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Bande dessinée  ->  Fantastique  
 

Portraits de femmes (mal en point)
Diego Agrimbau   Lucas Varela   Diagnostics
Tanibis 2013 /  17 € - 111.35 ffr. / 72 pages
ISBN : 978-2-84841-025-8
FORMAT : 22x28 cm
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Voilà une bande dessinée qui pourrait s’apparenter à une parodie angoissante d’un petit précis médical des pathologies rares et étonnantes . En six chapitres, six récits indépendants, Diego Agrimbau et Lucas Varela se mettent à la place des spécialistes de la question (d’où le titre de l’album), et présentent, à leur façon, ces troubles mentaux. Si les pages de présentations répètent le même procédé (titre, silhouette de la patiente à habiller, définition scientifique de la pathologie), la suite de chaque exposé tient plus du cauchemar invraisemblable et plein de surprises. La caution scientifique ancre donc le récit dans une véracité médicale inflexible, pour finalement mieux partir dans un exercice de pure poésie noire où l’inventivité graphique et narrative prend le dessus sur le documentaire médical. D’autant que les auteurs sont des amateurs de grands genres et l’on côtoie dans ces pages la science-fiction, le polar et l’horreur pure.

C’est que pour Agrimbau et Varela, ces dérèglements sensoriels que peuvent connaître leurs personnages (six femmes), sont des prétextes à la création, à une mise en forme séquentielle spécifique qui viendra s’adapter précisément et spécifiquement à la pathologie en question. Il y a de l’exercice de style dans ces pages-là, mais l’ensemble est au final tellement varié (chaque récit porte sa propre singularité) que le côté méthodique de l’inventaire est finalement oublié pour laisser la place à six sketches terribles et fantastiques, passant d’un genre à l’autre avec maîtrise et efficacité.

Le premier récit, « Agnosie », met en scène Eva. Elle entend les sons, voit ce qui l’entoure mais son cerveau est incapable de mettre en forme ces sensations, de reconnaître ces objets. S’ensuit une série de pages cauchemardesques dont la signification sera donnée dans l’ultime vignette où tous les éléments vus et déformés auparavant retrouveront alors une place logique, mais arriveront trop tard pour être vraiment rassurants. A la vue de cette dernière case, le lecteur est amené à faire le chemin en sens inverse; il retourne dans ces visions déformées pour les expliciter et mieux les appréhender dans une sorte de machiavélique et inquiétant « cherche et trouve » au pays de Tim Burton.
Le deuxième récit, « Claustrophobie » est plus classique et plaira aux amateurs de Marc-Antoine Mathieu: Soledad ne supporte pas les espaces clos, et c’est malheureusement la condition d’un personnage de bande dessinée prisonnier de sa case, de sa planche, de son album. Consciente de cet état, Soledad va tout faire pour échapper à cette situation, quitte à évacuer le récit, mais c’est à nouveau au lecteur d’avoir le dernier mot, le dernier regard, lui étant le seul susceptible de donner la vie, en les lisant, à ces silhouettes de papier.
« Synesthésie » est un génial récit policier où l’experte se rend sur les scènes de crime pour y lire les sons qui s’y sont produits auparavant. Avec elle, le lecteur découvre des onomatopées qui forment une histoire passée, et qui ne sont plus rattachées à leur action mais comme laissées-là en suspens dans la case.
Dans « Aphasie », Miranda a été victime d’un accident et ne comprend plus ce qu’on lui dit mais seulement ce qui est écrit: tout l’univers de Miranda est alors réduit à des mots, des lettres qui s’étalent des affiches publicitaires au flacon de shampoing. On suit les pensées de Miranda à travers ces textes, habile façon de montrer l’isolement de cette jeune femme qui ne peut se repérer qu’à partir des mots qui l’entourent, formant un foisonnement de lettres et de signes jusqu’à l’overdose.
L’ « akinétopsie » de l’avant-dernier récit empêche son héroïne de percevoir convenablement le mouvement; et c’est le comble pour cette créatrice de dessins animés ! Encore une fois, humour noir et jeu sur la forme sont de la partie.
Le dernier récit pourrait s’apparenter à un épisode moderne de la Quatrième Dimension et on n’en dévoilera pas beaucoup plus que de dire qu’il s’agit d’une invasion d’extra-terrestres qui vont, véritablement, changer la face du monde.

On le voit chaque récit est un petite entité drôle, angoissante et ludique à la fois. Et au-delà des textes très justes et de cette narration sans faille, il faut souligner, le travail encore impeccable (après Paolo Pinocchio) de Lucas Varela. Avec un oeil sur ses voisins du dessus (Charles Burns ou Daniel Clowes), il concocte des pages formidables, avec un dessin souple, chaleureux, et s’adaptant à chaque situation avec la même facilité. Plus austères que les pages de Paolo Pinocchio, ces planches font malgré tout preuve d’une grande invention graphique à la mise en scène toujours finement étudiée.
C’est un livre très riche, qui ne s’épuise pas à la première lecture et qui demandera à être régulièrement redécouvert. Et ce avec grand plaisir.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 18/12/2013 )
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