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Saint Moebius, Génie et Saboteur
 Moebius   Alexandro Jodorowsky   Après l'Incal (tome 1) - Le nouveau rêve
Humanoïdes associés 2000 /  12.37 € - 81.02 ffr. / 56 pages
ISBN : 2-7316-1425-0
FORMAT : 24 X 32
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Douze ans après, probablement poussé par le même millénarisme qui lui faisait, il y a quelques années, espérer l'arrivée de soucoupes volantes, Moebius reprend l’Incal. Nul ne peut espérer bien entendu retrouver les émotions distillées par les six albums parus entre 1981 et 1988. L'histoire par ailleurs collait si bien à son auteur qu'elle se retournait sur elle-même, comme l'anneau fameux d'où Jean Giraud tire depuis une trentaine d'années son pseudonyme lorsqu'il troque les pinceaux de "Blueberry" pour la plume et le Rötring de ses expériences fantastiques. La dernière image reprenait en effet la première scène du cycle : une boucle, plus qu'une clôture, qui interdisait de rouvrir le dossier Difool.

Comment, dès lors, faire passer la pilule ? En faisant comme si l’Incal n'existait pas, répondent, ingrats, Jodorowsky et Moebius. Ou plutôt, l’Incal n'ayant jamais existé que dans un songe de John Difool, en faisant comme si tout cela n'avait été qu'un rêve. Le rêve d'une bande dessinée foisonnante mais qui toujours trouvait l'équilibre rare entre emphase fantastique et légèreté d’une ligne claire. Les constructions délirantes et surréalistes de Jodorowsky étaient alors systématiquement sabotées par les blagues de potache de Moebius. Un Moebius toujours aussi inspiré que dans son chef d'oeuvre de 1979, le Garage hermétique, mais contaminé en ce début de décennie par la jeune classe qui l'avait suivi dans l'aventure de Métal hurlant : Margerin, Tramber, Jano, Cornillon ou Chaland. Ce dernier, suivi par Isabelle Beaumenay-Joannet, donnait d'ailleurs aux aventures de John Difool des couleurs inoubliables.

Un rêve sans doute trop ancré dans les années 80 (Rohmer y faisait d'ailleurs allusion dans un de ses succès emblématique de l'époque, les Nuits de la pleine lune) pour être réalisable en cette fin de premier siècle de bande dessinée. Que l'on prenne les couleurs par exemple : le seul traitement qui semble acceptable aujourd'hui est numérique. Autant le travail de Beltran, qui s'y colle avec virtuosité, peut se comprendre dès lors qu'il s'attaque à des paysages urbains ou à des vaisseaux spatiaux, autant on peut se demander ce que gagne un visage de John Difool à trouver son relief dans ce type de couleurs (sauf à penser que le dessin de Moebius n'y saurait suffire : paradoxe difficilement soutenable chez un dessinateur qui, même dans une dédicace expédiée par dessous la jambe, reste avant tout le dessinateur par excellence des volumes).

Insatisfaction que l'album dénonce d'ailleurs lui-même : comparez la dernière vignette de la page 43 et la couverture qui la reprend, mais ici coloriée à la gouache par Moebius, selon la tradition toujours respectée et héritée de son maître Jijé. Si la déception est à la hauteur du monument auquel s'attaquent de nouveau ses créateurs (mais leur appartient-il encore vraiment ?), on doit, en toute bonne foi, reconnaître qu’après la peine toujours vient la joie : celle de retrouver avec John Difool un des plus attachants personnages de l'histoire de la bande dessinée, "minable détective de classe R", froussard et héroïque, égoïste et de nouveau sauveur de l'humanité Un portrait de son géniteur graphique, en plus chevelu, mais comme lui jamais là où il devrait se trouver, je-m'en-foutiste sublime, capable d'habiter un jour à Los Angeles (où ses pairs lui rendent un culte envieux), puis au fin fond de l'Ariège, sur un atoll polynésien (c'était là qu'étaient censées atterrir les soucoupes), ou à Montrouge (le Montred de la première image de l'album). Une telle liberté lui autorise tous les bâclages : la paresse la plus éhontée ou, comme ici, l'exploitation la moins déguisée de ses succès passés.


Nicolas Balaresque
( Mis en ligne le 05/01/2001 )
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