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Bande dessinée  ->  Science-fiction  
 

Au sommet
 Moebius   Arzak - L’Arpenteur
Glénat Moebius Prodictions 2010 /  18 € - 117.9 ffr. / 72 pages
ISBN : 9782908766585
FORMAT : 25x35 cm
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Infatigable Moebius ! En dix ans, le dessinateur a écrit et dessiné pas moins de 12 albums, dont sa série la plus personnelle (Inside Moebius), un épisode de XIII, et un dernier (LE dernier ?) Blueberry. Aujourd’hui, il va être exposé, après Murakami ou David Lynch, à la prestigieuse Fondation Cartier, et d’ores et déjà deux autres volume de cette nouvelle série sont prévus. « Désoeuvré » se lamentait Trondheim au sujet de l’âge qui faisait inévitablement perdre en créativité. Moebius n’a pas du lire ce livre. Il semble encore et toujours remettre son travail en question, traquer le dessin, triturer la forme, la couleur, le style. Voilà un auteur qui, loin de se reposer sur ses succès, continue de se mettre en danger (on a connu série plus commercialement viable que ces Inside Moebius…), et prolonge un travail d’auteur déjà fort impressionnant. Il aurait pu s’arrêter là, laisser la tâche facile aux biographes et autres critiques, fermer son œuvre une fois pour toutes, seulement voilà, l’homme a encore des choses à dire, des pages à remplir, des courbes à tracer.

Chaque nouvel album est donc une surprise autant qu’un enchantement, parce que l’homme est toujours au sommet et que cela fait 40 ans que ça dure.

Avec Inside Moebius puis Chasseur déprime, Moebius montrait un attachement, presque touchant à ses anciennes créatures de papier : comme pour un dernier tour de piste, il les faisait défiler sous ses pinceaux, les remettant en question, les faisant dialoguer entre elles, ou tout simplement pour leur imaginer une suite à leurs aventures. Arzak, l’Arpenteur remet également sur le devant de la scène une ancienne star de l’univers moebiusien, ce mystérieux personnage qui a fait son apparition dans les planches de Métal Hurlant au milieu des années 70.
Si les premières histoires d’Arzak (ou Arzach, ou Harzack…) étaient dans la mouvance de l’époque : surréalistes, décousues, muettes et courtes, Moebius décide, trente-cinq ans après, de replacer son héros dans un contexte narratif plus traditionnel. C’est une série qui débute donc bel et bien avec ce premier volume, une nouvelle saga pourvue d’une intrigue précise (même si peu originale mais là n'est pas l’intérêt de l’album) et de protagonistes aux rôles bien définis. Les amateurs acharnés de la première époque seront déçus, les autres seront ravis d’avoir à découvrir un nouvel album de Moebius.

Arzak est comme un super shérif, un jedi, il vole sur son ptérodelphe au-dessus de la planète Tassili, traquant « l’anomalie ». Au début de ce récit, il ne va pas tarder à tomber sur une méchante embuscade qui le conduira, de fil en aiguille, à rallier la ville de Redmond, bourgade autrefois tranquille devenue bien périlleuse pour les forces de l’ordre. Pendant ce temps, dans l’espace, un vaisseau transportant de hauts dignitaires de la confédération est arraisonné par des corsaires Wergs… Incident diplomatique qui pourrait faire valdinguer tout l’univers…

Cette nouvelle aventure d’Arzak est le croisement réussi entre Le Monde d’Edena et Blueberry, aussi bien graphiquement que scénaristiquement. C’est de la science-fiction qui se souvient d’où elle vient : d’abord des grands mythes puis du western. Les canyons de Tassili ressemblent à ceux du Texas, vus de plus haut. Et l’on trouve dans ces pages tout ce qu’on aime habituellement chez Moebius : un dessin généreux, où les planches font alterner profusion de détails et minimalisme hergéen. Sens de la couleur, numérique aujourd’hui mais parfaitement domptée par Moebius, rigueur du découpage, des cadrages et de la mise en scène. Et toujours cette distance continuelle qui a toujours fait la différence entre Moebius et ses suiveurs : l’homme ne se prend pas au sérieux. Il suffit de regarder quelques trognes dessinées ici ou là, ou de lire certains dialogues de l’album remplis de drôles de noms bizarres, pour se rendre compte que l’artiste n’a pas à cœur de jouer dans la catégorie des faiseurs d’univers balisés, cloisonnés ; cette science-fiction carrée, parfois sinistre, héritière de Tolkien et de Lucas où tout est contrôlé de la faune à la flore en passant par le langage de chaque espèce. Moebius n’est pas de cette catégorie, c’est un poète graphique, sa plume et ses récits sont faits de ce même mélange d’une rare alchimie entre contrôle total et improvisation papillonnante. Quel autre auteur de science-fiction aurait pu faire de Dame Charmayne ce que Moebius en fait dans cet épisode (jetez-vous sur le livre) ?
Enfin, ça n'est plus un récit muet, comme l’aventure originelle de 1975. Ici le mot reprend forme, mais se démonte tout de même derrière une succession de termes tordus et d’expressions débiles. Le verbe est là, mais malmené, ridiculisé, preuve que ce qui intéresse Moebius n’est pas dans l'intrigue mais bel et bien dans son traitement.

Après un faux départ l’année passée (les premières pages de cet album avaient été publiées en niveaux de gris ( !) sans les bulles… un collector un peu tristoune), Arzak trouve ici un écrin à sa valeur. Pour accueillir, pour la première fois, cet hôte de marque, Glénat a en effet mis les petites cases dans les grandes : large format, beau papier glacé, impression soignée, pages bonus en fin d’album… Tout est ici parfaitement mis en œuvre pour faire honneur au travail du maître. Le récit se dévore d’une traite, et se feuillette à nouveau immédiatement après, pour laisser s’admirer certaines planches (la fuite d’Arzak au-dessus de la Passe des chèvres mortes, l’entrée dans Redmond…).


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 05/10/2010 )
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