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Bande dessinée  ->  Réaliste  
 

Les mots pour le dire
Eric Corbeyran   Thierry Murat   Elle ne pleure pas, elle chante
Delcourt - Mirages 2004 /  14.95 € - 97.92 ffr. / 104 pages
ISBN : 2-84789-176-5
FORMAT : 20 x 26,5 cm

D'après le roman d'Amélie Sarn.
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Au fil du temps, sur plus d’un siècle tout de même, la bande dessinée parvient à faire oublier une mauvaise réputation oscillant entre sous littérature et genre bâtard. Si la bande dessinée est « adulte » depuis longtemps, force est de constater que cet état de fait n’est pas forcément admis par tout le monde ; medias et récepteurs renvoyant - mais sans réflexion ! - l’image d’un art (c’est dans le dictionnaire) destiné aux enfants et à ces fameux « adulescents », qui n’a pas forcément mérité sa neuvième place. Des albums comme Elle ne pleure pas, elle chante sont importants pour enfoncer encore un peu plus le clou de la considération. Certes, il y a eu quantité d’autres albums, formellement plus réussis et qui jouent avec plus d’audace et d’invention sur les ressorts narratifs et graphiques du medium. Mais un ouvrage comme celui de Corbeyran et Thierry Murat est de ceux capable de s’imposer à tout le monde, prouvant à celui qui ne connaît de la bédé que la houppette de Tintin et les moustaches d’Astérix que la bande dessinée est courageuse, forte et sûre de ses moyens.

En abordant un thème aussi difficile et douloureux que l’inceste, les auteurs prouvent donc avec assurance que la bande dessinée offre tous les moyens narratifs et dramatiques pour traiter de thèmes importants sans tomber dans la caricature ou le survol. Après Daddy’s Girl (Debbie Drechsler, L’Association) et L'Histoire d'un vilain rat (Bryan Talbot, Vertige Graphic), Corbeyran et Thierry Murat proposent donc une nouvelle variation sur un thème, que l’on dit tabou, en adaptant le roman d’Amélie Sarn. Le résultat est réussi, sensible et sincère, violent et passionné.

L’histoire commence lorsque Laura, jeune graphiste d’une vingtaine d’années, apprend que son père vient d’avoir un grave accident de voiture et qu’il est maintenant dans le coma. C’est dans l’obscurité de la chambre d’hôpital que Laura viendra alors définitivement régler ses comptes avec cet homme, coupable du pire crime qui soit envers sa fille. On suit le récit de Laura, mélange de souvenirs douloureux, de scènes intimes, et de colère enfin exprimée. Les sentiments sont parfois confus, l’amour succédant à la haine, la vengeance prenant le pas sur le repli, la violence des mots en écho à celle du père autrefois. Il s’agit de parler, de tout raconter, non pas pour oublier évidemment, mais pour tirer un trait sur ce passé, lui donner un point final, une conclusion personnelle et non imposée par l’autre. On suit Laura, son visage fermé et sévère, en comprenant ses rages et ses contradictions.

Les mots d’Amélie Sarn sont d’une grande justesse et, malgré leur crudité et leur implacable signification, ils ne font jamais tomber le récit dans le sordide ou le dégoût qui ferait peut-être arrêter net la lecture. En parfaite entente, les dessins de Thierry Murat jouent la sobriété et la sérénité. Épuré, le graphisme propose une originale et agréable ligne claire aux contours épais, plongée dans de francs aplats de couleurs. Climat doux et soutenu qui vient appuyer la remarquable assurance et l’attitude posée dont fait preuve Laura face à cet éprouvant rendez-vous.

Le pari d’adapter le livre d’Amélie Sarn en bande dessinée était plutôt délicat, la romancière avouant dans la préface qu’elle n’y croyait pas elle-même. Le résultat final composé par Corbeyran et Murat est une très belle réussite.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 05/01/2005 )
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