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En arrivant au porc
Dave Sim   High Society - Une histoire de Cerebus
Vertige Graphic 2010 /  35 € - 229.25 ffr. / 520 pages
ISBN : 978-2-84999-080-3
FORMAT : 17x24 cm
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C’est une série hors normes dont Vertige Graphic entame aujourd’hui la traduction, en commençant par le second volume.
Hors normes, d’abord, par l’originalité de son aventure éditoriale. Un matin de 1977, Dave Sim se lance dans l’autoédition avec le premier numéro du comics de Cerebus. Rapidement, il décide d’en publier 300. Et vingt-sept ans plus tard, une fois la saga bouclée, il tue son personnage et range ses pinceaux.
Certes, Dave Sim n’a jamais été totalement seul. Il bénéficie d’abord de l’aide éditoriale de sa femme, puis d’un comparse, Gerhard, qui cosignera la majorité des épisodes. Mais cela reste un exemple sans équivalent d’autoédition durable, maintenant durant aussi longtemps une réelle autonomie de l’auteur, à l’écart des compagnies nord-américaines.

Il faut dire que Cerebus a tenu au fil des années une ligne fort éloignée des standards commerciaux. Si la série commence comme une parodie animalière d’héroic fantasy, racontant une aventure différente à chaque épisode, Dave Sim multiplie très vite les tentatives de renouvellement. Et y parvient sans mal. Cerebus évolue dès lors vers une collection de romans graphiques lents et bavards, racontant les hauts et les bas d’une vie mouvementée entre spiritualité, quête du pouvoir et amours malheureux. Dave Sim y met tout ce qu’il peut : des expériences de composition innovantes, des biographies de personnages du monde réel (Oscar Wilde, Ernest Hemingway ou les Stooges y font leur apparition), ses propres théories fumeuses sur les femmes et le féminisme, et bien entendu son expérience de dessinateur de bande dessinée.
Le résultat est monumental, de quoi décourager toute entreprise de traduction. 16 volumes sous forme d’annuaires, comprenant parfois plus de textes que de bandes dessinées. Une rupture assez nette au second recueil mais sans cesser de faire référence aux premiers épisodes. Sans compter de nombreux jeux de langues ou d’accents et des références à la culture anglo-saxonne.

On comprend pourquoi personne ne s’était attelé à une édition française depuis trois décennies. Il fallait une dose de courage à Vertige Graphic pour se lancer dans l’aventure. On peut donc leur pardonner une traduction parfois contestable (une bulle en double, un nom commun pris pour un nom propre, des choix de traductions absurdes comme le « porc terreux » au lieu du traditionnel « cochon de terre »…), ne serait-ce que par l’ampleur du travail fourni.

Commencer par le second volume de la saga déstabilisera peut-être le lecteur trop cartésien, qui aura l’impression de ne pas avoir toutes les cartes en main ; mais l’enjeu en vaut la chandelle. Au-delà des allusions au passé et à l’avenir de Cerebus, et malgré sa dimension hétéroclite, issue d’une période où Dave Sim hésite encore entre format court et format long, High Society forme pour la première fois dans la série un ensemble cohérent : la quête du pouvoir de la part d’un guerrier pitoyable, emmené malgré lui dans le jeu des alliances et des retournements de situation.
Réparties ironiques, politiciens manipulateurs et manipulés, personnages portés par l’appât du gain ou l’ambition, pots de vin et mensonges en tous genres : c’est une vision drôle et cynique de la politique qui nous est présentée là. Mais avec ses séances de dédicace en lieu et place de conférence de presse, et un super héros en guise de garde du corps, Cerebus n’est pas un oryctérope politique commun. Dave Sim nous parle aussi du monde de la bande dessinée, du tournis qui s’empare d’un auteur lorsqu’il se rend compte que le succès, très partiellement, lui arrive. Dans les victoires et les échecs de Cerebus, ses batailles perdues d’avance et ses coups de théâtre providentiels, il y a la sincérité d’un homme qui joue sa vie dans celle de son personnage. C’est sans doute ce qui donne à cette œuvre une dimension profonde et passionnante. La vie et la mort de Cerebus, 300 numéros durant, reflètent l’existence d’un homme aux multiples facettes, inventif et unique.
Pour cela aussi, High Society est un livre à lire.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 13/09/2010 )
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