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On est de la revue
 Collectif   Presse et bande dessinée - Une aventure sans fin
Les Impressions nouvelles 2021 /  28 € - 183.4 ffr. / 384 pages
ISBN : 978-2-87449-838-1
FORMAT : 17x24 cm
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Dans un copieux recueil, dix-sept chercheuses et chercheurs s’attaquent à la question des liens entre presse et bande dessinée. Tous ont à cœur de resituer les œuvres dans leur contexte médiatique. Pour l’université, il s’agit ici de dépasser la pensée sémiotique, de ne plus chercher à définir un langage mais d’apprécier comment, à chaque étape de son histoire, la bande dessinée se confronte à ses supports de publication. L’enjeu est de taille. On peut ne pas suivre certains contributeurs selon qui cette approche serait nouvelle, ou d’ordre identitaire : pour Julien Schuh par exemple, la pensée d’une production comme multimédiatique serait une des étapes menant à la bande dessinée, ce qui reste sacrément à démontrer. Il est en revanche certain que l’objet album a déformé, plus d’une fois, le travail originel d’un auteur. Relire Tintin dans l’environnement du Petit Vingtième comme le fait Jean Rime, s’avère alors étonnamment novateur.
Le parcours commence au 19e, en s’intéressant à Töpffer et à la définition de la forme bande dessinée, et se prolonge tout au long du 20e siècle jusqu’à la revue Topo. Les grilles de lecture oscillent entre l’histoire, l’esthétique ou la sociologie selon les uns ou les autres, au risque d’un sentiment de désordre. La première partie de l’ouvrage, qui retrace l’histoire de la bande dessinée francophone à partir de celle de ses grands journaux, et la troisième, qui prend pour angle d’attaque les notions de reportage et d’actualité, sont les moins homogènes. Pour un Sylvain Lesage, dont le travail repose de fait sur la tension entre livres et périodiques, combien d’universitaires attachés à des sujets plus lointains, qui se raccrochent ici tant bien que mal à la problématique du recueil. Le risque est donc grand d’enfoncer des portes ouvertes ou de traiter de tout autre chose. Cela n’empêche pas la plupart des articles de retenir longuement notre attention. Plusieurs sont mêmes dignes de faire date : Sylvain Lesage étudie ainsi le passage de Barbarella de V Magazine à l’album, et la symbolique qu’elle représente, tandis qu’Axel Hohnsbein dresse le portrait méconnu de la bande dessinée dans la presse photographique de la Belle Époque.
Beaucoup plus cohérent est le thème de la deuxième partie, qui analyse la représentation de la presse à travers les bandes dessinées qui y sont publiées. Les études sont alors particulièrement éclairantes, qu’elles concernent une œuvre en particulier (Tintin, Adèle Blanc-Sec) ou qu’elles s’attachent à l’ensemble des Trente Glorieuses. L’importance des héros journalistes, soulignée par Guillaume Pinson, est au cœur de cette période qu’on a trop souvent considérée comme déréalisante. Les auteurs nous montrent bien, au contraire, à quel point les séries sont alors en cohérence avec le support qui leur donne naissance. L’album ne viendra ensuite que donner une seconde existence, certes plus durable, mais moins nécessaire, à un récit qui s’ancre profondément dans la revue périodique. Pour le lecteur du Petit Vingtième, de Spirou ou de Pilote, Tintin, Marc Dacier ou Guy Lebleu ne sont que des Albert Londres à sa hauteur. Le reportage dessiné d’aujourd’hui ne serait alors, selon une interprétation lumineuse de l’ouvrage, que le Guy Lefranc des années 2000, adapté à une presse résignée à la longue durée plutôt qu’au scoop de BFM.

L’ouvrage, forcément inachevé, offre des horizons inédits au lecteur. Il rassemble notre passé, notre présent et notre avenir dans une même perspective. Le dessin et la presse, une histoire d’amour qui n’a pas fini de commencer.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 07/02/2021 )
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