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Génération singulière
Jean-François Sirinelli   Les Baby-boomers - Une génération 1945-1969
Hachette - Pluriel 2007 /  9 € - 58.95 ffr. / 324 pages
ISBN : 978-2-01-279371-2
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en mars 2003 (Fayard).
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Jean-François Sirinelli, professeur des universités et directeur du Centre d’Histoire de Sciences-Po Paris, est l’un des grands promoteurs de l’histoire culturelle en France. Celle-ci, jouissant d’un dynamisme jamais démenti depuis vingt ans, a permis l’ouverture ou la redécouverte de champs de recherche importants, longtemps ignorés par une histoire plus politique ou sociale. L’histoire des intellectuels - à ne pas confondre avec l’histoire des idées -, l’histoire des représentations, celle des phénomènes de massification, l’histoire des jeunes, en sont quelques aspects. Parmi ceux-ci, le dernier cité est sans doute l’un des plus nouveaux. Des thèses en cours montrent l’intérêt de cet objet historique. Les travaux de Ludivine Bantigny sur la jeunesse française des années 1950, ceux de Nicolas Le Moigne sur les organisations de jeunesses allemandes dans l’entre-deux-guerres doivent être ici signalés.

Auteur d’un ouvrage incontournable sur les milieux khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres (Génération intellectuelle, Fayard, 1988), Jean-François Sirinelli est ainsi l’un des chefs de file de l’étude historienne du phénomène «jeune» et de l’approche générationnelle d’un point de vue culturel.

Telle est l’optique choisie pour aborder une cohorte particulière de notre époque. Par le présent ouvrage, l’auteur soumet à son expertise l’étude d’un groupe historique et social dont les media et le sens commun, à commencer peut-être par ses acteurs eux-mêmes, ont déformé les contours. Les baby-boomers, ces «millions de beaux bébés» appelés de ses voeux par De Gaulle, qui ont inversé le trend démographique traditionnellement malthusien de la France, ne sauraient s’enfermer dans les stéréotypes d’ailleurs contradictoires d’une jeunesse «yé-yé» insouciante et dépolitisée, ou de jeunes révolutionnaires soixante-huitards.

Cette génération, née entre 1945 et 1953, adolescente au début des années soixante et entrant dans l’âge adulte en fin de cette décennie, fut maintes fois observée d’un point de vue politique. Génération d’Hervé Hamon et Patrick Rotman, (2 vol., Le Seuil, 1987-88) évoque les trajectoires d’une jeunesse engagée, d’ailleurs sensiblement plus âgée que celle décrite ici. Les baby-boomers ne furent pas les chefs de file en mai 68 mais les plus jeunes marcheurs qui donnèrent à l’événement son ampleur. Le décalage n’est pas sans importance et c’est le grand mérite de Jean-François Sirinelli que de situer historiquement, à grande et petite échelle, ces jeunes gens.

Ces baby-boomers apparaissent en effet comme une «génération singulière» (Gérard Noiriel). Nés aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, dans la France de la reconstruction, ils parviennent à l’adolescence dans celle de la prospérité, «Trente Glorieuses» dont ils seront les principaux bénéficiaires. Cette cohorte démographique évolue donc dans un contexte de mutations économiques et sociales accélérées et de grande ampleur. Quittant l’enfance au début des années 1960, ils n’ont pas été frappés directement par la Guerre froide ni la Guerre d’Algérie. Leur éveil politique et intellectuel se fait dans une France apaisée, passés les accords d’Evian, et dans le contexte géopolitique de la «coexistence pacifique». C’est dire si leurs références sont étrangères à celles de leurs parents, et même de leurs aînés.

Fille de la prospérité, cette génération est la première à connaître l’argent de poche, la chambre personnelle, le transistor, autant d’éléments techniques, économiques, sociaux et historiques qui permettront l’éclosion rapide d’une culture de masse jeune. Jean-François Sirinelli consacre des chapitres passionnants aux mutations dont profiteront ces «Petits Princes». Les développements consacrés à la bande dessinée (Tintin et Spirou), aux éditions Marabout qui lancent en 1953 leur collection Junior avec Bob Morane, à Salut Les Copains, «5 à 7 des baby-boomers», au flirt, etc., sont en la matière éclairants.

Mais cette génération de la paix n’est pas pour autant pacifique. La politisation de ces jeunes gens après 1965 montre l’élan vers une contestation dont mai 68 constitue le pinacle. Les baby-boomers vivraient alors la guerre par procuration et réverbération. Génération épargnée, ils font la guerre hors du temps des «Trente Glorieuses» et de l’espace de l’Occident industrialisé, comme l’explique l’auteur. La guerre par réverbération ou imitation s’incarnera dans les barricades de mai 1968. Celle par procuration trouvera dans les héros du Tiers Monde - le Viêtcong, Che Guevara – les icônes d’une lutte contre le capitalisme occidental.

L’historien accompagne ces baby-boomers du berceau aux dites barricades. L’ouvrage s’achève en 1969, année tournant, marquant pour ces jeunes gens l’entrée dans l’âge adulte, le monde du travail, et une configuration nationale et internationale nouvelle.

Jean-François Sirinelli, baby-boomer lui-même, est des mieux armés pour aborder pareille histoire, outre la configuration historiographique dans laquelle il s’inscrit. Cet avantage est cependant aussi un inconvénient que l’historien confesse et dont il a conscience. Parler de soi pour un historien peut s’avérer une entreprise périlleuse. L’objectivité scientifique à laquelle se doit le disciple de Clio peut se trouver altérée par une certaine complaisance, et la vérité déformée par ce jeu de miroir. Jean-François Sirineli évoque en l’occurrence ce danger de l’«effet Rosebud» par lequel la nostalgie l’emporterait sur l’enquête.

Par les nombreuses précautions prises, la mise en perspective historique et géographique, le rappel des relativités incontournables qui font qu’une génération est à la fois une et plurielle et qu’au sein de celle-là se différencièrent ruraux et urbains, privilégiés et moins favorisés, étudiants, ouvriers, salariés etc., ce portrait apparaît comme complet et convaincant. Fondé sur les recherches universitaires les plus récentes, écrit d’une plume agréable, avec un grand sens de la formule, Les baby-boomers est un ouvrage de référence.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 29/05/2007 )
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