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Tombeau pour un enfant perdu
Gérard Guégan   Fontenoy ne reviendra plus
Gallimard - Folio 2013 /  8.10 € - 53.06 ffr. / 503 pages
ISBN : 978-2-07-044820-3
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en février 2011 (Stock)
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Personnage hors du commun que ce Jean Fontenoy (né le 21 mars 1899), de famille modeste, engagé dans le communisme et le dadaïsme, époux de la danseuse roumaine Lizica Codreanu, qui animait les soirées de Tristan Tzara. Ami de tout ce qui compte dans les milieux littéraires de l’entre-deux-guerres, il est aussi un polyglotte accompli, correspondant de l’agence Havas, à Moscou sous Staline et à Pékin sous Tchang-Kai-Check. On lui prête même une aventure amoureuse avec une épouse de ce dernier. Mais, déçu par Staline, il suit Doriot dans son reniement du communisme. Séducteur reconnu, il divorce puis épouse une jeune fille de bonne famille, aviatrice passionnée (ce qui n’est pas si fréquent ni à l’époque ni d’ailleurs aujourd’hui….), Madeleine Charnaux, détentrice de plusieurs records et qui voulait créer une escadrille militaire exclusivement composée de femmes. Mais, atteinte d’une affection incurable, elle meurt pendant la Seconde Guerre mondiale sans avoir pu réaliser son rêve et voir la France libérée, comme elle le souhaitait, contrairement à son mari. Seconde Guerre mondiale durant laquelle Fontenoy s’engage aux côtés des Collaborateurs, brûle ses vaisseaux pour finir par fuir en Allemagne, et se suicider dans les derniers jours du siège de Berlin, fin avril 1945. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Jean Fontenoy est une personnalité suffisamment forte et attachante pour que son ami de collège, le philosophe Brice Parain, n’ait jamais renié son amitié pour lui, en dépit de leurs profondes divergences, même après sa mort. C’est aussi un écrivain assez doué pour que l’on ait pu le qualifier de Malraux fasciste. Mais, opiomane depuis le séjour en Asie, alcoolique avéré et de rapports si difficiles avec les femmes qu’on a pu invoquer à ce sujet une éventuelle impuissance. Personnage riche et complexe, il est pourtant oublié de nos jours comme acteur politique, sauf de quelques historiens spécialistes des années noires, oublié aussi comme auteur, journaliste, essayiste ou romancier. Les titres de ses principaux ouvrages se partagent entre récits de voyage (Shanghai secret, Grasset 1938) et essais politiques (L’Ecole du renégat, Gallimard, 1936, ou encore Cloud ou le communiste à la page, Grasset, 1937), peu accessibles et peu lus aujourd’hui.

De manière inattendue, c’est aujourd’hui un auteur classé à gauche qui le fait revivre, fasciné par un destin choisi et subi par un parcours dont l’unité se révèle peut-être par la mort délibérée comme point final d’un échec mais aussi comme dégoût du monde à venir et refus d’échapper aux conséquences de ses actes.

Gérard Guégan a su retrouver une riche documentation qui permet de suivre presque au jour le jour l’évolution des idées de Fontenoy, notamment grâce à la correspondance entretenue avec Brice Parain. On y suit la vie des idées, les auteurs, artistes et autres intellectuels que les deux amis fréquentent ou croisent, les débats qui les opposent, les confidences mutuelles qui donnent de l’épaisseur à la biographie. Un cahier iconographique donne des documents rares sur le mouvement Dada, le cliché où Fontenoy pose en compagnie de la femme, ou plutôt de l’une des femmes du maréchal Tchang-Kai-Check, ou encore le testament politique manuscrit de celui qui s’apprête à devenir le proscrit en route vers Sigmaringen puis Berlin. Enfin, on soulignera que l’ouvrage comporte un index qui permet de suivre tous les personnages que Fontenoy a croisés ou auxquels il s’est intéressé.

S’agissant de l’ouvrage lui-même, il faut rendre cette justice à l’auteur qu’il ne tombe pas dans le poncif si fréquent de la condamnation morale des hommes et de l’époque, lorsqu’il aborde la période de l’Occupation. S’agissant du récit, il faut également souligner qu’il est habilement mené, que le contexte est bien rendu et que l’intérêt du lecteur ne se dément pas. On regrettera pourtant que l’auteur tombe dans des facilités et, plus graves, des défauts, qui rendent la lecture décevante à de trop nombreuses reprises. Il n’est en effet pas possible de ne pas être gêné par les facilités que s’autorise l’auteur, comme Madeleine Charnaux qualifiée de «Bécassine chez les bons Aryens», pour ne pas dire les trivialités de vocabulaire : ainsi «viocard». Mais laissons là ce point dont le lecteur ne s’apercevra que trop bien. Plus sérieuses sont les conséquences de l’utilisation peu rigoureuse des guillemets qui fait que l’on ne sait à qui attribuer la source de telle citation. Un seul exemple là aussi : la scène de la mort de Madeleine où l’auteur prête les phrases suivantes à Fontenoy, adressées à sa belle-mère : «Vous ne me reverrez plus qu’au cimetière. Je me charge de tout. Ne vous mêlez de rien ou je vous tords le cou». Qui les a relevées, les a fournies à l’auteur ? Et quelques lignes plus bas, on lit que la cérémonie des obsèques sera conduite par «l’archevêque de Vichy», personnage qui n’a jamais existé.

Ces réserves ne doivent toutefois pas mener à la conclusion que l’ouvrage ne tiendrait pas les promesses de son sujet. Le lecteur se laisse entraîner à la suite de l’un de ces aventuriers dont la vie est à proprement parler inimaginable tant elle est inattendue et tant elle est loin de notre monde actuel. En ce sens, Fontenoy ne reviendra plus, même s’il revit un instant sous nos yeux. Gérard Guégan a le mérite de combler une lacune dans cette galerie de personnages si divers que l’on rassemble aujourd’hui sous l’étiquette de «collabos». Il ne rend pas son héros sympathique - et il ne l’était assurément pas -, mais il nous le restitue et nous le fait comprendre, comme il nous éclaire sur la complexité d’un itinéraire et d’une époque. Le lecteur répondra pour son propre compte à la question que l’auteur s’est posée à l’origine de sa quête : choisit-on vraiment son destin ou sommes-nous le jouet des circonstances ?


Jean-Etienne Caire
( Mis en ligne le 12/02/2013 )
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