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L’année sans pareille (bis)
Pierre Grosser   1989, l'année où le monde a basculé
Perrin - Tempus 2019 /  12 € - 78.6 ffr. / 808 pages
ISBN : 978-2-262-08307-6
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en août 2009 (Perrin)
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L'année 1989 n'aurait pu être que le bicentenaire de la Révolution française - défilé branché et discours émus -, un écho mémoriel sans grande profondeur : elle fut toutefois une année aussi révolutionnaire que 1789, faisant mentir K. Marx, qui ne voyait dans la répétition historique qu'une parodie (cf. l'introduction du 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte). Une année révolutionnaire durant laquelle le bloc socialiste, décrépit, commença à s'effondrer tandis que, dans les marges de l'Occident se préparait une nouvelle forme de guerre. Alors 1989, une «fin de l'Histoire» ? Une année «tournant», même si les historiens détestent cette idée par principe ? Une année qui fait date ! Mais une année est-elle seulement un objet scientifique légitime pour un historien ? C'est la question que pose - entre autres - l'excellent ouvrage de Pierre Grosser, 1989, l'année où le monde a basculé.

Entre histoire globale et récit transnational d'une année marquante, passons sur le titre, plus explicite qu'attrayant, pour entrer dans le vif du sujet, l'analyse d'une année qui voit se conclure une certaine dynamique historique (entamée avec la révolution de 1917). La clôture de ce «court XXe siècle» dont parlait Hobsbawm. Un exercice d'histoire presque immédiate.

La réflexion commence par la part du lion, les effondrements concomitants du mur de Berlin et du système communiste, avec, déclinées dans plusieurs chapitres, les conséquences immédiates (l'Afghanistan, déjà ou encore, l'Afrique inattendue, la Yougoslavie, comme un «prurit nationaliste», le Haut-Karabakh, revenu à la mode cette année, la Géorgie)... Mais allant à rebrousse poil de la vulgate (allégorie libérale : Reagan triomphant de l'empire du mal), Pierre Grosser propose un bilan nuancé de cette fin de guerre froide, avec un Reagan qui joue à l'incendiaire, face à un Gorbatchev mesuré... L'heure de l'hyperpuissance va bientôt sonner, mais que dissimule cet optimisme ? Retour également sur la question allemande, au coeur de la guerre froide et donc de son aboutissement avec, encore une fois, une réflexion en forme de bilan sur la politique de Kohl. Détour aussi, par le théâtre asiatique et ses divers rideaux de bambou (coréen, chinois...) comme autant de déclinaisons (finalement plus résistant, le bambou, comme le roseau, ploie sans rompre). Le premier chapitre donne le ton de l'ouvrage : une analyse pointue, mais qui demeure accessible, de la fin du conflit central... Place aux périphéries, donc.

Et les périphéries sont celles de la guerre froide, des périphéries qui deviennent à leur tour centrales : alors qu'I. Wallerstein commence à repenser les relations internationales en terme de centre et de périphéries, de nouveaux théâtres se font jour, préparant la suite. Le monde, habitué à une logique «bloc contre bloc», devient complexe, multipolaire, encore plus imprévisible qu'il ne l'était déjà ! Ironiquement (?), l'auteur évoque un vent d'euphorie (capitaliste, démocratique, régionaliste et internationaliste) qui souffle sur l'Occident dans la foulée de la chute du mur. Qu'on en juge : «globalisation» et «libéralisme» ne sont pas encore des gros mots, la Dette (au sens large) semble encore résorbable par de nouveaux instruments financiers prometteurs, le FMI croit encore à la croissance et le capitalisme semble conquérant. On pense que globalisation et démocratie iront de pair, même si, en ce domaine, la démocratie est encore timide. La crise de la place Tian'anmen, la perspective de rétrocession hongkongaise semblent attiser les espoirs d'une libéralisation chinoise, en dépit des résistances... La voie chinoise, finalement ? Ou bien un sonderweg asiatique ? L'Amérique latine, depuis l'ébranlement du 11 septembre (... 1973 : le coup d'Etat chilien) entame alors sa (longue) transition démocratique avec le cas, emblématique, du Chili et du pouvoir Pinochet : autre raison d'espérer. Le colonel Kadhafi a même créé un prix pour les droits de l'homme... Et si l'Algérie, après un (loyal ?) essai démocratique, réagit aux progrès de l'islamisme, c'est au nom d'une certaine conception de la démocratie... Euphorie, qu'on vous dit !

Alors certes, dans ce jardin d'Eden démocratique qui se profile, Satan prend la forme de la violence politique : terrorisme, islamisme radical, prolifération nucléaire (d'autant plus menaçante que l'empire soviétique détient en ce domaine un arsenal prometteur), trafic des drogues et globalisation du crime, érosion du glacis soviétique et explosions nationalistes... Une autre périphérie plus inattendue, mais tout autant prometteuse : la santé publique. L'obésité accède alors au statut de problème mondial, le SIDA, l'hépatite C ramènent sur le devant de la scène internationale une chimère inquiétante, la pandémie. Toute ressemblance avec les psychoses actuelles...

L'ouvrage est passionnant, et il y a du Tocqueville - celui de L'Ancien régime et la révolution - dans cet examen clinique d'un système politique qui s'effondre et d'un nouveau paradigme qui se précise. Le style, précis, efficace sans être exagérément synthétique ou au contraire trop hermétique, est agréable. Le tableau de la fin de la guerre froide, avec la remise en cause des visions trop simplistes, est juste passionnant et aspire d'emblée le lecteur, qui relit ainsi le présent à l'aune d'un passé revisité. Un ouvrage à recommander aux amateurs d'histoire immédiate et globale - pour la richesse de sa réflexion - autant qu'aux étudiants désireux de saisir, dans un discours de la méthode implicite, la dimension historique du temps présent.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 01/11/2019 )
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