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Bande dessinée  ->  Réaliste  
 

Petite merveille de méchanceté
 Mezzo    Pirus   Le Roi des mouches
Albin Michel 2005 /  15 € - 98.25 ffr. / 64 pages
ISBN : 2226155317
FORMAT : 24 x 32 cm
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Il s’agit là d’un album particulièrement réussi et original, qu’il importe de louer pour ses nombreuses qualités. Un premier point mérite d’abord d’être souligné, tant il est rare actuellement, c’est la qualité de l’édition. On dispose là en effet d’un livre parfaitement publié, dont la couverture épaisse est soignée, la reliure impeccable et le papier épais, légèrement teinté, agréable au toucher, ne laisse pas apercevoir, comme trop souvent, les couleurs du verso. Mais le contenu plus encore emporte l’adhésion. Le dessin en premier lieu suscite l’enthousiasme. Il est constitué de traits épais et sombres, qui se détachent de larges zones d’ombre, à peine rehaussés par des couleurs qui confinent souvent à la bichromie. Le tout reste cependant très lisible, d’un réalisme classique à la technique irréprochable, qui met en valeur parfaitement des anatomies solidement charpentées, ou bien le cloisonnement des décors urbains d’une petite ville rappelant l’Amérique, même si les personnages paient en euros.

On évoquerait presque le style d’un Victor Hubinon meilleure manière (celui des Buck Danny de la guerre de Corée), mais qu’on rassure le lecteur, on est très loin ici de la bande dessinée héroïque d’après-guerre, et plus proche de certains comics américains, autrefois underground. Un univers à la Larry Clarck, le metteur en scène de Bully, avec ces jeunes Américains dont les préoccupations principales tournent autour du sexe, décrit ici à la fois de manière crue et amusante, de la musique, qui n’a rien de classique puisque les Stones représentent la référence la plus ancienne, et de la drogue, constituée de pilules de nature variée et indéterminée, dont l’échange ou les effets agrémentent chacune des histoires qui composent cet album.

Celui-ci est en effet composé de sept récits complets, chacun raconté du point de vue d’un personnage principal, qu’on retrouve dans les autres histoires comme acteur secondaire. Il s’agit pour l’essentiel de post-adolescents, amis, amants ou voisins, passant leur temps à traîner, boire, fumer ou se défoncer, tentant parfois mollement de travailler, sans suite pour autant, et sortant parfois de leur léthargie pour de brèves irruptions de violence ou de sensualité. Si la mise en scène est extrêmement classique (trois bandes régulières par pages avec des phylactères et un lettrage impeccablement formés), tant les dialogues que les récitatifs tranchent au contraire par leur originalité, leur immoralité et un style très travaillé.

La première histoire débute ainsi par le monologue du personnage, sinon principal, du moins qui revient le plus souvent, et qui, affalé dans le jardin de sa mère, disserte sur le troisième divorce de celle-ci, l’été, les mouches et la petite copine de son ami, qu’il désire fortement. Aussi laisse-t-il battre à mort celui-ci, afin de pouvoir coucher tranquillement avec celle-là. Une fois la chose accomplie, il se tournera sans aucun remords vers la copine de son amante, tout en ayant, auparavant, failli coucher avec l’amie de sa mère. Il aura entre-temps commencé une activité de nettoyeur de jardin qui, utilement, lui procurera l’instrument de jardinier avec lequel il va trancher la main du père de sa nouvelle amie, ce dernier menaçant d’un revolver le dealer de sa fille ; et l’album de se terminer sur la recherche de la main coupée, qu’un chien a malencontreusement perdue dans le jardin !

Qu’on n’aille pas croire, cependant, que ce contenu très noir suscite la tristesse. Bien au contraire, si noirceur il y a, c’est d’humour noir dont il est question, car ces petites horreurs sont contées sur un ton naturel et détaché, nonchalant et ironique. On trouve donc avec cet album une petite merveille de méchanceté indifférente, impeccablement dessinée, écrite et éditée : que demander de plus ? Plus, justement, qu’un seul album, de ce duo talentueux dont on attend avec impatience le prochain ouvrage.


Xavier Lapray
( Mis en ligne le 30/05/2005 )
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