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La BD se lève à l’Est
Youzhi He   Mes années de jeunesse
Editions de l'An 2 2005 /  14 € - 91.7 ffr. / 72 pages
ISBN : 2-84856-031-2
FORMAT : 19 x 23,5 cm
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En général, quand on évoque la bande dessinée en Asie, on pense systématiquement aux mangas nippons mais rarement – jamais – à la Chine. Ainsi, celle-ci n’est pas évoquée dans la dernière édition du Larousse de la bande dessinée, ouvrage de référence en la matière (mais He Youzhi y a une notice, ce qui témoigne au passage de la qualité dudit Larousse)… il est donc temps de réparer une injustice en saluant la publication, pour la première fois en France, d’un album du dessinateur He Youzhi, Mes années de jeunesse. Ce dernier, qui fut professeur à l’Institut central des beaux-arts de Chine, ainsi que directeur du comité de la bande dessinée de l’association chinoise des artistes, présente certes le CV le plus académique possible (même les dessinateurs ont des uniformes, dans ce pays ?)… et le talent qui va avec !

L’objet est incontestablement exotique : le graphisme est très inspiré de l’art traditionnel chinois, comme une sorte de « ligne claire » asiatique, en noir et blanc. Les paysages, en particulier, témoignent de la capacité de l’artiste à suggérer d’un trait un relief, une montagne ; le blanc d’une page devient mer... Le lecteur, pris à partie, compose sa propre Chine, une Chine imaginaire qui s’accroche au graphisme sobre, épuré de He Youzhi. En fait, seuls les visages ont le droit d’exprimer un sentiment. Le format même (une image par page, illustrant une scène particulière, sans lien avec l’image précédente) fait davantage penser à un livre d’art, ou un catalogue d’expo, qu’à une BD. Pour accentuer cette impression, les éditeurs ont eu la bonne idée de laisser le texte chinois qui commente l’image (le concept de bulles n’existe pas). Le dépaysement visuel est donc complet, et l’on peut s’abandonner au plaisir d’un album différent, avec une narration par vignettes, dans un genre un peu suranné mais plaisant. On est bien loin du manga et d’une quelconque idée de mouvement : à mi-chemin entre la peinture classique et le roman graphique, cet album est déjà une rencontre.

Le sujet – la vie quotidienne dans une Chine pré-maoiste de 1922 à 1952 – est également dépaysant : le genre autobiographique met en valeur des impressions, des sentiments… dans un monde disparu. Et la Chine d’avant-hier est un monde difficile pour un jeune orphelin : He Youzhi raconte ainsi les tribulations de sa jeune existence, depuis la mort de sa mère à ses débuts dans la carrière de dessinateur et, de la sorte, les prémices d’un avenir « plus optimiste ». Le lecteur occidental y découvre un mode de vie, de pensée, disparu : l’omniprésence des rituels religieux, des fêtes diverses dans une société encore très féodale, le travail artisanal dans une ère préindustrielle (on mesure ainsi la violence du « bond en avant » ultérieur). L’histoire, via la guerre et l’occupation japonaise, trouve également une place en arrière plan. Chose rassurante, l’album ne semble pas politisé (on pourrait même, mais est-ce de la surinterprétation, discerner une vague nostalgie pour le monde pré-communiste) et se contente d’illustrer une existence.

Bref, voilà un album fort sympathique, qui ne s’adresse pas seulement aux amateurs de BD, mais à tout lecteur sensible à la culture asiatique et avide d’un 9ème art résolument différent de ce qui se pratique sous nos latitudes. Une excellente initiative des éditions de l’An 2, en tous les cas, dont il faut espérer qu’elle sera prolongée afin révéler un artiste à part entière.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 05/02/2005 )
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