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Faire suivre
Emmanuel Guibert   La Guerre d’Alan (tome 3)
L'Association - Ciboulette 2008 /  16 € - 104.8 ffr. / 124 pages
ISBN : 9782844142610
FORMAT : 16x24,5 cm
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la fin du tome précédent, la guerre était finie, mais Alan Cope était encore en Tchécoslovaquie, au terme d’une longue traversée de l’Europe. Arrivé sur le Vieux Continent après le Débarquement, le jeune Américain n’a finalement pas vu grand chose de la guerre : des ruines, une patrouille allemande au loin, une colonne de blindés inoffensive, et quelques tragiques accidents. Si Cope ne raconte ainsi pas la guerre épique des films et des romans, il parle de la sienne, avec les rencontres (nombreuses et variées), les anecdotes dramatiques ou plus légères, et des instants de vie.

Et pour porter sa parole, Emmanuel Guibert. Le passeur de mémoires qui s’empare des souvenirs relatés ici par Cope comme là-bas ceux de Didier Lefèvre (la trilogie du Photographe), pour en faire un récit fort et sincère, toujours vrai. À l’heure où chacun se raconte avec plus ou moins de bonheur dans des autobiographies et des blogs, Guibert choisit ainsi de dire l’autre, et de transmettre au lecteur des mémoires qui ne sont pas les siennes, ne prenant jamais l’audace de se les approprier totalement (il est étonnant de voir comment Guibert refuse constamment de se mettre en avant, laissant jusqu'à la fin le dernier mot à Cope), se sentant comme hériter d’une parole à transmettre, délivré de tout message. Juste comme la nécessité de « faire suivre ».

La guerre est donc finie pour Cope, et à peine passée la moitié de l’album, le voilà rentré chez lui. Dans le reste du livre, il nous raconte la réadaptation à son pays, quelques retrouvailles, une randonnée pour aller voir les séquoias, des vocations avortées, des petits et grands moments qui ont fait sa vie depuis, sans exemplarité ni caractère extraordinaire. Et ce troisième tome de la série est la conclusion idéale et indispensable à une trilogie qui, depuis le début, s’accroche à l’anecdotique et à la persistances des souvenirs. Plus qu’un long épilogue qui se déroule après la guerre, comme hors sujet donc, ce dernier opus entérine ainsi définitivement la démarche de Guibert dans ce qu’elle a de plus « radical ». Le but est de faire passer aux lecteurs le plaisir qu’a eu Guibert en écoutant parler Cope, avec les mêmes détours, les mêmes petits détails anodins mais qui font beaucoup, les mêmes hésitations parfois, sans coupes ni montage, le même ton à la fois prolixe et réservé, traitant avec une égale mesure tous les événements.
« Admettez-vous que toutes les parties d’une vie ont leur importance et le droit d’être évoquées quand on brosse le tableau d’une existence », demande Cope en exergue. Guibert l’admet, et le lecteur avec lui. Ultime preuve de qualité, Cope se garde bien de tout raconter; de ses amours et de ses sentiments plus personnels, on ne saura presque rien. L’homme, discret et pudique, sait faire le tri; politesse et intelligence de ceux qui savent que la pertinence d’un récit ne se niche pas sous les draps.

Graphiquement, Guibert reste sur le même registre modeste, faussement transparent, faisant preuve d’une maîtrise sans faille, mais ne la mettant jamais en avant, ne cherchant pas l’esbroufe ou le spectaculaire. Mais si l’on observe plus attentivement ces planches, on réalise le travail d’auteur, de transcripteur, effectué par Guibert, s’appuyant sur le texte sans toutefois en faire un guide trop rigide qui le bloquerait dans son découpage. Il élabore ainsi ses pages parfois en avance sur les mots, choisissant à d’autres moments de ne pas montrer ce qui est dit, ou de souligner, avec légèreté, une parole. Autre élément omniprésent et pourtant d’une grande discrétion : l’écriture même de Guibert, légère et fine, élégante et soignée. Élément d’abord textuel certes, mais faisant aussi partie intégrante du dessin, concourant à la beauté de l’image. Dans cette calligraphie charmante et posée, c’est la voix de Cope qui résonne encore, affable, intarissable, mais toujours égale et racontant avec la même intensité les petites joies comme les plus grandes tristesses. En dessinant l’écriture, c’est la voix de Cope que Guibert fait chanter et vibrer, brillamment, et pour longtemps.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 31/03/2008 )
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