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Bande dessinée  ->  Les grands classiques  
 

The Grand Bruxelles Hotel
Christian Durieux   Pacific Palace
Dupuis 2021 /  16.50 € - 108.08 ffr. / 80 pages
ISBN : 979-1-0347-3269-2
FORMAT : 24x32 cm
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Dans ce dernier opus en date de la collection des Spirou par, Christian Durieux redonne à l’aventurier son costume de groom, et l’enferme le temps de quelques jours dans un prestigieux hôtel réservé à la famille d’un dictateur. Ambiance curieuse, lente et pleine d’émotions, qui met face à face un président sanglant et le petit monde des anonymes.

À la mesure du régime soviétique dont il est question, tout le livre prend le pli du calme glacé avec lequel on a souvent raconté la vie de l’Europe de l’Est. On se croirait à Belgrade, à Budapest, voire à Bakou, dans le bunker de quelque apparatchik. À l’inverse de Spirou chez les Soviets, qui faisait de Spirou le pourfendeur grinçant des communistes, Durieux lui donne presque les couleurs d’un citoyen du bloc anticapitaliste, cherchant tant bien que mal à trouver où est son devoir.
Nous sommes pourtant bien en France, et à une époque indéterminée. Mais les quelques indices d’espace-temps (un vieux téléviseur, un exemplaire de Marabout flash, la carte d’identité du directeur de l’hôtel), laissent planer le doute. Nous revivons la Belgique de la fin des années 1980, suivant la chute du mur et la Pérestroïka à la télévision. Il passe à la radio un air de nostalgie.

En abandonnant les signes extérieurs de la modernité, Durieux s’associe aux meilleurs albums de la série de one-shots. Le rapprochement avec le récent Tarrin et Neidhardt fait sens : pendant que Bravo se concentre sur la seconde guerre mondiale, de nouveaux auteurs imaginent ce que Spirou et Fantasio auraient pu vivre dans la guerre froide, si toute allusion trop directe à la politique n’avait pas été alors interdite.
La politique a donc toute sa place, mais aussi le sens des réalités, et d’abord de l’argent. Nos héros ne sont que des anonymes, des témoins populaires, à la recherche d’un petit job. Voilà Fantasio obligé d’endosser le costume de groom, ce qui lui va à merveille pour renouveler ses réparties dans le même registre bougon auquel il nous a habitués.

Mais si Pacific Palace est remarquable, c’est surtout par le soin dans l’écriture, le dialogue qui fait mouche, le dessin cadré juste à point pour penser ses informations… plus que de l’efficacité, un style. Durieux ose les formes les plus inattendues sans jamais rompre avec la fluidité de son récit. De grandes vignettes silencieuses – « même le vent s’est calmé » – ou à l’inverse des personnages hors cadre dans des cases où seul le décor est visible, et surtout de belles planches monochromes à faire éternuer les allergiques au bleu. Un éloge de la nuit, qui donne forcément naissance à une atmosphère onirique. Tout est possible, puisque, justement, rien ne se passe.

Nous sommes avec Spirou et Fantasio, cloîtrés dans un huis clos – pas de voyage au loin cette fois, ni au Karajan ni ailleurs. Et que reste-t-il de l’aventure, si ce n’est l’amour ? Elena, si proche pourtant de Luna Cortizone, dans une autre décennie, ouvre la voie à une sentimentalité que Spirou, malgré de nombreux essais, n’avait pas encore réussi à atteindre. Pour la première fois peut-être, nous pouvons croire son amour possible. Et l’eau que déverse la fontaine de la couverture est peut-être bien celle de ses larmes.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 23/01/2021 )
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