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Du grand homme au cochon...un enfer paisble !
Un entretien avec Ptiluc - auteur de La Foire aux cochons

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Parutions.com: Après la célèbre série des "Rats", vous vous attaquez maintenant au cochon ?

Ptiluc : Pour être plus précis, il s'agit des cochons.

Parutions.com : Une future saga sur le modèle des "Rats" ?

Ptiluc : Non, je voulais un seul album car je n'ai jamais autant peiné que sur ce scénario. Je voulais que l'histoire soit crédible, ce qui fait que j'ai dû parcourir un certain nombre de biographies, au moins autant que de personnes citées! Je n'avais jamais lu autant de livres... Je comprends d'ailleurs que Tardi ait beaucoup écrit sur la guerre de 14. Dès qu'on se documente un peu, le nombre de références devient hallucinant !

Parutions.com : Et l'idée de ces cochons dans lesquels les hommes ayant marqué l'histoire se réincarnent ?

Ptiluc : Au départ, je songeais surtout au vaches. Cela fait 10 ans que je voulais écrire une scénario sur la technologie qu se développe avec le siècle par le biais de vaches qui regardent les trains. Mais je voyais mal comment mener ce projet. J'imaginais des aquarelles avec du texte en dessous, et pas forcément le format BD. Et puis j'ai le remarquable Thema consacré par Arte aux cochons, et notamment aux similitudes troublantes entre hommes et cochons : m'a plu l'idée que nous avons en commun avec ces bêtes le même fonctionnement de stress et que ce qui nous en distingue, c'est une durée de vie différente. Voilà qui est dommage car cela m'aurait encore plus conforté dans mon idée. Avec une longévité de vie égale, nous aurions tous été voués à devenir cochons ! Quant à "l'idée", je voyage beaucoup dans le monde en moto afin de me déconnecter du réel et j'attends en quelque sorte que l'illumination me vienne au hasard de mes pérégrinations, en me baladant entre des baobabs comme je l'ai fait récemment. Car l'idée ne vient jamais quand je l'attends tranquillement assis à ma table de travail ! Je préfère de loin qu'elle me tombe dessus comme une véritable météorite !

Parutions.com : Il y a beaucoup de cochons en Afrique ?

Ptiluc : Dès que l'on quitte l'Afrique musulmane, on en trouve. C'est en apercevant l'un d'entre eux que l'idée s'est précisée : tout le lancement de l'histoire qui commence avec Victor Hugo (le dernier du siècle précédent) puis se poursuit avec Zola, avec Napoléon, qui va être le fil directeur, s'est présenté soudain avec une relative évidence.

Parutions.com : Pourquoi ce choix de Napoléon précisément ?

Ptiluc : C'est le seul Français à avoir agi comme Hitler finalement : beaucoup de conquérants ont voulu envahir l'Europe, des Italiens du temps des Gaulois par exemple, mais ce Français-là, c'est le seul de son espèce !

Parutions.com : Vous indiquez que Napoléon a promulgué des textes contre les juifs : ce sont des sources historiques précises ?

Ptiluc : Dans les biographies sur Napoléon que j'ai consultées, je suis tombé sur un article qui dénonçait Napoléon en ce qu'il avait avant la lettre inventé la propagande, la police secrète (anticipant sur la future Gestapo). Ce livre indiquait aussi que Napoléon a mis en place des décrets assez subtils contre les juifs : il s'agissait surtout de les "repérer" ou "cataloguer" en mettant en relief les professions qui leur étaient réservées.

Parutions.com : Ce n'était quand même pas l'étoile jaune ?

Ptiluc : Non, mais cela constituait déjà un pas en ce sens. Il faut donc être prudent: ces mesures n'étaient pas antijuives stricto sensu mais contribuaient à isoler les juifs du reste de la population et à entraver leur intégration. Or je me suis plu à imaginer un Hitler appréciant ces mesures prises par Napoléon. Ce qui me paraissait amusant dans La foire aux cochons, c'était justement de faire se rencontrer tous les grands hommes politiques, dictateurs et dirigeants totalitaires de ce siècle après leur réincarnation en porcs !

Parutions.com : Napoléon et Mitterrand, De Gaulle et Staline...

Ptiluc : De Gaulle et Staline auraient pu se rencontrer !

Parutions.com : Et il y aussi des artistes ou des gredins, comme la Bande à Bonnot, dans votre enfer porcin !

Ptiluc : Isadora me pardonnera; quant aux autres, leur manoeuvre n'était pas très claire et sentait un certain appétit pour le pouvoir, encore et toujours.

Parutions.com : En tout cas, ces derniers personnages nous valent de superbes dessins de voitures évoluant avec ce siècle !

Ptiluc : A travers la voiture transparaît mon attrait pour certains objets, dont le design me séduit. Il est vrai qu'il y aussi du design horrible, un peu comme dans la mode. Selon moi, l'art réside dans la contrainte. Depuis que la peinture s'est libérée, elle est devenue intéressante dans cette libération, mais une fois celle-ci advenue, elle n'a plus de sens. En un gros siècle, on est passé du figuratif total à la toile blanche, mais dès l'instant où l'on rend une toile blanche, la peinture est finie. Quand en sculpture on commence à sculpter trois barres à mine et qu'on appelle cela "lever de soleil sur le mont Chauve", c'est grotesque également.

Parutions.com : Ce qui est certain, c'est que vous suggérez de manière iconoclaste que par delà leurs divergences politiques tous ces hommes de pouvoir, qui apparaissent comme grotesques, s'entendent comme "cochons en foire" si l'on ose dire...

Ptiluc : Exactement. Comme ce livre consacre à sa manière la fin du siècle, j'ai eu la chance de pouvoir prendre connaissance, en même temps que je dessinais, de grandes rétrospectives sur les événement marquants de ce millénaire qui s'achève. J'ai été influencé ainsi par des reportages sur les tsars, le pacte germano-soviétique... J'ai eu l'impression en les suivant que ces dirigeants se moquaient complètement des idéologies. Ils voulaient avoir les plus grands territoires, quitte pour cela à conclure des accords entre eux à l'insu des autres.

Parutions.com : Et au détriment du peuple. Mais cela n'a pas tant changé que cela, si ?

Ptiluc : Disons que c'est plus subtil. A mon avis, les choses n'ont pas effectivement changé tant que cela : on n'est jamais loin de retomber dans l'animalité... Beaucoup de choses sont troublantes à l'heure actuelle, aussi bien en Autriche qu'en Tchétchénie. Ce qu'on croit être acquis se révèle en fait toujours fragile.

Parutions.com : Est-ce la morale de l'histoire dans cet album ?

Ptiluc : L'une d'entre elles ; une autre, située à la fin du livre, veut que nous n'ayons plus qu'à attendre et voir ce qui va se passer maintenant... Il nous est tellement impossible de faire marche arrière dans de nombreux domaines que l'homme est condamné à s'immobiliser et attendre. Les choses sont tellement mouvantes en ce siècle que la seule raison de vivre me semble d'être curieux de ce qui peut encore survenir désormais ! Je n'ai pas envie de vivre vieux, en ce qui me concerne, sauf pour cela.

Parutions.com : Il est amusant que vous reconnaissiez travailler en regardant la télévision car vous épinglez furieusement celle-ci !

Ptiluc : A la télévision, je ne regarde que les films et les documentaires historiques qui m'intéressent. Je me sers en fait de la télévision comme d'une radio. Comme si j'écoutais France Culture - même si c'est souvent ennuyeux - avec parfois la possibilité de regarder une image. Mais cela m'aide à me concentrer sur mon travail. A vrai dire, un gros album comme celui-là équivaut à une nouvelle de dix pages : ici, le vrai travail de création littéraire est limité. Il faut surtout s'atteler à l'ensemble des dessins et à toutes les recherches. Je fait souvent des livres très "verbeux" car c'est dans l'écriture du texte que je m'amuse le plus. En ce qui concerne le dessin, je tente de m'appliquer le plus possible mais je sais très bien que je ne suis pas Giraud! Cela dit, je voulais faire en sorte ici, en évitant de les affubler de costumes, que, tous comme les rats, les cochons restent des animaux.

Parutions.com : L'un d'eux ne porte ainsi qu'une médaille seulement...

Ptiluc : Il faut toujours qu'il y ait des détails : une médaille passe encore, mais une boîte de conserve sur la tête de de Gaulle, c'est déjà limite. A la rigueur les animaux peuvent détonner par leur dégaine, leur couleur de pelage mais aucun détail vestimentaire ne doit intervenir. Je veux qu'ils demeurent des bêtes car je ne supporte pas l'idée de faire du Mickey pour adultes ! Des humains à têtes d'animaux dans un univers humain, cela peut être très bien fait mais ça ne m'intéresse pas. Je préfère utiliser l'univers animal pour parler de l'homme : les rats sont dans des poubelles, ils ont des portées de dix petits et sont toujours victimes de surpopulation ; les cochons sont dans la boue, engraissés et tués à l'âge qu'il faut, et cela recommence.

Parutions.com : Pourtant, en vertu de la couleur rose, du paysage campagnard, des vaches qui les entourent, l'univers des cochons paraît plus gai que celui des "Rats" ? Même dans la crasse, on a l'impression qu'ils sont heureux !

Ptiluc : Oui, c'est un enfer paisible. Mais il a ceci de terrible que certains se demandent s'il va durer éternellement... Même lorsque l'un d'eux parvient à s'échapper de son corps terrestre, il ne parvient pas à quitter cet enfer tellement la technologie a isolé la Terre du reste du cosmos.

Parutions.com : Cela veut dire pour vous que la surinformation, les télévisions, le câble, le réseau Internet empêchent de penser et de réaliser sa liberté ?

Ptiluc : Je me méfie d'Internet car c'est à la fois une ouverture et une fermeture sur le monde. Tous les passionnés d'Internet sont en fait coupés du monde, enfermés chez eux, tout verts devant leur écran...

Paru.com : Finalement, La foire... est aussi un texte sur les dangers et les limites de toute communication. Les protagonistes lorsqu'ils se rencontrent font néanmoins toujours la foire - même si parfois ils en sont les victimes en se faisant étriper et manger - mais paraissent illustrer le fait que, la technologie laissée de côté, la vie est plus simple et meilleure.

Ptiluc : Sans vouloir cracher sur le progrès, le développement des communications qui transforment le monde à tous niveaux, il s'agit de ne pas devenir victime d'une technologie irréversible. Voyager permet de changer radicalement ses modes de pensée. Autrefois, on se déplaçait sur une distance maximale de 50 kms, ou on allait à la ville et on revenait chez soi en ayant parcouru 30 kms : c'était très moyen comme ouverture d'esprit ! Il s'est passé des choses étonnantes pour que le monde soit mieux. Mais en même temps tout est toujours tellement mal récupéré ! La télévision aurait pu être une invention fabuleuse capable de rendre tout le monde intelligent. Mais beaucoup de personnes n'ont pas intérêt à ce que les autres développent leur intelligence, donc il s'en sont servis pour faire l'inverse, ce qui est assez exaspérant !

Paru.com : Il y aurait donc une coalition des médias, du pouvoir et de la science qui s'arrangent pour que chacun reste à sa place et ne sorte pas de l'enclos où reste parqué le bétail ?

Ptiluc : Exactement. Le pouvoir ne conduit qu'à la catastrophe. Maintenant, les puissances financières décident de tout, y compris des hommes politiques qui vont être mis en place, puisque le leitmotiv est d'assainir. Mais comment mener une campagne électorale quand on ne dispose pas de moyens ? Certainement pas avec l'argent des partis, dont tout le monde se moque ! Personne n'achète plus une carte de parti, c'est un acte aussi désuet que ridicule ! Or officiellement, ce sont toujours ces partis qui sont censés financer les campagnes politiques. En fait, ce sont des capitaux extérieurs auxquels on fait appel : comme c'est interdit, cela suppose des entorses à la loi. Les politiques, de nos jours, sont les intermédiaires entre des puissances financières qu'on ne connaît pas et les gens. Et il ne faut voter pour eux qu'en fonction de ce rôle d'intermédiarité. Mais il ne s'agit pas de croire qu'ils vont pouvoir changer quelque chose car cela est impossible. Par exemple, la semaine de 35 heures constitue une excellente idée : on devrait travailler 20 heures et être moins payé. Mais il faudrait surtout que les loisirs ne soient pas toujours qu'une histoire d'argent. Quelqu'un qui dispose de "temps" aujourd'hui va acheter des babioles dans telle ou telle grande surface parce qu'il ne jouit pas de loisirs qui rendent moins crétin !

Paru.com : Tout cela semble bien utopique tout de même !

Ptiluc : Certes. Raison supplémentaire pour laisser ces "décideurs" errer encore, et les observer d'un oeil narquois...

Paru.com : C'est pourquoi vous montrez de manière pessimiste que les grand idéaux, les grandes idéologies ont du plomb dans l'aile.

Ptiluc : Je le concède. J'ai entendu un jour que Pol Pot a mis en application à la lettre au Cambodge une thèse qu'il avait présentée lorsqu'il a fait sciences-politiques ou une formation diplomante équivalente à Paris et pour laquelle il avait reçu des félicitations ! J'en tire la conclusion qu'il y a toujours un décalage énorme entre les théories et ce qu'est réellement l'humanité, c'est-à-dire une approximation de l'animalité. Les rescapés des camps de concentration ont bien raconté qu'ils se battaient pour ne pas devenir des animaux qui s'entretuent pour leur pitance.

Paru.com : D'où la question du clonage en fin de volume ?

Ptiluc : J'y vois un clin d'oeil à l'escalade technologique non-maîtrisée, qui continue de manière hallucinante à la fin du siècle : on voit des animaux qui sont nourris avec des cadavres.

Paru.com : Faut-il y voir une allusion au film Soleil vert (avec Charlton Heston) ?

Ptiluc : J'ai fait référence à ce film dans Variations, le tome 7 de "Pacush blues" : dans ce film, lorsque le héros découvre que les gens sont nourris à partir de pilules composées elles-mêmes des restes cadavériques de ceux auxquels on offre une belle mort, j'ai trouvé que c'était une belle idée. On est loin de l'horreur à ce moment-là. Car c'est mieux que mourir sur une bouche de métro en hiver ! J'ai traité dans Variations ce fait de nourrir autrui avec son propre bonheur au seuil de la mort comme anodin : quand les rats se rendent compte qu'il sont nourris avec les cadavres d'autres rats, ils passent à autre chose. Je m'étais alors contenté d'indiquer sur la machine à broyer les rats "Greensun brevet" en allusion à ce film que vous évoquez. Mais dans La foire..., ce n'est pas le cas puisque on est dans Soleil vert : les animaux sont vraiment nourris avec les cadavres d'animaux morts d'on ne sait pas quoi ! Un philosophe de l'antiquité a indiqué de manière prophétique que le jour où les herbivores seraient nourris avec de la viande, des changements terribles s'opéreraient. Personnellement, je ne crois à rien mais je m'inquiète de tout !

Paru.com : Mais alors, ceux qui prennent un peu de recul dans l'histoire, les vaches qui sont les sages de service, incarnent selon vous une conception de la sagesse comme une attitude purement contemplative : les philosophes n'agissent pas et ne sont donc que des ruminants ?

Ptiluc : Les cochons sont ceux qui ont voulu agir de manière non maîtrisée, désordonnée et mégalomane : ils se retrouvent dans l'enfer avec leur ancienne mentalité, ce qui requiert une certaine adaptation. Ce sont des "punis" qui ne cherchent pas à agir et demeurent humains en ce sens. Les vaches en revanche gardent toujours une distance. Lorsque je cherchais une chute, j'ai pensé à un moment donné que la rédemption pour Napoléon consisterait à naître en veau. Les vaches sont un modèle de sagesse car elle sont contemplatives, ne s'énervent jamais. C'est par leur distanciation qu'elles se rapprochent de la philosophie. Raison pour laquelle les hommes d'Etat devraient disposer de sages désintéressés à leur service : peut-on toutefois préserver un tel désintéressement dès lors qu'on est conseiller d'un chef d'Etat ? L'humain fait des progrès incroyables, mais il n'est pas au point.

Paru.com : Est-ce que vous vous êtes appuyé ici sur le texte de Platon, le "mythe d'Er le Pamphylien" dans la fin de la République, selon lequel chaque âme parvenue aux enfers et devant choisir ce en quoi elle va se réincarner est responsable de son destin ?

Ptiluc : Non, mais chacun peut interpréter mon texte avec ses références. Par exemple dans mon dernier album sur les "Rats", Frankenstein, j'ai élaboré tout un scénario avec l'eau, l'âme. Les religions viennent aussi d'un mélange d'interprétations et d'alchimie personnelle : que ce soit par mégalomanie ou inquiétude réelle, on n'arrive pas à croire qu'on ne soit là que pour redevenir ensuite du terreau. Là où les religions se sont trompées, c'est qu'elles ont toujours mis l'homme en avant. Alors qu'il importe de le mettre en phase avec tout le reste. Les manières qu'ont eu toutes les religions d'essayer de comprendre tout ce qui dépassait l'humain sont très intéressantes même si je n'ai envie d'adhérer à aucune d'elles. La religion bouddhiste est la plus subtile comme philosophie à mes yeux. Je malmène les papes dans mon texte dans la mesure où la religion catholique a fait des dégâts jusque très récemment. Cette éducation imprégnait les campagnes de manière négative : d'une certaine manière, la télévision a permis de sortir de cet obscurantisme. Mais la télévision a périclité ensuite, on a basculé de la messe du dimanche à du "gore". Transition trop brutale s'il en est.

Paru.com : Vous dénoncez cet atavisme de la brutalité propre aux hommes en épargnant d'ailleurs la femme ici...

Ptiluc : Depuis le début, y compris dans les "Rats", je veux que les femmes aient leur place ou le premier rôle. Qu'elles jouent un rôle tout du moins, car nous sommes une entité homme-femme. Comme les cochons ne sont que des chefs d'Etat réincarnés, la tâche est plus difficle.

Paru.com : Et Isadora Duncan, que vient-elle faire dans cet enfer ?

Ptiluc : En lisant les chroniques du siècle, j'ai vu qu'Isadora représentait une image importante des années 20, que c'était une Américaine amie avec Lénine et dont le destin tragique était lié à la voiture. Or la voiture est le symbole du développement technologique actuel, plus encore que le train ou la navette spatiale. Pour Isadora, la vie en cochon à la ferme n'est qu'un purgatoire : elle ne reste pas là longtemps. En tous cas, si une femme méritait de faire un petit tour dans cet enfer pour expliquer pourquoi les femmes n'y sont pas justement, c'était à elle de le faire. Plutôt que Mata-Hari, dont j'ai le sentiment qu'elle était en fait un bouc-émissaire qu'on a manipulé.

Paru.com : Aucune femme n'est donc une "cochonne" à proprement parler ?

Ptiluc : Les femmes n'ont pas cette espèce d'animalité qui caractérise l'homme. Le mâle est commandé par un sexe qu'il ne maîtrise pas, - aussi bien en positif qu'en négatif. Ce sera d'ailleurs le thème de mon prochain album sur les "Rats". La femme a une sexualité plus cérébrale que l'homme, ce qui explique sans doute qu'elle réclame moins de pouvoir bestial que l'homme.

Paru.com : La solution aux maux de l'humanité n'est-elle pas alors de laisser le pouvoir aux femmes ?

Ptiluc : Cela a dû exister il y a longtemps, mais les hommes ne veulent plus lâcher ce pouvoir de domination qu'ils détiennent désormais. Je ne veux pas sombrer dans le pseudo féminisme du pauvre hère qui prétendait que "la femme est l'avenir de l'homme", car ce n'est pas vrai, mais je dirais que la bêtise féminine, qui existe également, est toujours moins brutale que la bêtise de l'homme.

Paru.com : A contexte de déshumanisation égal, est-ce que la lecture de La ferme des animaux d'Orwell a joué un rôle dans cette élaboration de La foire ?

Ptiluc : Je savais que ce livre pour enfants, simpliste, parlait d'un cochon nommé Napoléon. J'ai donc consulté ce texte pour éviter de tomber dans le plagiat : j'aurais fait une référence, plus directe, à ce texte s'il me plaisait mais je ne l'ai trouvé qu'à moitié fascinant car le livre d'Orwell va beaucoup moins loin que j'espérais.

Paru.com : Il faut dire que 1984 écrit quelque temps plus tard a permis à Orwell de rattraper le temps perdu... Mais vous êtes aussi pessimiste que lui !

Ptiluc : Je vous l'accorde. Je rajouterais toutefois que je suis aussi curieux que pessimiste. Ce qui veut dire que je crois que tout est possible. C'est un peu sur le modèle d'Internet : voilà une belle technologie qui devient de la vente par correspondance où le sexe et l'argent se disputent le marché, comme d'habitude. Les outils permettant de réaliser un monde meilleur sont là, mais il loin d'être évident que le meilleur advienne. Je crois qu'il nous faudrait à tous un vrai Tchernobyl géant : sauverait alors l'humanité le fait qu'il devienne rentable de dépolluer. J'imagine Paris de plus en plus pollué avec un des gros groupes gouvernant la planète (EDF, Total Fina) qui créerait une deuxième tour Montparnasse, lieu d'une machine à dépolluer. Cela donnerait bien plus de pouvoir que l'énergie habituelle d'EDF, car si on coupe cette machine, tout le monde tousse ! Dans ce scénario digne de la SF, on aurait faire à une force plus grande qu'EDF, au pouvoir absolu !

Paru.com : Voilà une bonne idée pour un prochain album...

Ptiluc : J'ai fait un "Rats" SF avec Variations : de toutes façons, ce que je fais avec des animaux, je pourrais le faire avec une peuplade de personnages bizarres d'une galaxie lointaine. Il s'agirait toujours d'une caricature de l'humanité. Les thèmes mystico-prophétiques regorgent dans la SF. Un bon chercheur est une personne qui a un imaginaire développé. Ce qu'on fait de moins en moins en regardant TF1 ! La télévision a été inventée par des gens qui lisaient beaucoup et elle est regardée dorénavant par des personnes qui ne lisent plus de livres. Or on trouve pléthore d'idées intéressantes dans les livres car c'est encore le seul domaine où l'on peut se permettre de ne pas être rentable.

Paru.com : Justement, quel sont vos prochains projets pour l'avenir ?

Ptiluc : Je ne laisserai jamais tomber Pacush Blues, même si je lance une nouvelle série "Rats". Le prochain Pacush sera écrit comme un thriller, ce que je n'ai jamais fait. Et le thème concernera les rapports mâle/femelle comme je vous l'indiquais tout à l'heure. Le sexe chez les rats !

Paru.com : Et si vous deviez revenir sous la forme d'un cochon, lequel serait-ce ?

Ptiluc : Cela ne risque pas de m'arriver : je ne serai jamais homme d'Etat.


Frédéric Grolleau
( Mis en ligne le 21/02/2000 )
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