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Des origines romaines, germaines ou gauloises de la nation française dans les débats érudits des siècles passés
Claude Nicolet   La Fabrique d'une nation - La France entre Rome et les Germains
Perrin - Tempus 2006 /  10 € - 65.5 ffr. / 362 pages
ISBN : 2-262-02459-6
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en septembre 2003 (Perrin).
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La quête des origines historiques d'une nation est un genre prisé de longue date dans notre vieille France. Mission suspecte d'historiens qui y perdent parfois leur devoir de science, elle participe à l'entretien, certes factice, d'une identité nationale. Michelet, Lavisse et d'autres, se compromirent ainsi, non sans lyrisme, dans l'exaltation d'un passé national largement fantasmé ou réduit à quelques figures et dates : Jeanne d'Arc, Bouvines, 1789, de Gaulle... Est posée ici la question de la participation d'hommes de sciences à une mythologie nationale. Chacun a sa réponse alors que le débat semble s'ouvrir à des dimensions plus européennes (cf. Du bon usage des grands hommes en Europe dirigé par Jean-Noël Jeanneney et Philippe Joutard, Perrin, 2003).

Mais les historiens travaillent aussi sur ces processus d'acculturation, la lente ou brutale sédimentation d'un sentiment d'appartenance nationale ; que l'on pense aux travaux d'Anne-Marie Thiesse (La Création des identités nationales, Seuil, 1999) ou à ceux d'Eric J. Hobsbawm par exemple (Nations et nationalisme depuis 1780. Programme, mythe, réalité, Folio, 2001). L'une des dimensions de cette quête identitaire ancestrale fut longtemps ethnologique, pour ne pas dire raciale : l'ethnogenèse eut ses grandes oeuvres, la Franciade de Ronsard, récit des origines troyennes de la France, n'étant pas des moindres. Le regain d'intérêt pour le celtisme de nos jours pourrait en être une survivance, dans son expression la plus mercantile et publicitaire néanmoins.

C'est à ces réflexions «ethno-génériques» que Claude Nicolet, éminent historien, consacre le présent ouvrage. Si la question des origines troyennes de la France ne fut plus d'actualité dès le XVIIIe siècle, l'opposition historique des deux dimensions romaine et germanique de notre nation, encore aujourd'hui, émeut quelques plumes et alimente vivement les débats historiographiques chez les médiévistes. Citons, récemment encore, le Choc des cultures. Romanité, germanité, chrétienté durant le haut Moyen Age de Michel Rouche (Presses Universitaires du Septentrion, 2003) ou les travaux de Karl Ferdinand Werner sur la noblesse médiévale (Naissance de la noblesse. L'essor des élites politiques en Europe, Fayard, 1998).

Ces débats d'érudits, entre le XVIIIe siècle et le début du siècle dernier, font l'objet de La Fabrique d'une nation. On a là un savoureux ouvrage d'érudition, d'une trempe presque oubliée, celle d'un temps où les historiens ne s'enfermaient pas dans les divisions académiques et touchaient à tout, prenant socle sur une solide culture générale et historique. Où dépasser les frontières caduques séparant temps antiques et médiévaux, temps médiévaux et modernes, permet d'y voir des passerelles et d'éviter de considérer que chaque époque a tout inventé, à commencer par l'idée de nation ! L'ouvrage, dans sa structure même, rappelle les essais érudits des siècles passés, jusque dans sa table des matières, sorte d'abstract de l'oeuvre entière, un essai à elle seule ! Le titre aurait pu alors être Des origines romaines, germaines ou gauloises de la nation française dans les débats érudits des siècles passés. Pourquoi pas ?

On apprend énormément à la lecture de ce brillant essai. Par éclairages successifs, Cl. Nicolet nous renseigne sur l'opposition, figée par Montesquieu dans son Esprit des lois, entre l'approche germaniste de Boulainvilliers contre le Tiers-Etats et celle de l'abbé Dubos, romaniste, entre 1727 et 1734. Pérennisé ensuite, ce débat réduit l'histoire de France en une guerre des classes qui serait un guerre des races : aux germains aristocrates s'opposerait un Tiers-Etat gallo-romain. Pour les germanistes en effet, la conquête germaine de la France se serait faite brutalement et de façon massive, légitimant le pouvoir franc et les privilèges de sa noblesse. Les romanistes préfèrent l'idée d'une fusion des élites, les guerriers francs n'étant intervenu qu'à l'appel et avec le consentement du pouvoir romain (lire Werner à ce propos). En 1820, Augustin Thierry écrira son fameux article, «Sur l'antipathie de races qui divise la nation française».

N'entrant pas dans cette querelle historiographique, Cl. Nicolet en explicite plutôt les enjeux et nuance l'opposition par une lecture de discours beaucoup moins tranchés que ne l'a laissé croire Montesquieu ! Les implications politiques de ces joutes historiennes sont évidentes. L'exemple de l’abbé Jean-Philippe de la Bléterie (1696-1772), biographe de Julien et Jovien et auteur de cinq Dissertations sur le régime impérial romain, lues à l'Académie entre 1744 et 1755, et s'attachant à la question des rapports entre le prince et le Sénat, «rappelait immanquablement, à des oreilles françaises, les prétentions des parlements, et surtout celui de Paris», explique l'auteur. La référence républicaine romaine sous la Révolution française est du même ordre, l'exemplum antique servant des questions hautement politiques et contemporaines (la nationalité, la citoyenneté, etc.). Guizot rapportera des forêts originelles des peuplades germaines, les libertés françaises, alors que l'investissement de Napoléon III dans l'Histoire de Jules César (Plon, 1965) comporte une dimension politique et personnelle aisée à décoder !

Pour chacune de ses oeuvres et leurs auteurs, Cl. Nicolet offre une analyse textuelle patiente et une contextualisation explicitant les discours. Fustel de Coulanges ne fut pas le romaniste intransigeant que l'on croit, refusant l'opposition entre liberté germanique et despotisme romain. De même, son célèbre disciple, Camille Jullian, auteur d'une volumineuse Histoire de la Gaule exaltant l'identité gauloise de la France, ne fut pas l'anti-romaniste acerbe que l'on pense. Etc.

Écrit d'une plume classique, au beau sens du terme, érudit sans honte et avec pédagogie, jamais pédant, toujours instructif, cet opus de Cl. Nicolet est donc une remarquable mise en perspective sur un débat prégnant dans notre société.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 20/04/2006 )
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