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Bande dessinée  ->  Fantastique  
 

Hallucinogène
Alex Barbier   Lycaons
FRMK - Amphigouri 2003 /  19 € - 124.45 ffr. / 134 pages
ISBN : 2-930204-41-9
FORMAT : 21,5 x 27 cm
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Plus de vingt-cinq ans après leur première publication dans le mensuel Charlie, les planches présentées dans ce recueil n’ont rien perdu de leur force et de leur modernité. Le charme vénéneux qui se dégage de ces intrigues décousues et inquiétantes n’est toujours pas rompu, et le lecteur non prévenu aura droit à un choc comme il n’en a plus souvent en bande dessinée. Les planches de Lycaons sont autres, forcément différentes et subtilement dérangeantes. Emplie de visions poétiques et hypnotiques, d’instants cauchemardesques, de textes souvent crus mais jamais faux, la première œuvre du trop rare Alex Barbier est une formidable bande dessinée que le temps a fort heureusement épargnée et dont la puissance d’évocation est intacte.

Un premier rapide coup d’œil à ces pages, et c’est d’abord un souffle qui saute au visage. Alex Barbier est avant tout un grand peintre. Précurseur de la couleur directe en bande dessinée, il donne à chacune de ses images une épaisseur incomparable. Son style est parfois brouillon, volontairement illisible et ambigu. Les traits se confondent et deviennent flous, et seule la photographie qui sert parfois de modèle est encore perceptible derrière les couches et les taches ; Barbier capte ainsi l’expression d’un visage et la fixe pour toujours. Bienvenue au royaume des morts. Et il y a ces couleurs éclatantes (secret de fabrication jalousement gardé par son auteur), et cette incroyable lumière qui enveloppe les corps enlacés, et les paysages désertés.

L’œil déjà conquis s’attarde et se perd devant chacune de ces mini-toiles empreintes d’une beauté rare. Savoureux mélange de Hopper, Bacon ou Hockney, les images de Barbier fascinent et piègent le lecteur. Celui-ci hésite devant telle ou telle vignette. Qu'y a-t-il à voir ? À comprendre ? La lecture de Lycaons est exigeante et parfois ardue, mais cela fait partie de l’œuvre, et il faut accepter d’être, pour une fois, laissé seul devant une œuvre, sans personne pour nous tenir la main. D’ailleurs, le sens n’est pas le but, puisque le cauchemar semble être ici roi.

C’est que l’approche du neuvième art par Barbier est souvent totalement déconcertante. Les histoires se déroulent sans réelle cohésion, semblant avoir été écrites au fur et à mesure. Sans début ni réelle fin, les personnages pour la plupart muets sont jetés dans des lieux désertés, où la violence et la baise semblent être les seules distractions locales. L’ambiance est posée. Moite, collante, implacable. Chambre d’hôtel sombre et miteuse, ville de bord de mer vidée de ses occupants, gare déserte, terrasse de café sous un soleil de plomb… Ce qui intéresse Barbier avant tout, c’est d’installer une atmosphère. Ses peintures laissent le spectateur devant des paysages de fin du monde, des rêves inquiétants dont on ne veut pourtant pas s’évader. La tension est ainsi palpable dès les premières images. Quelque chose de terrible peut arriver à tout instant. Dans le récit qui donne son titre à l’album, il y a d’abord ce narrateur qui observe à travers ses "yeux caméra". Il est accompagné de son amant Pepito, et tous deux sont confrontés à une nouvelle MST qui transforme les jeunes hommes en de féroces lycaons. Réfugiés dans une cité de villégiature, acculés par les autorités bêtes et méchantes, la fin est proche, inéluctable.

Cette réédition des trois chapitres de Lycaons est précédée de plusieurs courts récits également publiés dans Charlie dès 1975. Les trois premiers sont inédits en album et permettent au lecteur d’apprécier l’évolution tant graphique que narrative de Barbier. Dans les premières histoires, le découpage est étriqué et nerveux ; il devient par la suite de plus en plus ample et lâche. De même, les teintes dominantes changent et les couleurs délavées du début évoluent vers les tons crus et éclatants qui feront la réputation de l’auteur.

Même si on pourra porter sa préférence sur d’autres albums de Barbier comme les Lettres au maire de V., plus abouti et maîtrisé, cette nouvelle édition de Lycaons en tout point remarquable conserve encore aujourd’hui, et sans doute pour longtemps, son statut d’album culte. Inclassable, trash et beau à pleurer.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 07/01/2004 )
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