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Questions à Jean-Loup Izambert
Entretien avec Jean-Loup Izambert - Le virus et le Président. Enquête sur l'une des plus grandes tromperies de l'Histoire, IS Editions, Décembre 2020


Jean-Loup Izambert & Claude Janvier, Le Virus et le Président. Enquête sur l'une des plus grandes tromperies de l'Histoire, IS Editions, Décembre 2020, 268 p., 20 €
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Parutions.com : Pouvez-vous nous dire en quelques mots quel a été votre parcours, pour que le lecteur comprenne mieux votre angle d'attaque ?

Jean-Loup Izambert : J’ai fait mes études secondaires dans l’agriculture en travaillant à la ferme ce qui m’a permis d’acquérir un savoir faire certain pour retourner les litières de la grande finance après m’être fait la main avec celles des vaches. Etudes supérieures à Paris à l’Ecole des Hautes Etudes Sociales, des Hautes Etudes Internationales et l’Ecole supérieure de journalisme. J’ai choisi le métier de journaliste car je souhaitais exercer une profession dans laquelle on doit mettre régulièrement ses connaissances à jour, apprendre toujours et faire partager au grand public les choses complexes, principalement de l’économie et de la finance qui sont au cœur de l’activité humaine. J’ai travaillé dans différents métiers de la presse, du secrétariat de rédaction à l’enquête en passant par le reportage et des rédactions en chef. Par ailleurs, j’ai également travaillé comme conseil en communication de collectivités territoriales, de PME-PMI et de grands comptes. Cet autre métier m’a permis de financer mes enquêtes au long cours. En France, les journaux avancent rarement les frais lorsque vous travaillez sur des affaires sensibles. Or, certaines enquêtes se déroulent parfois sur plusieurs mois, voire plusieurs années, et exigent parfois des déplacements et séjours à l’étranger. J’ai travaillé pour des titres très divers comme le mensuel économique et financier du groupe Les Echos, L’Humanité et son hebdomadaire, VSD du temps où, sous la direction de François Siegel, l’enquête y avait encore une place, PME Affaires. J’ai également collaboré avec des médias étrangers allemands, russes, finlandais, anglais et italiens. Les difficultés pour publier mes enquêtes dans la presse m’ont aiguillé vers le livre. Ma rencontre avec Harald Benoliel, fondateur de IS Edition, m’a permis de continuer de publier mon travail aux côtés d’auteurs très différents. Une fois les manuscrits acceptés par le comité de lecture, dans cette petite structure souple et réactive l’auteur peut devenir aussi force de proposition en étant associé aux différents moments de fabrication et de promotion du livre. Cette coopération continue depuis 2015 dans une confiance réciproque a façonné un tandem auteur-éditeur véritable «militant du Livre».

Parutions.com : Dans Crimes sans châtiment et les deux tomes de 56, vous émettez de graves accusations à l'encontre de dirigeants politiques et de grands patrons de sociétés transnationales dans la déstabilisation des pays au Moyen-Orient dont la Syrie par l'intermédiaire des Frères musulmans et d'autres organisations.  Vous mettez en cause une politique économique européenne via les Etats-Unis non seulement pour déposséder les pays de leur souveraineté, mais pour financer le terrorisme (prétendument dénoncé) afin de piller des ressources au Moyen-Orient. Pouvez-vous résumer succinctement l'objectif ?

Jean-Loup Izambert : L’objectif est décidé par les centres politiques et économiques impérialistes de Washington. Il s’agit pour eux d’imposer leurs normes au monde : normes culturelles, financières, économiques, politiques. Depuis leur fondation le 4 juillet 1776, les Etats-Unis ont consacré plus de 95% de leurs 245 années existence à faire la guerre aux peuples du monde. Pourquoi ? Pour la démocratie ? Pour la liberté ? Pour la paix ? Rien de tout cela ! La suite de ces guerres montre qu’il s’agit de prétextes pour habiller leurs crimes de vertus. Partout où Washington a déclenché des guerres, les peuples n’ont connu que le pillage de leurs richesses, le massacre de leur culture, la perte de leur souveraineté, la destruction de leur pays, le chaos. Voyez l’Afghanistan, l’Irak, la Yougoslavie, la Libye, l’Ukraine, des pays d’Amérique centrale ou du sud, le Liban où les services de renseignements anglo-saxons s’affairent actuellement à déstabiliser le gouvernement… Il faut bien comprendre le mental de ces milieux impérialistes. Leurs dirigeants n’acceptent pas l’idée d’un monde multipolaire et continuent de concevoir les relations internationales en termes de domination des États-Unis sur le reste du monde, y compris de leurs alliés de l’OTAN. Lors d’une conférence prononcée en 1997, Ralph Peters, spécialiste du renseignement étasunien et alors membre d’un groupe de réflexion («think tank») au nom évocateur de «Projet pour un nouveau siècle américain» («Project for the New American Century»), estimait vital pour les États-Unis d’intensifier les guerres pour assurer leur domination : «Le rôle imparti de facto aux forces des États-Unis consistera [dans le futur] à tenir le monde pour la sauvegarde de notre économie et ouvert à notre assaut culturel. À ces fins, nous devrons commettre un bon paquet de massacres». Ces propos ne sont pas ceux d’un illuminé qui a éclusé quelques caisses de whisky pour oublier qu’il habite le premier pays occidental du crime organisé, mais celui d’un porte-parole de l’un des principaux cercles de réflexion proche de la Maison-Blanche. Vous connaissez la suite… Ce sont les mêmes qui défendent ardemment depuis des décennies les programmes de fabrication d’armes biologiques offensives à coups de milliards de dollars. Il s’agit d’armes bien plus dangereuses que le simple SRAS-CoV-2. Ils n’ont pas hésité à utiliser certaines d’entre elles contre des peuples, notamment contre Cuba pour tenter de renverser le gouvernement en provoquant des épidémies et le sabotage de productions. Cela étant dit les Etasuniens ne font qu’occuper le vide en exploitant la lâcheté et la servilité des atlantistes de l’Union dite «européenne».

Parutions.com : Votre documentation et votre travail sont impressionnants. Quels ouvrages vous ont-ils inspiré ? Vous faites référence à Richard Labévière entre autres. Combien de temps cela a-t-il nécessité ?

Jean-Loup Izambert : Pour mettre à nu la réalité des faits, il faut du temps, parfois des années. Par exemple, mon enquête sur les complicités entre des dirigeants français et des groupes terroristes commence par un fait divers au début des années 1990 en région parisienne. J’ai continué celle-ci durant trois années. Puis, je l’ai poursuivie régulièrement, par périodes en fonction de l’actualité. Sans y consacrer tout mon temps mais en jetant un regard sur l’évolution de ces liaisons dangereuses au-travers des activités de dirigeants de groupes criminels, de politiciens, de sociétés et de divers réseaux. Les mêmes individus se croisent dans un étrange ballet pour préparer ce que les médias occidentaux ont appelé «le printemps arabe». En réalité celui-ci a été piloté par les services de Washington avec la complicité de dirigeants d’Europe occidentale, principalement d’Angleterre et de France avec l’appui de leurs valets du golfe Persique. Le même schéma vaut pour la guerre contre la Libye puis contre la République arabe syrienne. Pour mener de telles enquêtes, le terrain est la priorité. C’est la raison pour laquelle quatorze années plus tard je suis passé des cités de banlieue parisienne au Maroc, de 2007 à 2013 environ. Ce pays est alors, avec la Turquie et la Tunisie des Frères musulmans lorsqu’ils seront au pouvoir, l’une des principales plaques tournantes des filières de recrutement de «combattants» pour renverser le gouvernement libyen puis syrien. C’est sur le terrain que se terrent les faits et c’est là, en vivant avec les gens, en observant, en suivant ces filières que l’on apprend beaucoup. Mais ce travail doit être complété par de la recherche documentaire, l’avis d’autres journalistes et de professionnels de toutes spécialités travaillant sur le domaine d’enquête. Avec ce métier, on prend vite conscience que la vie est courte, très, très courte.

Parutions.com : Comment interprétez-vous alors les attentats qui ont eu lieu à Paris notamment ? Comment les penser ? Une nouvelle stratégie de la tension ?

Jean-Loup Izambert : Les attentats qui ont eu lieu à Paris ne sont que l’une des conséquences de la politique d’instrumentalisation de groupes criminels par les occidentaux, principalement Washington, Londres et Paris. Les dirigeants français ont cru pouvoir utiliser ces groupes pour répandre la terreur, la mort et le chaos dans plusieurs pays. Ils ont fait d’eux tantôt «des combattants de la démocratie», tantôt une «opposition modérée». Mais lorsque des groupes de la même mouvance idéologique échappent à leur contrôle et tuent en Occident, ceux-ci deviennent subitement des «méchants terroristes». C’est un jeu très dangereux dont la partie n’est pas achevée même si les médias sont d’un silence religieux sur les événements qui se déroulent aujourd’hui en Libye, en République arabe syrienne ou dans d’autres pays d’Afrique et du Proche Orient.

Parutions.com : Comment expliquez-vous alors le retournement de ces terroristes commettant des attentats en France ou ailleurs alors qu'ils ont été aidés par les gouvernements occidentaux ?

Jean-Loup Izambert : Plusieurs raisons expliquent ce retournement. Certains d’entre eux, de la même mouvance idéologique religieuse, n’ont pas eu toutes les armes qu’ils attendaient de leurs souteneurs occidentaux. Ceux-ci espéraient pouvoir ouvrir à partir de la République arabe syrienne un nouveau foyer de tension au Proche Orient comme les Etats-Unis et l’OTAN leur ont permis de la faire en Afghanistan, en Irak et dans d’autres pays. Mais la coopération de l’armée russe et du Hezbollah avec le peuple et l’armée syrienne ont réduit à néant leurs ambitions. Ils y croyaient d’autant plus que Washington, Londres et Paris n’ont eu de cesse depuis la fin des années quatre-vingt de leur apporter un soutien politique, diplomatique, y compris à l’ONU, financier, logistique et militaire avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Jordanie et Israël. C’est notamment ce que je prouve dans les deux tomes de 56, en décrivant le jeu de dirigeants français avec des dirigeants de ces groupes criminels. L’accord tacite est : vous nous permettez d’accéder au pouvoir et nous remboursons la dette que nous vous devons en vous permettant d’accéder aux richesses du pays (pétrole, gaz, minerais précieux, agro-alimentaire, richesses archéologiques, etc.). Voyez ce qui se passe dans les pays du Maghreb et dans d’autres pays des continents africain et américain. Il ne faut jamais oublier que pour l’oligarchie financière, l’important dans un conflit n’est pas la vente d’armes ou de matériels de toutes sortes mais la dette que va générer ce conflit. Elle en demandera le remboursement aux acteurs qu’elle met en scène pour semer le chaos afin d’accroître son enrichissement et cela se négocie dans la plupart des cas avant l’ouverture du conflit. Après l’échec de plusieurs tentatives de coups d’Etat en Syrie, les parrains occidentaux de ces criminels, principalement Washington, Londres et Paris, ont compris qu’ils allaient vers une situation très dangereuse en continuant leur guerre contre le Proche Orient sous cette forme. Par ailleurs, les services de renseignement occidentaux ne contrôlent pas tous les groupes avec lesquels des dirigeants occidentaux continuent d’endeuiller des régions entières. Rien ne dit que certains d’entre eux ne se retourneront pas demain contre des Etats impérialistes de l’Occident.

Parutions.com : Que pensez-vous d'une telle politique, notamment avec une immigration massive ? Que voyez-vous à l'oeuvre ? Y'a-t-il une concurrence entre bourgeoisie de droite et bourgeoisie de gauche à cet égard dans les discours tenus ?

Jean-Loup Izambert : La bataille entre bourgeoisie de gauche et de droite est sans importance. Toutes deux s’accrochent à leurs privilèges et sont les tenants d’un même système, le capitalisme. Concernant les migrants, comme je le montre dans mon enquête publiée sous le titre Trump face à l’Europe, il s’agit de déportations massives de populations voulues par des dirigeants atlantistes de l'Union «européenne». La Direction du renseignement militaire (DRM) qui pratique la géo-intelligence est alors parfaitement informée d’où viennent les migrants, comment ils sont recrutés, où ils sont parqués dans des camps en Libye, en Turquie et au Kosovo avant d’être acheminés en Europe par des passeurs. La DRM informe régulièrement par des notes les autorités militaires et politiques. Ces dernières savent donc très bien qui fait quoi et visiblement, ces trafiquants d’êtres humains de la filière Méditerranée ou des Balkans ne gênent pas les donneurs de leçons de droits de l’Homme occidentaux. C’est pour les capitalistes cette «armée de réserve du Capital» dont parlait Karl Marx qui sert à diviser le monde du travail et à combattre les conquêtes sociales. Du reste le président Macron n’a pas caché la participation active du gouvernement français à ces opérations. Alors qu’il visitait un centre de demandeurs d’asile à Orléans, le 27 juillet 2017, il a déclaré que «l'idée est de créer en Libye des hotspots afin d'éviter aux gens de prendre des risques fous alors qu'ils ne sont pas tous éligibles à l'asile. Les gens, on va aller les chercher. Je compte le faire dès cet été». Voilà l’idée : aller chercher les gens qui ont tout perdu - famille, maison, services publics, industries, commerces, emplois - après que les Etats-Unis et l’OTAN aient bombardé leur pays et que les sociétés transnationales y aient répandu la misère en accaparant leurs richesses. Une vraie sélection sur le tas entre bons et mauvais, entre ceux qui «sont éligibles» et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui sont encore exploitables et ceux qui sont vraiment foutus ! Il n’y a donc aucune concurrence entre ces bourgeoisies dont la préoccupation principale est d’assurer la survie du capitalisme en voie d’implosion.

Parutions.com : Que pensez-vous de l'assimilation entre l'islamisme en général et la mouvance des  Frères musulmans ?

Jean-Loup Izambert : C’est une erreur. Si les organisations de la nébuleuse des Frères musulmans, organisations sunnites, sont nées de la volonté de lutter contre la misère et le colonialisme dans les années 1930-1940, la plupart de leurs dirigeants sont très vite devenus des collaborateurs des puissances impérialistes, principalement de l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale puis des Etats-Unis. Ils sont de toutes les guerres occidentales contre le monde arabe. Leur discours de propagande est vite anéanti par la réalité de leur politique lorsqu’ils accèdent au pouvoir après que les Etats-Unis et certains de leurs «alliés», dont la France, leur ont fait la courte-échelle comme cela s’est passé en Tunisie ou en Egypte. La plupart des dirigeants des Frères musulmans ne sont en rien des libérateurs du monde arabe mais les idiots utiles des guerres de Washington contre leurs peuples. En Syrie, par exemple, ils ne se battent pas pour repousser l’agression occidentale mais sont, bien au contraire ses principaux partenaires dans leur tentative, vouée à l’échec, de renverser le président syrien. Ce qui est grave au plan politique c’est de voir les dirigeants français, au-delà de leurs crimes d’agression, faire perdre en plus à la France, pays après pays, les liens politiques, culturels, économiques qu’elle avait mis des années à construire sous la présidence du général De Gaulle.

Parutions.com : Dans Le Virus et le président, avec votre ami Claude Janvier, vous critiquez la gestion de la crise sanitaire au profit de grands groupes pharmaceutiques. Pensez-vous qu'il y ait un rapport entre la gestion de la crise sanitaire et ce que vous disiez dans Crimes sans châtiment et les deux tomes de 56 ?

Jean-Loup Izambert : Oui, dans les deux cas, celui de l’agression contre la Libye et la République arabe syrienne, pour ne prendre que ces exemples, et celui de la crise sanitaire, il s’agit à chaque fois pour les dirigeants au pouvoir de favoriser les intérêts privés des grands propriétaires privés de la finance et de l’économie contre l’intérêt général des peuples.

Parutions.com : Dans ce livre, vous semblez remettre en cause le terme de libéralisme par rapport à sa définition habituelle...

Jean-Loup Izambert : Ce que certains appellent le libéralisme n’est rien d’autre qu’un costard pour faire propre du capitalisme. Le mot «libéralisme» sous-entend vaguement l’idée de «liberté» sans que l’on sache trop de quoi il s’agit si ce n’est la liberté pour les grands possédants de continuer leur prédation économique et sociale. Généralement, ceux qui emploient ce mot n’aiment pas que l’on parle de capitalisme et de souveraineté nationale. Dans ce cas vous désignez un système qui est celui des grands propriétaires privés des principaux moyens de financement, de production et d’échange. Je pense qu’il faut appeler un chat un chat.

Parutions.com : Ne trouvez-vous pas qu'il y a une étrange conjugaison du terrorisme et du sanitaire ?

Jean-Loup Izambert : Vous oubliez la campagne sur le réchauffement climatique entre temps… Il ne faut pas voir un complot qui serait organisé par un groupe mondialiste dans cette succession de faits. Ce sont simplement des événements que produit le capitalisme dans sa crise à ce stade de développement qui est l’impérialisme. Ce système ne peut plus accepter la moindre parcelle de démocratie. Il est évident que l’une des conséquences de ces événements est la peur qu’elle produit dans les populations. Celle-ci est amplifiée par le pouvoir et les médias qui sont la propriété de milliardaires afin que les gens se tiennent tranquilles, ne contestent pas les décisions politiques et, au final, acceptent la perte de libertés et la crise comme quelque chose d’inéluctable. C’est ce à quoi nous avons assisté avec l’utilisation du terrorisme. Cela appert encore plus fortement avec la crise sanitaire car elle touche tout le monde au quotidien. Les médias n’ont fait, pour reprendre l’expression du général Dalawarde, que de fabriquer cette «véritable hystérisation de l’opinion publique» initiée par le pouvoir politique. Pour enquêter sur la fabrication d’armes biologiques et virales offensives dans des centres de recherches de l’armée des Etats-Unis, je peux vous dire que ceux-ci, au mépris de la Convention sur les armes biologiques (CABT) de 1972, travaillent actuellement à mettre au point des armes encore plus dangereuses que ce coronavirus SRAS-CoV-2. Ils n’ont du reste pas hésité à tester certaines d’entre elles dans le métro de New York en juin 1966 ou à en utiliser d’autres contre des peuples. Plusieurs attaques ont ainsi eu lieu contre Cuba avec l’objectif de renverser le gouvernement en sabotant des productions et en déclenchant des épidémies. Au stade de l'impérialisme, le capitalisme ne peut plus survivre que par une violence exacerbée, de la surexploitation des populations à la guerre en passant par le contrôle des individus.

Parutions.com : Quelle solution pensez-vous possible dans l'avenir pour enrayer une telle oligarchie libérale ?

Jean-Loup Izambert : Bien sûr, le peuple a des ressources formidables. Trouvera-t-il les forces et l’imagination pour barrer la route au capitalisme et passer à un stade supérieur de démocratie qu’appellent le développement des sciences et des techniques ? C’est une autre affaire. Il faut pour cela une organisation qui formule des propositions de rupture avec la domination de la grande finance dans l’appareil d’Etat, que le politique remette l’économie au service de l’intérêt général. Or, en l’état actuel, cette force n’existe pas et tous les partis, conservateurs et réformistes, bloquent le pays dans un conformisme destructeur et le glacis du bloc de l’Union dite «européenne». La France ne peut retrouver la maîtrise de son avenir sans retrouver la maîtrise de ses décisions politiques, financières, économiques et sociales c’est-à-dire sans sortir du carcan de l’Union «européenne». Il faut lui substituer une Europe des peuples et de la coopération qui manque encore de visibilité. Changer de cap politique, mettre en chantier une démocratie avancée, démocratiser la Constitution et la société est un processus qui ne peut être enclenché que par la mobilisation majoritaire et consciente du peuple sur des objectifs clairs de rupture avec ce système.

Parutions.com : Ne pensez-vous pas, comme l'avait vu Jean Baudrillard, que cette oligarchie libérale apatride a pour but de s'étendre au monde par n'importe quel moyen notamment par le transhumanisme ?

Jean-Loup Izambert : Cela est déjà en cours mais ce n’est que l’expression de l’impérialisme, stade suprême du développement du capitalisme. L’oligarchie capitaliste, même si elle ne connaît pas de frontières, est organisée au niveau national, en France principalement avec l’organisation patronale Medef, et au niveau international au-travers de différentes structures dans lesquelles ses acteurs se rencontrent. Pour ce qui est du transhumanisme, si les progrès de la biologie et de l’intelligence artificielle permettent des avancées technologiques importantes dans de nombreux domaines, ce mouvement est dominé par la grande finance et les sociétés transnationales. Elles créent ce que Yves Frégnac, directeur de directeur de l’Unité de neuroscience, information et complexité du CNRS, appelle une «économie des promesses». Comme le disent les neuroscientifiques Jean Mariani et Danièle Tritsch, «il ne s’agit pas de refuser d’emblée les implants intracérébraux, la thérapie génique, les prothèses bioniques ou la sélection des cellules souches, mais de rester vigilants quant au rôle systémique des usages qui en sera fait». Encore une fois, la question posée est de remettre les avancées techniques et scientifiques au profit de l’intérêt général et cela passe par de nouvelles formes de propriété économique et de gestion.

Parutions.com : Où en est-on maintenant ? Que pressentez-vous de la situation actuelle concernant l'avenir ?

Jean-Loup Izambert : La situation actuelle est le résultat de la fin de vie du système capitaliste. Ce mode d’organisation politique et économique empêche aujourd’hui les peuples de profiter pleinement des avancées scientifiques et technologiques et des richesses qu’ils produisent. Plus l’oligarchie financière voit son hégémonie menacée ou même simplement entravée, plus elle recourt à la violence pour accroître son enrichissement et protéger ses privilèges. La décadence de l’Occident s’est accélérée à partir des années quatre-vingt dix, époque où les communistes soviétiques ont décidé de passer à un stade supérieur dans la lutte idéologique. Le «rideau de fer» était confortable pour l’oligarchie financière occidentale : leur l’ennemi – le socialisme - était identifiable géopolitiquement et cette barrière empêchait l’Europe de se retrouver du détroit de Béring à la mer d’Irlande. De plus, les forces socialistes en Union soviétique devaient se débarrasser d’une nomenklatura qui avait réussi à confisquer plus ou moins le pouvoir au détriment des soviets, base de la démocratie politique et économique instaurée en Russie par la révolution socialiste d’octobre 1917. Il fallait donc à la fois créer les conditions d’un passage à un stade supérieur de démocratie au plan interne, quitte à réintroduire une «dose de capitalisme» dans la société pour briser la stagnation des dernières décennies, et créer les conditions d’une future coopération des peuples d’Europe à long terme tout en affaiblissant les forces impérialistes. Georgy Arbatov, conseiller politique de plusieurs dirigeants du Parti communiste d’Union soviétique, spécialiste en relations internationales et fin connaisseur de l’Amérique du Nord, rencontrant en 1987 des représentants de l’Administration étasunienne, les avait avertis en une petite phrase des grands bouleversements en préparation dès cette époque : «Nous allons vous rendre le pire des services : nous allons vous priver d’ennemi !». Pour comprendre cela, il faut avoir à l’esprit que le socialisme ne se construit pas par décret et qu’il faut des décennies pour faire avancer les choses dans le sens de la démocratie, de la paix et de la coopération entre les peuples. Des choses formidables se passent depuis le début des années 2000 autour de l’Organisation de la coopération de Shanghai (OCS), qui permettent aux peuples de coopérer sur des projets allant dans ce sens avec des Etats aux régimes politiques différents. Concernant l’Occident, la question de son avenir appartient en dernier recours à ses peuples. Soit ils font le choix d’une rupture avec la domination de la finance sur la société pour remettre l’économie au service de l’intérêt général, soit ils continuent de s’appauvrir en passant leur temps à confier le pouvoir aux mêmes représentants de l'oligarchie financière fauteurs de crises et de guerres. Dans ce dernier cas, ils sont condamnés à l’effondrement avec une poursuite du processus de concentration des richesses à un pôle de la société et une concentration des difficultés, de la misère et de la pauvreté pour le plus grand nombre à l’autre pôle. C’est ce à quoi nous assistons actuellement en voyant des pouvoirs politiques utiliser la crise sanitaire pour masquer la crise économique et financière dont ils sont responsables. C’est ce que nous démontrons dans Le Virus et le président. Dans son adresse au Forum de Davos à la fin du mois de janvier, le président Poutine a souligné que «les institutions internationales s'affaiblissent, les conflits régionaux se succèdent et le système de sécurité mondiale se détériore». Observant que «la mondialisation a entraîné une augmentation significative des revenus des grandes entreprises multinationales, principalement américaines et européennes», il a souligné que «là encore, en termes de bénéfices des entreprises, qui s'est emparé des revenus ? La réponse est claire : un pour cent de la population. Et que s'est-il passé dans la vie des autres ? Au cours des 30 dernières années, dans un certain nombre de pays développés, les revenus réels de plus de la moitié des citoyens ont stagné, pas augmenté. Pendant ce temps, le coût des services d'éducation et de santé a augmenté. Savez-vous de combien? Trois fois ! En d'autres termes, des millions de personnes, même dans les pays riches, ont cessé d'espérer une augmentation de leurs revenus. En attendant, ils sont confrontés au problème de savoir comment se maintenir en bonne santé et ceux de leurs parents et comment offrir à leurs enfants une éducation décente». Dressant un constat de la situation mondiale, Vladimir Poutine a estimé qu’«il est très important d'évaluer honnêtement la situation, de se concentrer sur des problèmes mondiaux réels plutôt qu'artificiels, sur l'élimination des déséquilibres qui sont critiques pour l'ensemble de la communauté internationale». Même si la situation peut évoluer de manière totalement imprévisible et incontrôlable, il y a des indicateurs positifs, des signes d’espoir dans la coopération entre les peuples pour la paix et un développement économique et social harmonieux. Nombre de pays membres de l’OCS en font la démonstration. C’est ce mouvement qu’il faut amplifier. Mais celui-ci ne peut prendre toute sa dimension qu’en bannissant les idées reçues, en dégageant les vieilles mentalités conservatrices accrochées à leurs vieilles idées et à leurs vieilles institutions des centres de pouvoir pour mettre avec imagination l’économie au service de l’intérêt général.

Parutions.com : Vous critiquez la censure dont vous faites l'objet concernant vos investigations et il est étonnant que vos accusations ne soient pas remises en cause. Avez-vous fait l'objet de pression ou de procès visant à vous faire taire ?

Jean-Loup Izambert : La censure est l’hommage rendu aux «journalistes indésirables», pour reprendre l’expression de mon confrère journaliste d’investigation allemand Günter Wallraff, par ceux qui fuient la confrontation des idées et se meurent comme des reclus dans leurs idées reçues. Je dérange sans doute les messes de ce clergé médiatique parisien qui dit le bien et le mal et lui confère sa légitimité mais c’est le rôle de tout journaliste sauf à vouloir servir de service communication du pouvoir, quel qu’il soit. Les faits que je rapporte aux lecteurs sont systématiquement sourcés, prouvés et je publie même le plus souvent une partie des preuves collectées lors de mes enquêtes. Il en est de même pour Le Virus et le président pour lequel j’ai travaillé avec l’écrivain polémiste Claude Janvier. La censure vous fait vivre parfois des moments assez comiques. Par exemple, lorsque j’ai publié Le Crédit Agricole hors la loi ? en 2001. Les dirigeants de la banque ont fait interdire le livre à la diffusion jusqu’à l’entrée en Bourse du groupe bancaire par un référé. Le magistrat n’a pas hésité à écrire que «quel que soit le contenu de ce livre sur lequel nous ne pouvons nous prononcer faute de sa production, la parution en pleine période de préparation à l’introduction en bourse (…) est de nature à porter une atteinte grave à l’image et à la réputation de cette société». Donc, fait assez remarquable dans les annales de la justice française, le juge et ses conseillers n’ont pas lu le livre «faute de sa production» mais l’interdisent au prétexte qu’il porterait atteinte à l’image de la banque. Les journalistes français doivent donc sans doute écrire leurs enquêtes en fonction du calendrier des banques et de leurs opérations boursières afin de ne pas porter «une atteinte grave à leur image». Les conseils de la banque savaient que j’avais d’autres preuves que celles que je produisais sur le curieux montage financier d’introduction en Bourse et ont préféré faire citer la maison d’édition avec laquelle ils pensaient, si nécessaire, pouvoir négocier. Ils n’avaient pas tort car, très curieusement, les Editions Carnot n’ont pas fait appel de cette décision de référé alors que cette procédure aurait donné une actualité brûlante supplémentaire au livre. La première chaîne de la télévision russe fit un très bon reportage sur mon enquête qui fût diffusé après le journal télévisé du soir et Le Crédit agricole hors la loi ? sera édité en russe. Je raconterai la suite qui est assez cocasse dans un ouvrage auquel je réfléchis sur mon demi-siècle de journalisme. De même, avec les deux tomes de 56, j’ai fait la démonstration et prouvé par la publication de documents inédits et inaccessibles au public que des dirigeants français, au plus haut niveau de l’Etat, soutenaient des groupes criminels. Aucun média national ou régional n’a relayé ces informations, exception faite d’Afrique-Asie, de La Dépêche du Midi, de TVLibertés, et du Centre de recherche sur la mondialisation. Je remercie les lanceurs d’alerte de nombreux sites Internet et de médias étrangers qui se sont emparés de 56 pour rendre public leur contenu. Aujourd’hui nous voyons des vidéos d’interviews que nous donnons sur Le Virus et le président dans lesquelles nous mettons en cause la politique gouvernementale de santé et les vaccins ARNm inachevés censurées par YouTube. L’émission réalisée avec les journalistes de Radio Sud ? Censurée ! La nouvelle chaîne Internet Akina d’Inform’Action ? Censurée ! TVLibertés ? Censurée ! Alors les pressions, les menaces de mort, la censure cela veut surtout dire que vous êtes en bonne voie et que vous avez touché un point sensible que le pouvoir, économique ou politique, cherche à dissimuler. Cela étant dit, démonstration est faite que la filiale de Google censure les informations qui lui déplaisent. Il est évident que les créateurs et gestionnaires de sites qui veulent diffuser librement des contenus ne peuvent le faire au-travers de Google et de sa filiale YouTube. Ces sociétés, comme d’autres sociétés étasuniennes tels Whatsapp ou Facebook, censurent, captent et se partagent les données de leurs utilisateurs. C’est pourquoi ceux qui veulent créer des sites Internet et protéger leurs contenus devraient plutôt recourir à d’autres outils informatiques aussi performants et beaucoup plus sûrs comme RuTube (www.rutube.fr et www.rutube.ru), Tubbydev (www.tubbydev.net qui n’est pas hébergeur), Telegram (www.telegram.org) ou Yandex (www.yandex.com).

Parutions.com : Quels sont vos prochains essais ?

Jean-Loup Izambert : J’ai un autre ouvrage en cours avec Claude Janvier sur la guerre sourde menée par les centres de pouvoir politique, financier et économique étasuniens contre la France. Celui-ci s’ouvrira par la saga des vaccins géniques expérimentaux de la transnationale pharmaceutique Pfizer, de la Commission européenne au bureau du Premier ministre Castex. J’ai également d’autres ouvrages sur le feu : l’un sur les dessous de l’Union «européenne», un autre sur les armes biologiques offensives de l’armée US, un autre sur les «amitiés franco-terroristes», un autre encore sur une biographie originale de ma famille et un autre sur mon demi-siècle de journalisme qui m’a donné l’occasion de croiser des personnages passionnants. J’ai également envie de porter 56 à l’écran ainsi que plusieurs personnes me l’ont déjà suggéré mais c’est un autre travail. Il faut travailler ces sujets en fonction de l’actualité pour placer le livre dans un courant. Comme je vous le disais, avec ce métier la vie paraît très courte.

Parutions.com : Connaissez-vous The international de Tom Tykwer sorti 2009 ? Avez-vous un film à recommander et qui serait instructif par rapport à ce que vous dites ? Voire des ouvrages à recommander ?

Jean-Loup Izambert : Oui, bien sûr, L’Enquête (The International) est un excellent film. Je vais sans doute vous surprendre mais vous avez aussi le film Bodyguard, de Jed Mercurio. C’est à mon avis l’un des rares films qui, sans prétention de démonstration politique compliquée, montre bien comment s’entrecroisent les liens entre pouvoir politique, groupe terroriste et grand banditisme. Vous avez également, parmi de nombreux films, Pentagon Papers du réalisateur Steven Spielberg, Spotlight de Tom Mc Carthy, State of play de David Yates ou encore Snowden, Nous sommes tous sur écoute d’Oliver Stone et bien d’autres. Dans un genre différent, je citerai la série française Engrenages. J’ai apprécié cette série car elle rend bien la vie difficile des policiers de terrain que j’ai côtoyés lors de mes enquêtes sur des réseaux terroristes. Ceux-ci sont parfois confrontés à une vie de couple ou familiale chaotique par le fait qu’il arrive souvent que l’enquête s’empare de leur quotidien. De même les rapports conflictuels entre services de police, avec une hiérarchie bien souvent plus préoccupée de satisfaire des intérêts politiciens que de relayer la réalité sociale comme avec la magistrature debout couchée devant les mêmes intérêts y sont décrits comme peu de scénaristes et réalisateurs ont su le faire. Aussi, sans doute est-il dommage que le politique y reste un peu trop à l’écart à l’opposé de ce qu’à su faire Jed Mercurio avec Bodyguard. Côté livres j’ai une foule d’ouvrages à recommander bien sûr mais je pense surtout, pour des raisons différentes, à La Fabrication du consentement de Noam Chomsky et Edward Herman (éd. Agone, Contre-feux), Les Journalistes, Monographie de la presse parisienne de Balzac (éd. Le mot et le reste), Ma vie au poste de Samuel Gontier (éd. La Découverte), La Sagesse de l’espion, d’Alain Chouet (éd. J.C.Béhar), Le Nouveau capitalisme criminel de Jean-François Gayraud (éd. Odile Jacob), Le Piège américain de Frédéric Pierucci (éd. JC Lattès), ou encore Circus politicus de Christophe Deloire et Christophe Dubois (éd. Albin Michel). Il ne faut pas oublier non plus des sites Internet qui diffusent des informations sérieuses sur des questions d’actualité souvent délaissées par les médias. Parmi ceux-ci, le site du Centre de recherche sur la mondialisation (www.mondialisation.ca), celui du Saker Francophone (www.lesakerfrancophone.fr) ou encore, parmi de nombreux autres, celui du Centre Français de recherche sur le renseignement (www.cf2r.fr) qui est aussi une vraie mine d’or sur des sujets divers.


Propos recueillis par Yannick Rolandeau (Février 2021)
( Mis en ligne le 26/02/2021 )
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