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Bande dessinée  ->  Fantastique  
 

Voir Rome et mourir
Stephen Desberg   Enrico Marini   Le Scorpion (tome 1) - La marque du diable
Dargaud 2000 /  9.47 € - 62.03 ffr. / 46 pages
ISBN : 2-87129-301-5
FORMAT : 22 X 30
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La bande dessinée doit jouer avec les mythes. Art de l'image articulée, elle doit coller, citer, découper et mettre bout à bout. Desberg au scénario et Marini à l'illustration s'en tiennent scrupuleusement à ce programme dans leur nouvelle série historique. Le mythe, c'est celui de Don Juan, ici bâtard étincelant, aussi à l'aise dans les tavernes borgnes que dans les palais baroque de la Rome du XVIIIè siècle. Car le "grand seigneur méchant homme" de Molière ou Tirso de Molina s'est déplacé d'un siècle. Il n'est pas pour autant réduit à la dimension historique d'un Casanova, plus séducteur érotomane qu'immoraliste. Par son entrain, par sa naïveté qui l'emporte au finale sur un cynisme qui n'est que défense, par le mouvement irrésistible dans lequel il entraîne le lecteur, il évoque bien plus le flamboyant Don Giovanni de Mozart et da Ponte.

Et les auteurs connaissent la musique : Desberg ne faisait-il pas déjà chanter à Pi, sa désormais célèbre Vache, le "Lamento d'Ariane" (Lasciatemi morire) ? Le parti pris baroque est ici aussi assumé avec jubilation : le grand appareil du théâtre et de l'opéra se déploie sans que rien ne vienne jamais l'entraver, et le mélange des genres n'est jamais bancal, tant l'humour qui le souligne en permanence est discret. Bien entendu, la peinture aussi est convoquée : Hubert Robert sans lequel il n'est de ruines de Rome qui vaillent, Tiepolo pour le bleu des ciels et, on ne risque pas grand-chose à le parier, Piranèse dans les prochains épisodes (ce serait bien le diable si on n'y passait pas quelques pages en prison).

Le tout est cité avec goût et une élégance qui permet de le mêler harmonieusement aux meilleurs références de la bande dessinée : huit superbes planches de crayonnés, aquarelles et gouaches, offertes en préambule, rappellent les influences complémentaires de Jijé, pour le mouvement et les bagarres, et de Moebius, notamment pour les visages. Celui du Scorpion, organisé autour de sourcils surexpressifs, en fait à coup sûr un ancêtre du Méta-baron de l¹Incal.

Plus encore que la richesse des sources sur laquelle s'appuient les auteurs, leur grand mérite est pourtant bien de ne jamais sacrifier au prestige de l'érudition ou de la reconstitution historique. Leur Rome emprunte en effet plus à celle, fantasmée, des Borgia qu'à celle des Lumières. Mais c'est l'esprit de celles-ci, et aussi les zones d'ombre qu'elles ne manquèrent pas de dessiner par contraste, qui est merveilleusement rendu. Ainsi, du Scorpion, Scaramouche insaisissable mâtiné de surhomme sadien, Don Juan jusque dans le couple tout en équilibre qu'il forme avec son Sganarelle (Leporello plutôt): le démon élancé que retient sur terre le solide hussard rondouillard. Fouinant dans les Catacombes à la recherche de reliques à monnayer, il est tout à la fois le profanateur des ancêtres et l'orphelin en quête de père, l'homme d'action que rien ne peut arrêter, et dans le même temps celui qui s'enfonce en vain au plus profond de sa mémoire.

C'est en fait un personnage romantique, dans sa complexité et ses contradictions, que peignent là Marini et Desberg, victime non de son tempérament (Casanova) ou de sa méchanceté (Don Juan), mais de son hérédité : pourtant nulle lourdeur psychanalytique dans cette angoisse d'une filiation insoluble, juste un prétexte pour ressusciter avec panache un genre, l'aventure de cape et d'épée, que trop d'imitations avaient fini par assommer.


Nicolas Balaresque
( Mis en ligne le 25/01/2001 )
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