L'actualité du livre Vendredi 21 juin 2024
  
 
     
Le Livre
Bande dessinée  ->  
Comics
Manga
Historique
Réaliste
Fantastique
Science-fiction
Policier - Thriller
Aventure
Humour
Adaptation
Jeunesse
Les grands classiques
Chroniques - Autobiographie
Revues, essais & documents
Entretiens
Illustrations, graphisme et dessins d’humour
Autre

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Bande dessinée  ->  Les grands classiques  
 

L’école buissonnière
Raymond Macherot   Sibylline (tome 1) - L'intégrale - 1965-1969
Casterman 2011 /  25 € - 163.75 ffr. / 200 pages
ISBN : 978-2-203-04630-6
FORMAT : 21,6x28,8 cm
Imprimer

Dans la floraison de l’après-guerre belge en bande dessinée, Raymond Macherot a tout de l’artisan maudit : des succès mitigés, un travail dans l’ombre, des dépressions répétitives, une œuvre noire qui s’en inspire et qu’on redécouvre en partie après sa mort.
À ceci près que Macherot dessinait des petits animaux, des lérots, des chats, des souris.
À son grand malentendu, on l’a toujours pris pour un doux rêveur, un poète du dimanche, dont la plus grande qualité, selon Hergé, était de camper le caractère des animaux aussi bien que Walt Disney.
C’était oublier qu’il était non seulement un des maîtres de sa génération, mais aussi un satiriste féroce, un peintre cynique, un narrateur désespéré.

Depuis longtemps, les amateurs se plaignaient des mauvaises éditions de Macherot. Alors que Franquin, Peyo, Roba, Will ou Tillieux bénéficient tous de superbes reprises classiques mettant en valeur leur travail, il n’y avait toujours pas d’édition digne de ce nom pour Sibylline ou Chlorophylle. Casterman, en se lançant dans le patrimoine dit classique, nous propose enfin le recueil tant espéré.

Sibylline, c’est la deuxième carrière de Macherot, qui quitte le journal Tintin après dix ans de loyaux services. En entrant à Spirou, il raconte Chaminou et le Khrompire : un royaume d’opérette, cadre d’un polar animalier bien plus cruel que les bandes Disney de l’époque. La rédaction s’émeut de ces cannibales et de ce monde féroce, et voilà Macherot amené à redessiner un décor champêtre. Un point de départ similaire à celui de Chlorophylle, dix ans plus tôt. Mais le dessinateur va vite faire évoluer sa série, quitte à lui faire emprunter de nouveaux chemins.
Dès la scène d’introduction de Sybilline, le ton est donné : Pantoufle, malheureux chat de gouttière, erre dans les rues enneigées à la recherche d’un abri et d’un peu de nourriture. Quand il trouvera enfin un logis, il devra en conséquence en chasser les souris et devenir le méchant de l’histoire. Ici, pas de manichéisme ou de héros triomphant, mais un ensemble de petites tragédies qui ne se terminent jamais parfaitement bien, une société aux nombreux conflits motivés par un quignon de pain ou une parcelle de territoire.
Ce même regard sombre, on le retrouve quelques pages plus loin, quand le sombre Anathème lève une armée pour conquérir le Bosquet Joyeux. C’est toujours la guerre, comme en 1945, quand Macherot a lui-même combattu.

Ce parti pris réaliste, presque cynique, se retrouve aussi dans le fait de ne jamais revenir au point de départ. Les aventures de Sibylline se suivent dans un feuilleton ininterrompu, qu’on apprécie pour la première fois dans cette intégrale. On est bien loin des banquets d’Astérix ou des couchers de soleil de Lucky Luke. Les héros se contentent de trêves en attendant la prochaine attaque.
On devine aisément que Macherot avait peur de son siècle. S’il centre sa série sur une héroïne, assez tôt dans le paysage de la bande dessinée pour garçons, c’est en s’appuyant sur un discours anti-féministe, bourré de stéréotypes, où Sibylline est tout sauf un modèle. Bien différentes des autres Sophie, Natacha ou Yoko Tsuno, entreprenantes et aventurières, axées sur la modernité, en tant qu’hôtesse de l’air, électronicienne ou fille d’inventeur. C’est tout le contraire pour Sibylline : elle opère un véritable retour à la terre et s’habille de frusques paysannes, dans un petit terrier très coquet. Pas de machinerie ici, pas de technologie. Macherot choisit bel et bien le rétro, ce qui lui vaudra sans doute la réputation de doux poète qu’on attribue volontiers à ceux qui regardent vers l’arrière.

Partagé entre l’envie de bouger les frontières et la peur du lendemain, il n’a cessé de faire des va-et-vient dans son œuvre : c’est sans doute pourquoi elle mérite, mieux que bien d’autres, l’adjectif intemporel.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 13/11/2011 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2024
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd