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Le gardien du temple
Dave Gibbons   Chip Kidd   Mike Essl   Watching the Watchmen
Panini Comics 2009 /  30 € - 196.5 ffr. / 130 pages
ISBN : 978-2-8094-0698-6
FORMAT : 23,5x30 cm
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l’occasion de la sortie du film (qui aurait pu être pire) adapté du comics d’Alan Moore et Dave Gibbons, Panini traduit pour le public francophone cet épais et luxueux ouvrage qui revient sur la genèse et l’élaboration de Watchmen. Publiée en douze épisodes, de septembre 1986 à octobre 1987, la série n’a depuis jamais perdu de son extraordinaire qualité. Véritable comics « adulte », Watchmen est une saga fleuve complexe, construite avec la précision d’un horloger (un watchman ?), aussi brillante dans son écriture que dans sa mise en images, une mise en abyme autant qu’un hommage au genre, bref un indéboulonnable chef-d’œuvre. Si les éditeurs ont eu le bon goût de ne jamais donner de suite à la série (on imagine la tentation chez DC : « Rorschach mène l’enquête », ou « Dr Manhattan contre les mutants »), il est vrai qu’un livre comme celui publié aujourd’hui manquait vraiment à tous les fans de la série. Voilà enfin de quoi s’en remettre plein les yeux, passer dans les coulisses de la création, regarder un bout de l’œuvre en train de se faire.

C’est Dave Gibbons qui nous accompagne dans ce pèlerinage. Peu bavard en général, et en particulier lorsqu’il s’agit de revenir sur des travaux d’il y a vingt ans, Alan Moore déserte l’ouvrage, laissant la parole à son dessinateur. Celui-ci parle d’abord de sa rencontre avec Moore, de leurs premiers travaux ensemble, puis, rapidement de l’amorce d’un projet en commun, le futur Watchmen. Le livre reprend ensuite la chronologie du comics. Chaque épisode est présenté dans son ordre de publication, et commenté — plus ou moins brièvement — par Gibbons. Le tout largement accompagné de nombreux croquis, notes, brouillons, découpages et tests de couleurs. Au fil des pages, on découvre ainsi les premiers looks des personnages, de nombreuses ébauches de découpage, des illustrations dérivées… Les amateurs d’images et d’art séquentiel en auront pour leur argent, même s’il est vrai que la quantité de planches ébauchées n’ont, au bout du compte, qu’un intérêt limité pour qui n’est pas fan absolu de la série.

Si Gibbons tient ici le premier et beau rôle, ça n'est finalement que justice : on a trop souvent entendu dire des idioties faisant référence à une prétendue pauvreté du dessin dans Watchmen, et que l’immense scénario de Moore ne méritait pas un tel traitement. Il faudra pourtant que les nigauds comprennent que Gibbons livrait ici un travail phénoménal, un subtil mariage entre comics et bande dessinée européenne. Une sorte de « ligne claire » au pays des super héros, du Buscema élevé à Hergé. On le comprend en lisant Watching the Watchmen, Gibbons est pour beaucoup dans le découpage et le choix d’une mise en page régulière, d’une mise en scène classique, loin des codes explosifs du genre. L’art de Gibbons dans Watchmen se définit par une grande sobriété, une finesse des détails, des cadrages implacables et rigoureux, des compositions sages, académiques mais toujours d’une grande efficacité. Il fallait du talent pour dessiner avec la même rigueur et le même enthousiasme des passages aussi différents qu’une virée sur Mars, un enterrement sous la pluie, une ville rasée ou une consultation psychiatrique... Tant de moments qui restent gravés dans les mémoires du lecteur, et ça n’est pas seulement à cause des mots de Moore. De même, s’ils sont d’abord sortis de l’imagination du scénariste, il fallait une grande inspiration visuelle pour donner corps et force à Rorschach, au Dr. Manhattan ou au Comédien. Avec Watchmen, Gibbons livrait l’air de rien des personnages dont le charisme graphique les installait instantanément et définitivement au panthéon des super héros de papier.
Enfin, si la première édition souffrait de quelques choix douteux de colorisation, la version « remasterisée » par John Higgins parue il y a quelques années a, en plus de rendre l’ensemble plus harmonieux, redonner au dessin de Gibbons toute son élégance discrète et sa puissance raffinée.

Malgré toutes ces pages et ces souvenirs livrés au public, le comics conservera encore tout son mystère, son patrimoine génétique n’étant révélé qu’à moitié. En scrutant les planches préparatoires présentées tout au long de l’ouvrage, on ne pourra qu’être frappé par le peu d’écart entre celles-ci et les planches finales. Tout est déjà là, dans ces petites taches et ces esquisses nerveuses tracées sur des bouts de papier. C’est l’étape clé, celle du découpage, qui manque ici. C’est sur une mise en scène rigoureuse et implacable que s’articule le récit de Moore et Gibbons, mais on ne saura rien de ce travail, de qui a fait quoi. On ne saura pas non plus quel processus rigoureux suivirent les auteurs pour produire un épisode aussi ludique et époustouflant que « Fearful Symmetry ». Tout au plus est montrée ici au lecteur une page du script de Moore, dense et compacte, précise et carrée, mettant en place les différents éléments. Un autre secret est livré sur les éléments nécessaires lorsque le génie travaille : un carnet et un lit confortable. Hurm.

Un gros bémol toutefois à ce livre : c’est une traduction souvent laborieuse que nous offre ici Panini. Dans un français à la syntaxe fatigante, le lecteur devra souvent faire son propre travail d’interprétation pour décrypter les paroles de Gibbons. Vraiment dommage, car de l’impression superbe à la présentation générale (fidèle à la version originale), voilà un ouvrage réellement passionnant autour d’une des plus belles œuvres offertes à la bande dessinée.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 23/03/2009 )
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