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Les sociétés européennes sous les feux de la culture de guerre
George L. Mosse   De la Grande Guerre au totalitarisme - La brutalisation des sociétés européennes
Hachette - Pluriel 2009 /  8.90 € - 58.3 ffr. / 291 pages
ISBN : 978-2-01-270539-5
FORMAT : 11 x 18 cm

Fallen soldiers. Reshaping the Memory of the world wars (Oxford University Press, 1990), traduit de l'américain par Edith Magyar

Ouvrage publié une première fois en France en 1999 (Hachette)

Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau

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George L. Mosse (décédé en janvier 1999), juif allemand contraint à l'exil avec toute sa famille en 1933, enseigna à l'université de Madison et à celle de Jérusalem. Son ouvrage, Fallen soldiers. Reshaping the Memory of the world wars, paru en 1990, publié en France en 1999, vient de reparaître au format poche.

Mosse centre son étude sur l'Allemagne de l'entre-deux-guerres tout en ne négligeant pas des comparaisons avec la Grande-Bretagne et la France. Son travail s'inscrit dans la perspective d'une histoire des représentations. Sa thèse réfute la notion de propagande comme facteur primordial d'explication du nazisme, au profit de la notion de "participation à des rituels collectifs". Une approche toujours originale, à bien des égards.

On peut cependant reprocher à Mosse, lorsqu'il fait référence à la France, de s'appuyer davantage sur son intuition que sur une approche systématique, ce qui débouche parfois sur des raisonnements fragiles. Stéphane Audouin-Rouzeau souligne ainsi dans sa préface que son idée de la mythification des conflits qu'il fait remonter aux campagnes de la Révolution française est quelque peu bancale. Mosse explique en effet que ceux qui participent à ces campagnes sont des volontaires qui doivent mourir pour un idéal; or, cela ne rend pas du tout compte de la notion d'engagement qui diffère dans plusieurs régions de France en fonction de la perception du danger.

Mosse s'attarde d'abord sur la définition et l'évolution du mythe de guerre, et sa transmission d'une guerre à l'autre : "Le mythe était essentiel à ce phénomène parce qu'il avait transformé la mémoire de guerre : il l'avait rendue acceptable et donné au nationalisme ses symboles les plus efficaces. Le mythe chercha aussi à porter la Première dans la Seconde Guerre mondiale, à établir une continuité qui donnerait une nouvelle jeunesse à la nation. Il n'y eut pas d'enthousiasme général pour la guerre en 1939, pas de nouvelle génération de 1914 malgré l'effort des nazis, mais le mythe avait induit des attitudes face au politique, à la vie et à la mort qui préparèrent les gens à considérer un nouveau conflit comme inévitable. En fait, l'entre-deux-guerres misa sur la guerre, et aucun mouvement pacifiste en Allemagne ne put rivaliser avec la force du mythe".

Dans cette optique, Mosse identifie toute une liturgie du mythe de guerre se fondant sur des notions développées selon lui essentiellement au cours de la Première Guerre :

- Une tentative de confondre foi dans la religion et foi dans la nation. "Maintenant nous sommes sacrés", s'exclame un soldat engagé sur le front durant le conflit.

- Une sublimation de la mort, qui représente un sacrifice pour que la nation subsiste ou ressuscite.

- La construction de monuments aux morts qui regroupent anonymement les soldats dont la mort n'est pas importante en tant qu'individus, mais en tant que rédempteurs de la nation - ce qui ne réclame pas qu'ils soient identifiés individuellement. De plus, ces monuments sont nécessaires pour rendre la mort palpable, visible. Mais ils sont "édulcorés" par l'aménagement des cimetières dont le paysage n'a rien à voir avec l'horreur des tranchées, et dont les représentations tendent à faire voir la mort comme étant intervenue après un glorieux combat chevaleresque d'homme à homme. Le caractère massif des pertes humaines n'apparaît donc pas.

Mosse rappelle que ce processus est déjà latent dans les campagnes de la Révolution française et dans plusieurs conflits qui jalonnent le XIXe siècle. Il s'attarde ensuite plus particulièrement sur la déconstruction du mythe de la bataille de Langemarck, en montrant que le nom de Langemarck, qui n'était pas le lieu de la bataille, fut choisi en raison de sa consonance germanophone. Il montre également que ce ne fut pas une victoire allemande, mais un statu quo, et par ailleurs que la proportion d'étudiants présents dans ce conflit (professeurs et étudiants représentaient 18 % des troupes) avait été largement surévaluée pour soutenir la représentation d'une jeunesse de haute valeur qui se sacrifie pour sa patrie.

D'autres éléments contribuent à l'élaboration du mythe de la guerre :

- Une distinction sociale non plus basée sur le grade, mais sur l'expérience du front (les associations d'anciens combattants ne font pas de distinction entre officiers et hommes du rang).

- Un renforcement de la banalisation : la guerre est identifiée comme apaisante, le culte de la camaraderie et de l'ennemi se retrouve dans la société (notamment à travers le cinéma et le théâtre qui reprennent le thème militaire), et participe à la continuité des générations qui se succéderont avant tout non pour vaincre, mais pour combattre sans relâche et défendre la nation.

- Une représentation d'après-guerre qui légitime la violence : l'Allemagne notamment ne produit aucun monument à caractère pacifique, ou montrant des mères en colère à la vue des corps de leurs fils tombés au combat - ce qui se fait dans le camp des vainqueurs. En France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, la guerre débouche sur une "brutalisation de la société", expression aujourd'hui consacrée. Les attitudes agressives de la guerre se poursuivent en temps de paix, à travers la politique où l'objectif devient l'anéantissement total de l'adversaire. Amis et ennemis sont également clairement identifiés, ce qui se traduit dans l'utilisation du vocabulaire : on parle d'adversaires "tués" mais de partisans "assassinés". Le recours à la violence en cas de désaccord est, selon Mosse, essentiellement légitimé à partir de 1918. On indiquera ici une réserve : la lutte des classes semble aller dans le même sens bien auparavant. Mosse cite cet argument mais l'évacue sans véritablement apporter d'éléments clairs prouvant sa non-pertinence.

- L'implication de "l'arrière" dans la guerre contribue également au développement du mythe. Mais, si cette implication est surtout morale en 1914-18 et les images de guerres adoucies pour ne pas choquer, il en va tout autrement lors de la Seconde Guerre mondiale. Le régime nazi estime que le front et l'arrière ne doivent former qu'un seul ensemble et encourage des représentations réalistes de la guerre en vue de former une unité de la nation. L'effet, selon Mosse, sera cependant inverse, et contribuera à une baisse de l'enthousiasme allemand.

Après la Seconde Guerre mondiale, cette liturgie est largement amputée. La guerre n'est plus un instrument politique basé sur la "revanche". Mais la crainte de cet état d'esprit amène néanmoins l'interdiction faite à l'Allemagne d'ériger des mémoriaux avant 1952. L'image de la défaite n'est plus réinterprétée comme un pas nécessaire, une purification, qui amènera vers une victoire future. La mort et le sacrifice deviennent une affaire individuelle : les noms sont systématiquement gravés sur les monuments aux morts, avec en général la date du décès. En Grande-Bretagne surtout, on assiste à une intégration des mémoriaux dans l'espace public. Ceux-ci sont davantage aménagés de façon utilitaire en parcs, jardins, etc. En France, le culte du sacrifice subsiste, mais il n'est plus lié à la violence : ces "héros" ne vont pas ressusciter pour régénérer le pays.

Ainsi, si l'esprit de camaraderie reste valorisé, le mythe du champ d'honneur s'estompe, tout comme le mythe de la guerre en général, qui est fortement lié au culte de la nation et qui, tout comme lui, semble sur le déclin.


Jérôme Wilson
( Mis en ligne le 08/12/2009 )
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