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Occasion manquée sur l’Atlantique
François Kersaudy   De Gaulle et Roosevelt - Le duel au sommet
Perrin - Tempus 2006 /  10,50 € - 68.78 ffr. / 522 pages
ISBN : 2-262-02474-X
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

Première publication en décembre 2004 (Perrin).

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.

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Ce n’est pas un scoop : les relations entre De Gaulle et FDR de 1940 à 1945 furent exécrables. «Détestables» (p.481), selon François Kersaudy, spécialiste de l’histoire diplomatique et militaire, qui s’en fait le chroniqueur érudit et précis, dans un livre bien écrit et bien conçu. Malgré le choix un peu étrange de titres de chapitre aquatiques et marins («raz de marée», «endiguement», «ressac», «lame de fond», etc. ) filant apparemment la métaphore dynamique des moments de cette histoire, le plan suivi est classiquement chronologique. C’est dans le fil du livre que l’on trouvera les raisons de la tension permanente qui règne entre les deux hommes.

Certains traits auraient pu les rapprocher sur un plan humain : même énergie inlassable, même patriotisme exigeant, même sens politique, même capacité à se mettre en scène pour devenir le représentant «naturel» du pays. Dans les dernières semaines de la guerre, alors que le général français entre au gouvernement Reynaud pour tenter de maintenir le pays dans la guerre en s’arc-boutant sur le réduit breton et l’empire, le gouvernement américain juge très favorablement cet exemple d’énergie et de patriotisme. De plus, De Gaulle est un admirateur de la puissance américaine et pousse la république à s’appuyer sur son aide économique et technique, en attendant pour les Etats-Unis le moment d’entrer dans la guerre : exactement le souci de FDR qui tente de rallier peu à peu les Etats-Unis à cette nécessité objective sans pouvoir passer en force devant les prérogatives du Congrès et de la population, majoritairement isolationnistes. Mais, paradoxalement, la défaite de la France transforme l’image du général. L’ambition de De Gaulle de représenter en Angleterre puis dans l’Empire une France libre et combattante, indépendante de l’Etat français de Vichy, la création d’un embryon de contre-Etat français en guerre avec l’Axe, le font considérer comme un gêneur mégalomane et dangereux. Dès lors, les ressemblances de caractère, leur patriotisme dominateur deviennent autant de raisons qui les opposent, alors qu’ils semblent devoir coopérer en bons alliés. En fait, ils se snoberont mutuellement, ne se rencontreront que deux fois (à Anfa en 1943 et à Washington en 1944) et se livreront un combat psychologique permanent.

En fait, la relation est dissymétrique. De Gaulle comprend très bien FDR et admire sa compréhension fondamentale des enjeux géopolitiques et son expérience de la direction de la guerre comme ministre de Wilson à la marine. Il comprend aussi que, même si c’est un politicien de génie, capable de se faire élire trois fois de suite président - un exploit ! -, FDR doit compter avec le Congrès, qui bloque ses desseins ; il doit rester président pour le moment où son pays sera acculé à la guerre et, en attendant, réussit à manoeuvrer pour soutenir la Grande Bretagne et réarmer. Mais De Gaulle déplore le manque de soutien américain à la France de 39-40, trop éprouvée en 14-18 pour tenir seule sur le continent face à l’Allemagne en 40 ; il déplore surtout la reconnaissance de l’armistice et de l’Etat de Vichy en juin 40 et le refus de légitimer la France Libre, qui restera pour FDR jusqu’à la Libération une organisation. Le Président est en effet avant tout soucieux de maintenir la flotte française hors de la suite de la guerre et surtout hors de portée de Hitler ! C’est à cette condition qu’il admet l’armistice qu’il a jugé inévitable en juin 40. Ancien ministre de la marine et adepte d’une vision whig de l’histoire anglo-saxonne, il est persuadé comme Churchill que la maîtrise des océans est la clé de la victoire. De ce fait, reconnaître De Gaulle, c’est favoriser le courant le plus collaborateur et pousser Vichy vers Hitler et l’anglophobie. D’ailleurs Pétain souhaite garder de bons rapports avec les Etats-Unis et préserver la neutralité française. L’excommunication mutuelle de Vichy et de la France Libre met les Etats-Unis en situation délicate. On laisse l’allié britannique instrumenter De Gaulle.

D’ailleurs FDR rejette De Gaulle pour des raisons idéologiques, institutionnelles et affectives. Le président est un démocrate libéral, anti-totalitaire et surtout anti-fasciste. S’il craint Hitler depuis le début, il fait confiance à Pétain pour gérer la crise, avec la légitimité d’un vote du parlement, et rétablir un gouvernement normal. De Gaulle n’est rien pour Roosevelt, qui n’a que 7 ans de plus que lui, mais était ministre pendant la Première Guerre, quand l’autre était capitaine. Pétain, lui, incarne la France officielle de 14-18, la continuité des gouvernements de la Troisième république (bizarrement FDR le surnomme «Chef de l’Etat de la république française» !), la fraternité d’armes de l’époque de Foch. Il envisage de lui envoyer le vieux Pershing. Quant à Weygand, c’est le second de Foch. Malgré la débâcle, il reste auréolé de sa carrière. FDR aura toujours une préférence pour les autorités de Vichy en comptant sur leur ralliement opportun au tournant de la guerre. De Gaulle restera toujours une caricature. Avec une certaine mauvaise foi, le président qui reconnaît Vichy, tient le général résistant pro-anglais pour un genre de militaire insubordonné, un factieux royaliste aux tendances autoritaires et fascistes ! Alors que Weygand, d’extrême droite, est bien vu.

Plus profondément, FDR considère que la France est définitivement abaissée par 40 et préfère légitimer Vichy pour mieux réduire la France à son nouveau rôle après la défaite de Hitler. Il y a dans son analyse (déjà la France, puissance moyenne) comme la projection d’un désir patriote de donner définitivement l’hégémonie à l’Amérique, car la Grande Bretagne sortira de la guerre épuisée, endettée et dépendante. Le Président conteste le maintien des empires coloniaux, et d’abord pour la France, et on imagine ce que devient une France humiliée en 40, libérée par les Etats-Unis, privée d’empire et de rôle dans le directoire de la future organisation des nations unies que le disciple de Wilson veut faire diriger par son pays, la Grande Bretagne, l’URSS et la Chine. De Gaulle comprend très bien ce projet et s’y oppose de toutes ses forces, cherchant à discréditer auprès de Londres et de la résistance ou éliminer de la France Libre tous les rivaux complaisants ou naïfs que FDR lui crée ou favorise : avant tout Giraud. Alors que le Président prépare l’administration de la France avec la caution de Vichy par des agents américains, De Gaulle veut maintenir le principe d’une souveraineté française intégrale et rétablie dans toutes ses dimensions de 1939 (avec un Etat fort pour éviter un nouveau désastre) et cela passe en 40, comme en 44, par le symbole de la Résistance et le mythe d’une continuité du combat de la France auprès de ses alliés. Pour FDR c’est une fiction et De Gaulle est une sorte d’escroc, dont il faut à tout prix se passer.

D’où la rétention d’information des autorités américaines envers De Gaulle, la volonté permanente de le court-circuiter dans l’action et le refus de FDR de reconnaître le Français comme un interlocuteur de son niveau. De Gaulle est contraint à une posture agressive, avec une part de comédie, qui le rend d’autant plus antipathique, mais lui permet d’imposer sa présence avec le soutien de la Résistance unifiée. D’ailleurs l’opinion américaine lui est plus favorable que le gouvernement. Churchill, dont Kersaudy a traité ailleurs les rapports avec De Gaulle, joue souvent les médiateurs. Finalement De Gaulle réussit son pari (et son «Paris libéré par son peuple avec le concours de la France qui se bat», etc.) : minimiser la part des Alliés et des Etats-Unis dans la victoire et la Libération pour l’imaginaire résistancialiste français et incarner ce mythe au moment décisif.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 19/06/2006 )
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