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D'une ''mauvaise foi souriante''
Alain Minc   Une histoire politique des intellectuels
Le Livre de Poche 2011 /  8 € - 52.4 ffr. / 571 pages
ISBN : 978-2-253-15627-7
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication en septembre 2010 (Grasset)

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.

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Un personnage bien français», c'est ainsi qu'Alain Minc conçoit la figure de l'intellectuel dans Une histoire politique des intellectuels. En effet, explique l'essayiste, «il existe partout (…) des penseurs, aussi importants voire peut-être plus essentiels, mais Burke ne joue pas sa partition comme Benjamin Constant, Darwin comme Victor Hugo, Keynes comme Malraux. De même, là où l'esprit a soufflé le plus violemment, c'est-à-dire dans l'Allemagne du dix-neuvième siècle, ni Fichte, ni Hegel, ni Marx, ni Nietzsche ne sont des intellectuels au sens français du terme. Ils dessinent l'univers, les classes, les races mais ne s'érigent pas en contre-pouvoirs d'un système politique dont certains d'entre eux veulent pourtant la destruction».

Ce livre se veut une réponse à la «question lancinante» que se pose cet «intellectuel de pacotille», comme il se plait à se définir : «pourquoi les intellectuels français, au fil des décennies, se sont-ils mis à penser de plus en plus faux ? Pourquoi parviennent-ils à mener (…) des combats empreints d'humanisme et simultanément à divaguer idéologiquement ? Pourquoi la nuance, la mesure, l'équilibre sont-ils devenus aux yeux de la plupart (…) des mots obscènes ?» Pour répondre à ces interrogations, A. Minc annonce d'emblée qu'il entend faire preuve d'une «mauvaise foi souriante».

Pour ce faire, l'essayiste retrace l'histoire politique des intellectuels français, laquelle débute au dix-huitième siècle avec le salon de Madame de Tencin, où s'effaçaient «les frontières et les classes» afin que discourent les esprits les plus brillants de l'époque. Ensuite, A. Minc se penche sur ce qu'il appelle «le premier parti de France», i.e. le parti intellectuel qui «ne sera plus jamais dans notre histoire aussi puissant et aussi solidaire» qu'au temps des Lumières. A cet égard, l'auteur paraît faire écho à Edgar Quinet, lequel considérait que les philosophes des Lumières constituaient un ensemble cohérent et complémentaire, comprenant la raison rousseauiste, le bon sens voltairien, la finesse pénétrante de Montesquieu ainsi que le génie large de Buffon (E. Quinet, La Révolution).

Par la suite, A. Minc consacre de larges développements au couple formé par Madame de Staël et Benjamin Constant, puis à Chateaubriand, à Renan, à Victor Hugo, à Zola, à Malraux, à Bloch, à Sartre... Déplorant que «la société française ne fabrique plus d'intellectuels à l'ancienne, c'est-à-dire d'hommes de lettres – philosophes, romanciers, historiens – qui utilisent leur notoriété pour peser sur les grands enjeux politiques», l'essayiste termine sur «l'e-intellectuel», dont il dit qu'il ne sera «pas un rentier mais un franc-tireur, non pas un bourgeois établi mais un braconnier, non pas un sage arrogant mais un adepte de la bataille de rue». D'après lui, «les intellectuels traditionnels vont enfin échapper à l'endogamie» et découvrir les affres de la concurrence. Et l'auteur d'en conclure à la fin des «situations acquises». Enfin, se réjouit-il, «un zeste d'anarchie dans le monde clos des grands penseurs» !


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 13/12/2011 )
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