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Bande dessinée  ->  Chroniques - Autobiographie  
 

La règle des trois
Gene Luen Yang   American Born Chinese - Histoire d’un Chinois en Amérique
Dargaud 2007 /  18 € - 117.9 ffr. / 240 pages
ISBN : 978-2205-05958-8
FORMAT : 15,8x21,2 cm
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Ne pas se fier à quelque première impression, ne pas se laisser aiguiller par un sous-titre français trompeur : si American Born Chinese met notamment en scène un jeune homme d’origine chinoise aux USA, cet étonnant album est loin d’être une simple (auto)biographie de routine sur le sujet. Le livre, de fait, bouscule les genres, et est comme un petit puzzle narratif où trois intrigues a priori lointaines et bien distinctes finissent par s'assembler pour former ainsi une drôle de fable, originale et percutante, sur l’identité et le déracinement, mais aussi sur l'apprentissage et la vie sous le regard des autres.

L’ouvrage débute par l’histoire du Roi-Singe qui voulait être considéré par les Dieux comme leur égal. Malheureusement, lorsqu’il se rend au grand banquet dans les étoiles, le singe tout roi qu’il est se voit jeté comme un malpropre et renvoyé dans sa montagne. Humilié et offusqué, le monarque simiesque décide de se venger et va tout faire pour être apprécié à sa juste valeur par les divinités. C’est ici le temps des combats mythologiques et des cosmogonies extraordinaires, le conte fantastique que l’on raconte aux petits pour s’endormir.
L’action bascule ensuite sur le récit du jeune Jin Wang qui après avoir passé ses neuf premières années à San Francisco déménage avec ses parents pour se retrouver dans une toute nouvelle école ; il devient par la même occasion le seul garçon d’origine asiatique de sa classe. Entre moqueries et préjugés, la vie scolaire ne commence pas de la plus joyeuse façon pour Jin Wang. Heureusement pour lui, il va finalement vite se lier avec un autre petit nouveau, Wei-Chen, tout droit débarqué de Taïwan…
Enfin, le dernier récit se concentre sur Danny, l’étudiant modèle américain, dragueur et joueur de basket ball. Tout irait pour le mieux pour ce young boy sans histoires si tous les ans à la même période ne débarquait son horripilant cousin de Chine : le grotesque et invraisemblable Shing-Tok, caricature ambulante et personnification déjantée de tous les clichés les plus racistes. Habillé de son costume traditionnel, l’individu est lubrique, jaune citron, rigole tout le temps et mange des chats : un cauchemar pour Danny qui cherche à couper les ponts avec ce cousin encombrant et plus qu’embarrassant.

Chaque intrigue procède d’un registre singulier et qui semble le couper définitivement (hormis un graphisme similaire) des deux autres. Le premier segment est celui de la légende, le deuxième relève de la biographie proprement dite et le dernier est une sorte de parodie clownesque, quelque part entre Mad et une nauséabonde propagande. Point commun à ce trio de récits, un personnage principal qui cherche à se faire accepter et doit constamment veiller à ce que ses efforts ne soient pas anéantis par un quelconque danger venu d’ailleurs (le cousin Shing-Tok, un Dieu surpuissant, un camarade de classe…). Le message est suffisamment clair pour qu’on n’insiste pas : l’important est de rester soi-même et mieux vaut perdre quelques amis que son âme. Fable simple mais racontée avec une belle originalité et beaucoup d’invention. Et surtout, l’auteur n’en fait pas des tonnes et laisse son histoire vagabonder de-ci de-là, préférant le burlesque salvateur aux grandes réflexions. Quelques épisodes sont ainsi déjà d’anthologie comme l’apprentissage du kung-fu par le Roi-Singe ou la transpiration qui fait des bulles…

Tout au long de l’album, Gene Luen Yang fait ainsi mine d’une certaine désinvolture qui dissimule adroitement une complète maîtrise de son récit. La surprise est en effet d’autant plus grande et le plaisir de lecture décuplé lorsque arrive la dernière partie et que tous les éléments se réunissent pour un final déroutant mais hautement réjouissant. Loin d’être attendu, ce nœud narratif est au contraire d’abord déboussolant et permet à l’auteur de partir, une nouvelle fois, dans une autre direction, convoquant à la fois la grande émotion et le délire dévastateur.

Du côté du graphisme, Yang procède là encore d’un certain métissage : avec un joli trait noir, et une palette de couleurs vives et directes, on se trouve en présence d’un dessin certes sans surprises mais qui relève à la fois du comics et du manga, du numérique et du traditionnel. En cela, American Born Chinese est une belle réussite, digne de la réputation qui le précède, à la fois drôle et sensible, et diaboliquement raconté par un auteur assurément inspiré.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 03/09/2007 )
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