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Inception
Marc-Antoine Mathieu   Julius Corentin Acquefaques (tome 7) - L’Hyperrêve
Delcourt 2020 /  17.95 € - 117.57 ffr. / 48 pages
ISBN : 978-2-4130-1858-2
FORMAT : 23x32 cm
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Après une première lecture de ce nouvel album de Marc-Antoine Mathieu, on se plaît à imaginer que cette couverture est un compromis arraché de justesse par les éditeurs : on se dit que Mathieu aurait voulu une couverture entièrement noire, avec peut-être quelques minuscules grains de poussière blanche ? Avec cette couverture finalement classique, dynamique et en couleurs, on ne s’attend en effet pas à ce qui va suivre, et même les connaisseurs des précédentes aventures de Julius Corentin Acquefaques vont de nouveau être tourneboulés dans tous les sens. Cette couverture porte finalement bien son nom, elle cache l’identité réelle du livre, elle renferme d’un sceau graphique un peu pop un album qui parle d’infini et de noir profond.

Julius Corentin Acquefaques n’en finit donc plus de rêver. Et le pire dans cette (nouvelle) histoire c’est que le rêve de son voisin de palier s’est emmêlé avec le songe de notre héros. Imbroglio onirique qui va déboucher sur une nouvelle aventure mouvementée, délirante à la cohérence extravagante et à la fantaisie rationnelle. Les deux rêves mêlés ont en effet crée une nouvelle entité spirituelle, un hyperrêve qui bouscule tout sur son passage et emporte les personnages dans une course sans fin ni fond.

L’univers du rêve chez Mathieu ne fait pas appel aux clichés freudiens mais repose sur l’absurde et la folie : c’est un monde où tout peut arriver du moment qu’il y a une logique derrière le déraisonnable. Un monde en noir et blanc, aux lignes impeccablement tracées et aux contrastes forts qui ne laisse pas la place à l’improvisation délirante. Tout est ici parfaitement maîtrisé, léché, mais la dialectique rigoureuse s’oppose sans cesse à un humour omniprésent: ainsi dans cet univers nocturne quelque peu angoissant, c’est tout un tas de personnages aux tronches caricaturales qui évoluent. Tout cela n’est qu’un jeu, on s’y amuse mais ça ne doit pas nous empêcher de réfléchir. La force de Mathieu c’est de jongler avec tous ces éléments pour au final retomber sur ses pattes. Il s’agit de triturer la forme, le fond, et le livre lui-même.

Ici, on imagine les sueurs froides de l’éditeur puis de l’imprimeur quand Mathieu a dû pitcher ces feuilles en origami et ces autres pages qui, à l’intérieur du livre, seraient de plus en plus petites, avec comme seul visuel une tornade cosmique qui n’en finirait pas. Mathieu exploite l’objet livresque pour en faire autre chose, il aime bousculer les habitudes du lecteur pour l’emmener ailleurs et le fait même de tourner la page ne devient plus un geste anodin.

Faux-semblants, failles temporelles et géographiques, finalité sans fin : L’Hyperrêve est un monde piège pour ses personnages autant que pour ses lecteurs, il faut avoir l’esprit bien accroché pour suivre ces pérégrinations graphiques et verbales: les jeux sur les mots font la concurrence aux expériences visuelles. Arrivé au terme de cette aventure éreintante qui ne ressemble à rien d’autre, le lecteur prolongera son voyage sur Internet grâce au QR code conclusif et au lecteur de devenir un esprit flottant au milieu d’un grand rien bavard, piochant de-ci de-là des bribes de conversations infinies… Cette fois, c’est la bande dessinée elle-même qui se fait dévorer: le mot prend le dessus, la représentation n’est plus que réduite à une suite de bulles. Marc Antoine Mathieu s’amuse à brouiller les pistes: il n’est plus un auteur de bande dessinée depuis longtemps, il est un rêveur songeant toujours à de nouveaux moyens d’expression.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 18/11/2020 )
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