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Question de points de vue
Etienne Lécroart   Ratatouille
Seuil 2000 /  9.01 € - 59.02 ffr. / 125 pages
ISBN : 2-02-039529-0
FORMAT : 14 X 21
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A priori, la ratatouille qui donne son titre à l'ouvrage délirant de Lécroart, c'est un ragout grossier de légumes, et qui nous a tous marqués lors de notre passage par les cantines, scolaires pour commencer, militaires ensuite pour les plus patriotes d'entre nous. Mais ici , la ratatouille est plus simplement l'enseigne d'un troquet où une série d'événements en chaîne va avoir lieu, qui permettra à une dizaine de personnages de se côtoyer, de se rencontrer. Le plus souvent, de s'insulter et de faire le coup de poing.

Car telle est la nature humaine selon l'auteur : l'homme se méfie tellement de son semblable qu'il préfère rester sur son quant-à-soi plutôt que d'entretenir avec lui une relation conviviale et amicale. Ratatouille file ainsi un scénario traitant de "l'insociable sociabilité" qui veut que, tous frères (ou soeurs) en droit, nous aspirions surtout à la tranquillité dans nos rapports altruistes en société - quitte à payer le prix élevé pour cela : le rempart de la solitude et de l'incommunicabilité.

Ainsi donc vont se rencontrer dans le plus grand désordre sur la terrasse d'"A la ratatouille" Bebert la dèche à la recherche d'un vendeur de came : Alex Tazzi, une mutante dont la mission consiste à "lever une légion d'humanoïdes asservis" et une candidate à de futures élections politiques. Mais également un commissaire de police, un clochard, une célibataire transie en quête de l'âme soeur, enfin, un ancien cadre commercial névrotique reconverti en garçon de café... Et l'on s'en voudrait d'oublier ici l'inénarrable jeune femme hyperbranchée "web et musique" et le non moins désopilant quadrupède féru de croquettes flanqué d'un maître aussi laid que bigleux, et dressé à mater sous les jupes des femmes, muni de surcroît d'un collier doté de web-caméra... On l'aura compris, Ratatouille nous plonge dans un délire total mais ô combien ! jubilatoire. La pagaille qui s'ensuit est telle que, en quête d'une chimérique autonomie, même la chienne Diane avec tout son flair ne parviendra pas à s'y retrouver. Chacun y perd, qui son latin, qui ses pilules d'acide.

Le tour de force d'Etienne Lécroart consiste à mêler ces dix personnages en présentant successivement le point de vue par lequel chacun interprète une même situation, un échange de paroles ou un comportement accessibles à l'oreille et au regard de tous. L'imbroglio généré par le télescopage des intérêts divergents des acteurs se trouve ainsi conjugué à deux niveaux : celui de la parole ou de l'écoute, et celui de la gestuelle des individus concernés. Dix fois voyons-nous la même scène se jouer en un étonnant spectacle de rue, dix fois cette scène apparaît-elle différente car la vision, la focalisation subjective qui nous l'expose lui confère un nouveau sens - tant dans le domaine sensoriel que rationnel.

Ce qui fait que, couche de sens sur couche de sens, l'assemblage de cette véritable mosaïque humaine (si l'on excepte la chienne, quoique...) finit par former une histoire. Plus, un monde méconnu de nous parce que trop traversé par la quotidienneté et la banalité. Le plus jouissif est alors d'apprécier les subterfuges auxquels s'emploie le dessinateur pour souligner la spécificité de chacune de ces focalisations successives : travail sur le vocabulaire hétérogène dans les bulles, sur les nuances du gris pour désigner l'état plus ou moins soporifique de chaque héros ou encore sur la palette des effets visuels (l'effacement de certains caractères graphiques dans les dialogues, le flou envahissant la représentation oculaire des personnages et allant jusqu'à perturber le cadre des cases).

Tout cela bouillonne, tout cela mijote pour donner naissance finalement à une BD en noir et blanc si bien mitonnée qu'on en redemande et que le lecteur se surprend à relire l'oeuvre dans le désordre, tous les épisodes pouvant se suivre au gré de l'ordre ou du hasard que chacun s'impose. Un mélange qui redonne ses nobles de noblesse à la ratatouille et nous ferait presque regretter les cantines d'antan...


Frédéric Grolleau
( Mis en ligne le 02/03/2000 )
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