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Bande dessinée  ->  Humour  
 

Trentième degré
Joan Cornellà   Zonzo
Ici Même 2016 /  16 € - 104.8 ffr. / 56 pages
ISBN : 9782369120254
FORMAT : 16,5x23 cm
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Vu de loin, le monde de Joan Cornellà ressemble à un petit paradis: un univers enfantin aux couleurs vives, où les gens ont toujours le sourire, où les animaux sont mignons et où l'on croise des explorateurs, des éléphants roses, des fées et des marionnettistes... Vu de loin. Mais une fois que l'on pénètre dans cet univers pétillant, le vernis brillant s'écaille, les apparences s'effondrent, car il n'est en fait ici question que de choses atroces, de mutilations, de drogues dures, de meurtres, d'accidents, de viols, et d'autres aberrations sordides. C'est que Joan Cornellà, fieffé coquin un peu sale gosse, cultive l'art du trentième degré avec un rare panache. La naïveté illusoire dissimulant des affreusetés qui feraient pâlir un psy si l'on osait lui raconter. Habillées de jolies couleurs et de sourires niais ("zonzo"!), ces petites scènes horrifiques sont ainsi des pilules du bonheur plus facile à avaler, des petits bijoux d'humour noir... en couleurs (éclatantes).

Toutes les planches (à l'exception d'une, culte) suivent la même construction: 6 cases formant un gaufrier parfait façonnent un petit monde bien cadré, joliment agencé. Le trait doux et souple de Cornellà pose des visages au sourire étrangement figé, comme une convention héritée d'on ne sait quelle dictature. Ces drôles de silhouettes sont en effet toutes des victimes, devenues totalement écervelées et riant bêtement au bonheur comme au malheur. Des zombies drogués, des fous.

Quelques planches, les plus évidentes et qui ont sans doute fait le succès de Cornellà sur le net, suivent une trame aussi hilarante que finalement banale: comme cet homme qui présente une chaise à une femme portant un bébé avant de lui enlever, la femme tombe, le bébé se fracasse le crâne sur le coin de table; mais qu'importe, la blague de la chaise est tellement drôle que les deux adultes se bidonnent de concert: de l'humour noir terrible et si tellement forcé, outré qu'il en devient le parfait mètre étalon. Chez Cornellà, la méchanceté, sous toutes ses formes se doit d'être drôle et tant pis si elle touche des innocents ou si elle prend des allures totalement abjectes.

D'autres planches présentées ici suivent une logique plus élaborée que ces sales blagues. Souvent le dessin et ses illusions servent le gag: les perspectives sont faussées, la réalité d’un visage dessiné révèle la case d'après sa vraie nature de déguisement, les corps se déforment, se défaussent. Le petit monde si mignon devient ainsi vite totalement cauchemardesque, aussi bien dans ses gags les plus noirs avec ses inversions de valeurs (le mal/le bien dans la même soupe avec de gros morceaux de rires), que dans ces déformations récurrentes où les repères se carapatent d'une vignette à l'autre, ces chausse-trappes constants.
L'ensemble laisse le lecteur avec la même mine que les personnages: drôlement étonné, avec peut-être même cette légère inquiétude qui pointe: ai-je bien compris ce qu'il vient de se passer ?... Et ce gros plan sur la couverture serait comme un miroir pour le lecteur hébété qui vient de refermer le livre...

C'est finalement le portrait d'un monde complètement fou où l'on n'a plus le droit de dire grand-chose sous peine d'être en procès contre 12 associations des droits de l'homme. Cornellà n'en n'a cure, il rit de tout, des enfants qui meurent de faim en Afrique, des moines qui s'immolent, des clochards et autres amputés. En s'attaquant de front à ces "clichés" de la misère humaine, Cornellà vient finalement nous rappeler que c'est ce même monde qui s'offre à nous, juste là, pas très loin. Drôle mais tellement triste. Et inversement.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 31/05/2016 )
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  • Le Tumblr de Joan Cornellà
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