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Le retour du père prodigue
Thierry Groensteen   M.Töpffer invente la bande dessinée
Les Impressions nouvelles - Réflexions faites 2014 /  24 € - 157.2 ffr. / 320 pages
ISBN : 978-2-87449-187-0
FORMAT : 17x24 cm
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En 1996, alors que le cinéma venait de fêter avec éclats son propre centenaire, la bande dessinée peinait à faire de même, déchirée par le débat entre les pro-Töpffer et les pro-Outcault. L'inventeur américain du comic strip était alors remis en cause par les chercheurs internationaux qui lui préféraient un vieux professeur de Genève. Le livre de référence en la matière était Töpffer, l'invention de la bande dessinée, par Benoît Peeters et Thierry Groensteen. Le second en publie aujourd'hui une version remaniée et enrichie, dans la collection dirigée par le premier.
En effet, la question des origines du médium n'a rien perdu de sa pertinence. Paradoxalement, alors qu'Outcault est passé de mode, notre vision de Töpffer se noie de plus en plus dans une histoire riche en déclinaisons différentes, et ce d'autant plus que la bande dessinée échappe à toute définition au moment où elle franchit la barrière numérique. Or, pour savoir où l'on va, il vaut mieux savoir d'où l'on vient.

Dans un panorama détaillé de l'œuvre de Töpffer, Groensteen répond aux avancées de la recherche contemporaine et notamment aux travaux de Thierry Smolderen. Celui-ci, dans Naissances de la bande dessinée, en 2009, s'opposait à l'attribution à Töpffer de l'invention de la bande dessinée moderne : il s'agissait pour lui de réintégrer le Genevois dans une plus longue série de ruptures du dix-neuvième siècle, de Hogarth à McCay, mais aussi de renverser l'interprétation traditionnelle de ses codes narratifs en leur donnant un caractère fondamentalement ironique. À l'opposé, Groensteen se place dans la continuité de ses précédents travaux, redonnant à Töpffer une place prééminente, à la fondation de deux siècles de bande dessinée. Pour cela, il ajoute aux débats pour la définition du médium le critère d'une démarche théorique. En effet, Töpffer ne s'est pas contenté de faire avancer le médium vers la modernité, il a affirmé haut et fort sa spécificité. « L'on peut écrire des histoires avec des chapitres, des lignes, des mots : c'est de la littérature proprement dite. L'on peut écrire des histoires avec des successions de scènes représentées graphiquement : c'est de la littérature en estampes. » Ces textes, repris dans le troisième tiers du volume, prouvent de façon éclatante l'importance théorique du Genevois, qui fonde, sinon la bande dessinée, du moins la stripologie. Le moment Töpffer devient le seuil décisif à partir duquel le discours existe de façon autonome. Par ailleurs, Groensteen s’appuie sur les recherches internationales et sur une approche rigoureuse des textes du Genevois pour réfuter la thèse d'une parodie via la bande dessinée du langage du progrès, représenté par l'action progressive de Lessing. Force est de constater que les textes, s'ils montrent un esprit constant de sarcasme envers tout système, y compris envers la propre utilisation par Töpffer de la physiognomonie, ne cessent pas d'encenser le « genre » qui les accompagne.

Au-delà de ce débat contemporain, passionnant pour les amateurs, le livre a le mérite d'analyser dans le détail les traits saillants des bandes dessinées de Töpffer : la volonté de dépeindre des caractères, le goût pour leur interprétation graphique, et une ironie généralisée. Le recours original à la reproduction par autographie lui permettait de réaliser directement sur sa feuille un dessin proche du produit fini, qui eut certainement un rôle dans le statut graphique qu'il procurait au texte. Enfin, ses réflexions approfondies sur les traits du visage, formidablement réunis dans un Essai de Physiognomonie, ont gardé toute leur actualité.

Ces considérations sont d'une grande importance pour le bédéphile d'aujourd'hui. Elles nous permettent de remettre en question deux cent ans de pratiques variées, au moment où on nous annonce leur bouleversement général. Töpffer est une des clés qui permettent de comprendre d'où nous viennent les industries graphiques du vingtième siècle, et comment l'image est devenue synonyme de divertissement.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 03/01/2014 )
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