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Bande dessinée  ->  Les grands classiques  
 

Libérez Salomon Goldstein !
 Hergé   Tintin au pays de l'or noir
Casterman 2000 /  16.64 € - 108.99 ffr. / 62 pages
ISBN : 2-203-01140-8
FORMAT : 24 X 32
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Casterman tournerait-il en rond comme les Dupondt dans le désert ? Cinquante ans après, la maison réédite Au pays de l’or noir. Cela pourrait ressembler à une nouvelle opération purement commerciale, comme il y en eut beaucoup depuis la mort d'Hergé. Pourtant, les choses sont ici plus compliquées. D'abord, cette histoire d'essence qui explose garantit au quinzième album des aventures de Tintin de ne jamais être distribué dans les stations-service Total (mais du coup, il vous faudra le payer 109 francs et non 16). Surtout, cette version de 1950, à une époque où Hergé ne s'appelait pas encore tout à fait Bob De Moor, est sensiblement différente, dans son esprit, de celle qui circule depuis 1971.

Chacun a son Tintin préféré, gageons que la version usuelle des années 70 n'occupe pas la tête du hit-parade. La faute en revient certainement à de multiples réécritures qui ont lissé à l'extrême une histoire conçue à l'origine pour coller à la réalité : publiée en noir et blanc à partir de septembre 1939 dans le Petit Vingtième, l'histoire est interrompue au bout d'une vingtaine de planches en mai 1940, victime de la mobilisation d'Hergé, de son exode provisoire en France et de l'invasion allemande.

On sait que le père de Tintin s'en est remis vite et bien, mais ce récit de menaces de guerre et de pétrole comme enjeu stratégique était, en 1940, dépassée par l'actualité. Plus gênant encore, cet "agent secret d'une puissance ennemie" dont le patronyme -Müller- désignait la nationalité plus qu'il ne la cachait : Hergé eut certes la prudence de ne pas s'embarquer sur le même radeau que son ami Léon Degrelle, il n'avait pas pour autant l’héroïsme, ni même la volonté, de froisser les puissants du jour. Puisqu'il était impossible de reprendre l'Or noir, il lança son héros sur de nouvelles pistes politiquement plus anodines : six albums entre 1941 et 1948, année où il s'attelle à nouveau à l'Or noir, six chefs-d’oeuvre qui couronnent son oeuvre (avec bien sûr le Lotus Bleu).

Pourquoi dès lors reprendre cette aventure d'avant-guerre ? Les lecteurs du Journal de Tintin de la fin des années 50 ne sont plus ceux du Petit Vingtième de 1939 ; et la série a été profondément modifiée par l'arrivée de deux personnages désormais indispensables au jeune reporter, Haddock et Tournesol. Il faut donc aménager le scénario pour les y faire entrer de force. Mais à côté de ces inconvénients, cette histoire proche-orientale offre deux atouts à Hergé : la Palestine est à la mode après l'épopée de l'Exodus, et plus encore Hergé peut réfuter ici le soupçon désormais gênant d'antisémitisme que lui vaut depuis la Libération son neutralisme durant les années noires. Il est alors, et le restera longtemps, traumatisé par le soin que les censeurs de l'épuration mirent à étudier son cas avant de le laisser en paix avec la justice.

Pourtant, dès 1939, il représentait, dans l'Or noir, les terroristes juifs de l'Irgoun sous un jour plutôt favorable : l'un d'eux, Salomon Goldstein, est d'ailleurs le sosie de Tintin. Et voilà la démonstration nécessaire pour l'opportuniste Hergé: qui sait, après tout, Tintin est peut-être juif ? Oubliés les cases compromettantes de l'Etoile mystérieuse (deux usuriers sordides s'y disputaient dans l'attente de la fin du monde, tandis que le banquier criminel qui s'opposait à Tintin était tellement typé qu'il fallut le rebaptiser à la Libération).

Alors, un beau papier épais, une impression infiniment plus soignée que celles de ces dernières années, 20 premières pages entièrement différentes (soit la partie maritime et politique), plus quelques pépites (Ben Kalish Ezab, le calife à la Benoist-Méchin, maudissant la généalogie de Bab El Ehr, "le fanatique" anti-occidental) : oubliez la terne version de 1971, à la graphie arabe corrigée et à la géopolitique aseptisée, et replongez dans le monde autrement plus excitant de 1950.


Nicolas Balaresque
( Mis en ligne le 21/11/2000 )
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