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La France, mère de la Révolution ?
Annie Jourdan   La Révolution, une exception française ?
Flammarion - Champs 2006 /  9.50 € - 62.23 ffr. / 405 pages
ISBN : 2-08-080123-6
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en janvier 2004 (Flammarion).

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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"France, mère des arts et des lois" : la formule est ancienne et semble appartenir au patrimoine national. Elle implique pour la France un destin singulier, messianique, celui d’avoir, la première, mené une révolution au nom de la liberté. De la sorte, la révolution française a acquis, en France du moins, une valeur qui confine à l’absolu, seule incarnation du mot et de l’idéal révolutionnaire décliné – sinon trahi - par la suite, en Russie, Chine… Faut-il pour autant se satisfaire de ce lieu commun d’une mémoire bien sélective, certainement chauvine et peu fidèle à la réalité ? En se demandant dans son dernier ouvrage si la Révolution est une exception française, Annie Jourdan, professeur à l’université d’Amsterdam et auteur de travaux sur Napoléon Ier, pose ici une problématique importante : celle du modèle révolutionnaire dans l’histoire moderne et contemporaine.

Dans un premier temps, A. Jourdan dresse un tableau assez synthétique, voire expéditif (sur la situation religieuse notamment) de la révolution française, depuis la réunion des États généraux jusqu’à la prise de pouvoir d’un jeune consul venu de Corse. Certes, il n’y a dans ce récit rien de novateur, mais la lecture en est aisée, le plan, qui alterne le point de vue local et individuel et les enjeux nationaux et internationaux, est éclairant et offre de cette période une vue large et pédagogique. L’emploi d’une historiographie récente en même temps que de textes classiques en fait une synthèse à la fois accessible et utile aux amateurs avertis de la période comme aux curieux. La riche bibliographie qui conclut l’ouvrage marque d’ailleurs les progrès de la science historique concernant le temps des révolutions, malgré quelques accrocs (à l’exemple de la page 298, où l’historien Georges Gusdorf devient Gustave Gusdorf).

C’est surtout dans une deuxième partie que l’ouvrage prend du champ en répondant à la question posée, par l‘examen de la notion même de révolution, ainsi que des modèles qui peuvent s’imposer aux Français de 1789. Bien évidemment, les révolutions anglaise et américaine offrent le contrepoint nécessaire au mythe de la singularité française. Contrepoint d’autant plus important qu’il s’avère que l’exception française est à nuancer : si dans une première partie, A. Jourdan a montré les très grandes réalisations dont la Révolution peut se féliciter (universalité des droits, des libertés, droit écrit…), elle dévoile ici sinon les emprunts, du moins les divers modèles – culturels et institutionnels - qui s’offrent aux Français, à commencer par le principe même des droits de l’homme. La nuance demeure toutefois, telle que la soulignait déjà Burke en 1790 dans ses Réflexions sur la révolution en France, qui jugeait que la Déclaration française n’était «qu’un rayon de lumière dans un sous-bois obscur».

Une première réflexion porte, fort logiquement, sur la notion même de révolution : A. Jourdan en évoque l’histoire, notamment au XVIIIe siècle, montrant que la notion – précise en sciences physiques et astronomie – s’avère plus floue dans le domaine politique, oscillant entre l’idée d’une réforme pensée d’en haut et celle d’un changement brutal venu d’en bas. L’expression est pourtant ancienne et l’Angleterre, avec sa glorieuse révolution, se donne un rôle précurseur, au moins dans le lexique politique. Mais il faut attendre les débuts du XIXe siècle et d’une histoire complexe et désormais assimilée, sinon assumée, pour que le mot révolution prenne son autonomie.

Pour distinguer au mieux ce qui relève du singulier et ce qui relève du modèle, A. Jourdan se penche donc sur les révolutions anglo-saxonnes, révolutions au sens ancien du terme. La première voit le royaume d’Angleterre se muer en un Commonwealth avant de redevenir une monarchie réglée par l’aristocratie, parlementaire et quasi constitutionnelle (dans la limite du droit anglais). Si le modèle anglais peut être invoqué pour la révolution de 1830, il s’applique plus difficilement à 1789 et ses suites, même si le déroulement semble le même. La culture du compromis politique élevé par l’Angleterre à l’état d’un dogme ne saurait se rencontrer avec la radicalité des événements français. Le modèle américain est lui bien plus prégnant dans la geste française, en tant que modèle politique, mais une fois encore, l’universalité revendiquée à Paris fait du «nouveau monde» un cas à part, certes précurseur mais aux ambitions limitées. Le récit de ces deux événements, s’il n’a rien, lui, de révolutionnaire, offre en tous les cas un bon tableau sur le sujet.

Le chapitre conclusif clôt parfaitement cette forte étude, en esquissant une comparaison érudite des différents acquis et «monuments» de ces révolutions, bilan efficace qui répond aux questions posées en introduction et préserve à la France sa singularité tout en rendant à tous les Césars d’outre-Manche et d’outre-Atlantique ce qui leur revient.
Au final, l’ouvrage d’A. Jourdan constitue une synthèse utile sur un phénomène qui méritait la relecture en replaçant la Révolution française dans la perspective du XVIIIe siècle et des modèles anglo-saxons. En rétablissant la part de ces modèles, l’auteur illustre la singularité du phénomène français, singularité résultant non de la nouveauté des gestes et des idées, mais de leur radicalité et de leurs aspirations universalisantes.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 19/01/2006 )
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