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Guerre et chasse
Christian Ingrao   Les Chasseurs noirs - La brigade Dirlewanger
Perrin - Tempus 2009 /  8.50 € - 55.68 ffr. / 284 pages
ISBN : 978-2-262-03067-4
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en octobre 2006 (Perrin).

L’auteur du compte rendu : Mathilde Larrère est maître de conférences en Histoire contemporaine à l'université de Marne-la-vallée et à l'IEP de Paris.

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Les chasseurs noirs… une brigade de la SS qui a pris en charge les cohortes de Juifs polonais parqués dans les camps de Galicie et astreints au travail avant d’être gazés. Des hommes qui ont mené contre les partisans de Biélorussie une lutte implacable, qui ont massacré les populations civiles qui les aidaient. Qui ont même utilisé des colonnes humaines pour déminer les terres que les partisans avaient piégées ! Des hommes qui ont écrasé le soulèvement de Varsovie. L’unité viole, pille, perpétue des violences à un niveau tel que la hiérarchie SS elle-même diligente quelques enquêtes. En Biélorussie, et en partie du fait de la brigade, ce sont des centaines d’Oradour où les habitants ont brûlé vif ; à Varsovie, 30 000 hommes et femmes sont victimes des chasseurs noirs.

Pourquoi parler de «chasseurs» dans l’uniforme noir de la SS ? Car le premier noyau de recrutement de l’unité est composé de braconniers, justement sélectionnés pour leurs qualités de chasseurs. S’y ajoutent au fur et à mesure de l’augmentation des effectifs, des condamnés de droits communs multirécidivistes, d’anciens militaires condamnés pour des fautes disciplinaires, puis, à la fin de la guerre, d’anciens opposants au régime, socialistes ou communistes retenus en camps de concentration, prouvant leur «rachat» en rejoignant l’unité. Des hommes auxquels Himmler a proposé la liberté en échange de leur participation au massacre.

Quant à leur chef, Oscar Dirlewanger… Ce soldat de la Grande guerre, foudre de guerre plusieurs fois blessé et décoré, meneur d’hommes charismatique, ne parvient guère à s’intégrer dans l’Allemagne de l’après-guerre qui aspire à la paix. Réprouvé des corps francs, il reste dans la logique guerrière au sein du parti nazi, avant qu’une sordide affaire de mœurs ne le conduise en prison et n’achève de dessiner sa figure de marginal. Réhabilité à l’épreuve du combat au sein de la légion Condor, il parvient à associer parfaitement marginalité et puissance sociale.

Cette monographie d’unité est d’abord une nouvelle étude sur la violence nazie, mais dans le contexte moins connu de la lutte contre les partisans aux marges de l’Europe allemande. L’auteur s’interroge sur les mécanismes engendrant les comportements d’extrême violence, notamment sur le rôle de la fascination pour le chef, et sur celui de la contrainte et d’une discipline extraordinaire – Dirlewanger avait obtenu le droit de vie et de mort sur ses hommes. Christian Ingrao montre aussi combien cette violence est aussi une construction des récits, produits, pendant comme après la guerre, sur l’unité. La dénonciation de la brutalité des hommes de Dirlewanger permettait de rejeter les violence nazie vers la marginalité, l’exceptionnel, exemptant les «soldats ordinaires» puis une nation allemande en pleine reconstruction.

Christian Ingrao présente son ouvrage comme un «essai d’anthropologie historique». Séduit par les travaux de Bertrand Hell sur la chasse et le mythe du sauvage en Europe (Le Sang noir, Champs Flammarion, 1998, 1ère édition en 1993), l’auteur voudrait démontrer la force des liens entre la guerre et la chasse – thèse séduisante au regard de la nature particulière du recrutement originel de la brigade. Il choisit donc de «tester la cohérence d’un modèle interprétatif» sur cette brigade qui est pour lui «l’observatoire idéal du cadre interprétatif anthropologique formulé par B. Hell». Contre le «gibier» que représenteraient les partisans soviétiques dans les marais de Biélorussie, les «chasseurs noirs» auraient eu recours aux longues traques caractéristiques de la chasse au cerf, ainsi qu’aux techniques de la battue, utilisant les auxiliaires slaves dans le rôle des chiens. Les déportations de civils vers le Reich seraient conduites comme la «domestication» d’un «bétail humain», que l’on peut choisir d’exploiter ou de mener à l’abattoir, tandis que l’incendie des villages soupçonnés de soutenir les partisans relèverait des mesures classiques de prophylaxie dans certaines épizooties. Entre imaginaire cynégétique ou pastoral, la représentation de l’autre serait alors calquée sur le rapport des sociétés européennes à la nature et à l’animalité.

La thèse pourrait être séduisante. Mais comme l’auteur l’avoue lui-même : «Comment établir avec certitude que la guerre d’anéantissement eut cette dimension cynégétique… Ne comptons pas trop sur les témoignages des anciens de l’unité. La parole combattante est réticente à dire la chasse dans la guerre». N’y a-t-il pas alors le risque que seul l’anthropologue historien construise cette lecture de la guerre cynégétique?


Mathilde Larrère
( Mis en ligne le 06/10/2009 )
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