes. Les soldats américains, en premier lieu, qui n’hésitent pas à tirer sur des enfants venus leur chaparder quelques miettes. Mais aussi les Japonais, qui s’entredéchirent et entretiennent des rapports de concurrence malsaine ; tout est prétexte à humiliations et la confrontation semble l’unique exutoire pour cette population emplie d’une rage longuement refoulée, qui découvre les manipulations dont elle a été victime et la honte d’une occupation étrangère : ainsi, la police, les enfants, les Coréens, les irradiés sont les premières victimes de cette haine gratuite.

À ce « chacun pour soi » primaire s’opposent pourtant de grands moments d’entraide (mouvements de solidarité d’autant plus émouvants qu’ils sont spontanés), qui atténuent quelque peu le jugement sévère que porte l’auteur sur ses contemporains : loin d’une analyse simpliste et réductrice, Nakazawa nous dévoile toute la complexité des rapports qui unissent ses protagonistes, êtres perdus qu’il serait trop facile de condamner a posteriori, assis bien au chaud dans son canapé. Personne n’est totalement pur, ni totalement détestable non plus.

Beaucoup d’émotions se dégagent en définitive de ce nouvel opus profondément désespéré, même si l’abus d’onomatopées ridicules confère parfois à l’ensemble le ton de la farce, discréditant un peu le discours sombre et grave de l’auteur. La série gagne ainsi progressivement en maturité, à l’image de son jeune héros, qu’elle accompagne sur le chemin de la vie en veillant jalousement sur lui.


Océane Brunet
( Mis en ligne le 26/08/2004 )
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